Avec les interventions Jean PEUCH-LESTRADE, Catherine DECARRE et de L’équipe du CIRPPA.
Construire un groupe relève d’une décision en cohérence avec les besoins de l’institution et ne se développe pas hors-sol. Lorsque les espaces thérapeutiques, psychothérapiques, éducatifs, ré éducatifs et soignants s’articulent avec l’institution, pensée comme un méta-cadre, cette articulation favorise un enrichissement mutuel. Le désir du thérapeute de créer des groupes qui s’inscrivent dans ce contexte offre aux troubles des patients une enveloppe de contenance et de sens. Le groupe devient ainsi un espace où les processus psychiques peuvent se déployer, portés par une institution capable d’assurer ses fonctions de soutien et de délimitation.
Aujourd’hui cependant, les institutions tendent à se colorer d’une nouvelle logique managériale qui rend plus difficile l’expression de nos traditionnelles approches thérapeutiques. Ce contexte en mutation ne signifie-t-il pas la fin d’une certaine optique du travail groupal ou en redéfinit-il les enjeux ? Historiquement pensé comme espace de symbolisation et de transformation psychique, les dispositifs de groupe tendraient aujourd’hui à être soit “rétrécis”, soit “oubliés”. Corolairement, l’amenuisement des espaces de réflexions cliniques, si nécessaires à une pensée soignante, bride l’expression d’un conflictualité clinique, garante du vivant de l’accompagnement. La fonction pare-excitante de l’institution s’exerce plus difficilement. De ce fait l’intensité des transferts sur elle, qu’ils émanent soit des patients ou des personnels, ne fait que croitre. Ils se saturent d’un négatif que les clivages et angoisses archaïques entretiennent. Dans ce contexte les groupes thérapeutiques accueilleraient, comme par défaut, ce qui de ces liens institutionnels reste en souffrance de symbolisation. Le collectif n’agirait il pas sans être élaboré, devenant ainsi un angle mort institutionnel ? Nombre de soignants éprouve ce climat de travail. Devons-nous pour autant en rester à ce constat ou nous appuyer aussi sur l’élaboration des expériences groupales qui arrivent à résister et maintenir pour les sujets du groupe (sujet des institutions) un espace de saine conflictualité, porteur de transformations vivifiantes ?
A partir d’un éclairage psychanalytique, nous aborderons ces différents points. Nous interrogerons en premier lieu la place de l’institution dans le contexte sociétal, les transformations de son identité et réciproquement les effets de ces mutations tant sur le travail institutionnel que sur les espaces thérapeutiques. Nous ferons place à la clinique à partir de la présentation de groupes. Nous essaierons d’illustrer les effets de ces emboitements complexes sur les processus groupaux et d’évoquer les possibilités de penser ce rétrécissement de l’espace soignant.
