{"id":717,"date":"2023-12-01T14:12:34","date_gmt":"2023-12-01T13:12:34","guid":{"rendered":"https:\/\/cirppa.fr\/?page_id=717"},"modified":"2023-12-01T14:22:49","modified_gmt":"2023-12-01T13:22:49","slug":"autour-du-processus-de-deuil-dans-les-psychotherapies-de-groupe-denfants-de-la-scene-originaire-au-roman-des-origines-1996","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/autour-du-processus-de-deuil-dans-les-psychotherapies-de-groupe-denfants-de-la-scene-originaire-au-roman-des-origines-1996\/","title":{"rendered":"Autour\u00a0du\u00a0processus\u00a0de\u00a0deuil\u00a0dans les\u00a0psychoth\u00e9rapies\u00a0de groupe d&rsquo;enfants"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section fb_built=\u00a0\u00bb1&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb10px||20px|||\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_row _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb||7px|||\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_column][\/et_pb_row][et_pb_row column_structure=\u00a0\u00bb1_4,3_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb17px|||||\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb1_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb]<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/page-des-membres-du-cirppa\/\">Nouvelles de l&rsquo;association<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/cahiers-du-cirppa\/\">Cahiers du CIRPPA<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/textes-membres\/\">Espace membres \u2022 textes<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][et_pb_column type=\u00a0\u00bb3_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_post_title meta=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb featured_image=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_post_title][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p><strong>Autour\u00a0<\/strong>du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>dans les\u00a0<strong>psychoth\u00e9rapies<\/strong>\u00a0de groupe d&rsquo;enfants.<br \/>\u00ab\u00a0De la sc\u00eane originaire au roman des origines\u00a0\u00bb 1996<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][et_pb_row column_structure=\u00a0\u00bb1_5,3_5,1_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb1_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_column][et_pb_column type=\u00a0\u00bb3_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p>INTRODUCTION<\/p>\n<p>Quelques enfants r\u00e9unis dans une petite pi\u00e8ce avec un psychoth\u00e9rapeute qu&rsquo;ils ne connaissent ni d&rsquo;Eve, ni d&rsquo;Adam&#8230; pour parler.<br \/>Du moins, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il a propos\u00e9, lui, le th\u00e9rapeute, imagin\u00e9, fantasm\u00e9.<br \/>Il en a fait d&rsquo;une certaine fa\u00e7on le pari. Ils viendront et ils parleront. Avec l&rsquo;id\u00e9e quelque peu m\u00e9galomaniaque que la venue, l&rsquo;\u00e9mergence de cette parole serait sous le signe d&rsquo;une mutation, d&rsquo;une \u00e9laboration, que cette parole s&rsquo;inscrirait dans un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0th\u00e9rapeutique.<br \/>D&#8217;embl\u00e9e, quelque chose est jet\u00e9 et tout va maintenant \u00eatre mis en route pour que ce \u00ab\u00a0jet\u00e9\u00a0\u00bb puisse \u00eatre accueilli, transform\u00e9, remis \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, en un mot, introject\u00e9.<br \/>Nous sommes l\u00e0 dans un aspect essentiel de tout traitement, du travail d&rsquo;introjection, \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 celui du\u00a0<strong>deuil<\/strong>.<br \/>Ce\u00a0<strong>deuil<\/strong>, au sens \u00e9largi, chaque patient y est confront\u00e9 d\u00e8s que la porte d&rsquo;une institution, d&rsquo;un cabinet, est franchie ;\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0incontournable li\u00e9 aux changements actuels et\/ou \u00e0 venir auxquels nous sensibilise Ren\u00e9 Ka\u00ebs (17).<br \/>Dans la continuit\u00e9 de ses r\u00e9flexions, je me propose d&rsquo;entrevoir l&rsquo;ensemble du travail psychoth\u00e9rapeutique comme un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, et de tenter de cerner comme il s&rsquo;actualise \u00e0 travers la clinique des\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0d&rsquo;enfants.<br \/>Il sera d\u00e8s lors n\u00e9cessaire de cerner, d&rsquo;identifier ce\u00a0<strong>processus<\/strong>, et notamment de pouvoir l&rsquo;exposer au regard des diff\u00e9rents concepts \u00e0 notre disposition, tels que le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0de S. Freud, le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire de P. Cl. Racamier, ou bien encore le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0narcissique de M. Hanus.<br \/>Il est bien entendu que je ne vais pas investiger l&rsquo;ensemble de ces notions de fa\u00e7on lin\u00e9aire, mais plut\u00f4t les interroger dans le fil de ma recherche, de mes r\u00e9flexions, de mes associations, en articulation avec la clinique.<\/p>\n<p>NOTE PR\u00c9LIMINAIRE. CADRE ET DISPOSITIF<\/p>\n<p>Les s\u00e9ances dont il est question ici t\u00e9moignent d&rsquo;un travail avec trois\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>de six enfants r\u00e9unis dans des conditions similaires.<br \/>Il s&rsquo;agit de\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de parole psychoth\u00e9rapeutiques d&rsquo;enfants en difficult\u00e9s scolaires, pour la plupart sur le versant n\u00e9vrotique ; ils sont anim\u00e9s dans le cadre d&rsquo;un C.M.P.P. au rythme d&rsquo;une fois par semaine, en monoth\u00e9rapie.<br \/>Le groupe I rassemble des enfants de 11, 12 ans, les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0II et III, des enfants de 8 \u00e0 10 ans.<br \/>Le mode de fonctionnement est donn\u00e9 lors de la premi\u00e8re s\u00e9ance.<br \/>Il concerne le jour, l&rsquo;heure et la dur\u00e9e (45 mn) des s\u00e9ances. Avec la consigne suivante : \u00ab\u00a0On peut dire ici tout ce qui vient \u00e0 l&rsquo;esprit et l&rsquo;on va essayer de comprendre ensemble ce qui se passe entre nous, afin de mieux comprendre ce qui se passe en chacun de nous\u00a0\u00bb.<br \/>Suivent les r\u00e8gles de discr\u00e9tion et de restitution.<br \/>Il est \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que nous commen\u00e7ons et finissons ensemble (groupe ferm\u00e9). Il n&rsquo;y a pas de nouveaux et un enfant quittant le groupe n&rsquo;est pas remplac\u00e9<br \/>Les enfants ont la possibilit\u00e9 de dessiner et\/ou d&rsquo;\u00e9crire ; \u00e0 cet effet, deux tableaux : un tableau noir avec des craies, un tableau-papier avec des feutres.<br \/>Dans la pi\u00e8ce, une table, une chaise pour chaque membre du groupe et un sac pour ranger et garder les dessins.<br \/>Pour ces trois\u00a0<strong>groupes<\/strong>, mes interventions se situeront essentiellement au niveau groupal.<br \/>Avant la premi\u00e8re s\u00e9ance du groupe, je rencontre tous les enfants le plus souvent \u00e0 deux reprises, afin de pouvoir nouer, pourrait-on dire, une pr\u00e9-alliance th\u00e9rapeutique.<br \/>Une r\u00e9union de parents est anim\u00e9e par un(e) coll\u00e8gue environ toutes les six semaines.<\/p>\n<p>Ce qui suit est une r\u00e9\u00e9criture \u00e0 partir de notes assez d\u00e9taill\u00e9es des premi\u00e8res s\u00e9ances de ces trois\u00a0<strong>groupes<\/strong>. Elles n&rsquo;ont pas pour vocation une restitution exhaustive de ce qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9, mais plut\u00f4t d&rsquo;\u00e9voquer la tonalit\u00e9 de ce qui pouvait \u00e9merger dans la dynamique groupale.<br \/>Les diff\u00e9rents moments expos\u00e9s sont respect\u00e9s dans leur chronologie aussi bien dans la succession des s\u00e9ances qu&rsquo;au sein de chacune d&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Groupe I<br \/>Fou rire<br \/>Les enfants se rencontrent pour la premi\u00e8re fois<br \/>&#8230;. ils ne parlent pas<br \/>Tout au plus l&rsquo;esquisse d&rsquo;un sourire<br \/>Le sourire s&rsquo;\u00e9largit, la bouche de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux s&rsquo;ouvre<br \/>Les dents se d\u00e9couvrent<br \/>D\u00e9tente&#8230; relative<br \/>Le rire de l&rsquo;un \u00e9clate<br \/>\u00ab\u00a0Il est fou\u00a0\u00bb, dit un autre<br \/>Rire sans savoir pourquoi. Tout ce que l&rsquo;on ne sait pas<br \/>Le rire gagne<br \/>C&rsquo;est le fou rire<br \/>Ils ont peur, peur d&rsquo;\u00eatre fous<br \/>De venir ici avec leurs id\u00e9es folles<br \/>Peur d&rsquo;\u00eatre l\u00e0<br \/>Mieux vaut se taire<br \/>Ou se terrer dans un coin<br \/>S&rsquo;ils pouvaient se r\u00e9fugier sous la table<br \/>Se catapulter par la fen\u00eatre<br \/>S&rsquo;engouffrer dans un trou de souris<br \/>Ou se fondre dans le tableau, mis l\u00e0 par l&rsquo;adulte<br \/>D\u00e9fenses offertes<br \/>Pour apprivoiser les id\u00e9es folles, plaqu\u00e9es, imprim\u00e9es<br \/>&#8230;<br \/>Ils pensent \u00e0 une fus\u00e9e qui ne pourrait pas s&rsquo;arr\u00eater<br \/>Elle irait percuter le soleil. Trop chaud<br \/>Elle fondrait, \u00e9claterait en mille morceaux<br \/>Pulse !<br \/>L&rsquo;enfant qui rit s&rsquo;appelle Lionel&#8230;<\/p>\n<p>Entre chien et loup<\/p>\n<p>Une semaine plus tard<br \/>Ils se retrouvent<br \/>Silence<br \/>Un enfant semble clou\u00e9 sur sa chaise<br \/>Il rugit<br \/>Peur d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9, d&rsquo;\u00eatre battu<br \/>D&rsquo;\u00eatre puni, s&rsquo;il ne parle pas<br \/>L&rsquo;homme assis l\u00e0 est-il un tyran ?<br \/>Gentil ou m\u00e9chant ?<br \/>La fin de s\u00e9ance approche<br \/>Des pieds s&rsquo;entrechoquent, comme pour se mordre<br \/>Entre chien et loup<\/p>\n<p>L&rsquo;origine des temps<\/p>\n<p>Un enfant est absent<br \/>C&rsquo;est le jour de la troisi\u00e8me rencontre<br \/>Les enfants parlent<br \/>O\u00f9 est l&rsquo;absent ?<br \/>Que fait-il ?<br \/>Pourquoi n&rsquo;est-il pas venu ?<br \/>\u00ab\u00a0Il aurait \u00e9cras\u00e9 une m\u00e9m\u00e9\u00a0\u00bb, propose l&rsquo;un d&rsquo;entre eux<br \/>\u00ab\u00a0La m\u00e9m\u00e9 c&rsquo;est elle\u00a0\u00bb, lance un autre, \u00ab\u00a0celle qui ne parle pas\u00a0\u00bb<br \/>Il d\u00e9signe l&rsquo;une des filles du groupe<br \/>Les langues se d\u00e9lient<br \/>Transformation<br \/>On entend parler b\u00e9b\u00e9<br \/>\u00c9vocation du groupe comme une famille<br \/>Des g\u00e9n\u00e9rations<br \/>Parents<br \/>Grands-parents<br \/>Arri\u00e8re-grands-parents<br \/>En arri\u00e8re, en arri\u00e8re&#8230;<br \/>L&rsquo;origine des temps<\/p>\n<p>Le facteur et les alligators<\/p>\n<p>Silence. Rien \u00e0 se dire.<br \/>Lionel est absent<br \/>\u00ab\u00a0Il fait la lessive de la famille, les affaires des parents\u00a0\u00bb<br \/>ou bien&#8230;<br \/>Il fait le facteur<br \/>Car le premier facteur s&rsquo;est cass\u00e9 le bras<br \/>Le facteur donne une lettre \u00e0 sa m\u00e8re<br \/>Il y est question d&rsquo;un rendez-vous<br \/>&#8230; avec le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ! &#8230;<br \/>C&rsquo;est le facteur le Pr\u00e9sident (!?)<br \/>Rires. Ces rires&#8230;<br \/>C&rsquo;est \u00e0 cause des chaussures qui mangent<br \/>Des chaussures dent\u00e9es de l&rsquo;un des enfants<br \/>En-dessous, une fosse aux alligators<br \/>A moins que les alligators soient ici m\u00eame, parmi nous<br \/>Nous, les alligators !?<br \/>Les dents sont bien dans la bouche<br \/>Risque de se d\u00e9vorer, de se croquer<br \/>Mieux vaut ne pas l&rsquo;ouvrir<br \/>Est-ce vraiment \u00e7a qui pourrait nous emp\u00eacher de parler<br \/>De dire qu&rsquo;on a rien, ou tout, \u00e0 se dire ?<br \/>Comment rendre ces alligators inoffensifs<br \/>Les saouler, leur retirer les dents, les assommer ?<br \/>Lionel est absent, il fait sa communion<br \/>&#8230; Fin de l&rsquo;enfance<br \/>Fin de s\u00e9ance.<\/p>\n<p>Entre d\u00e9voration<\/p>\n<p>Silences, rires<br \/>Derni\u00e8re rencontre avant une longue s\u00e9paration ; d\u00e9j\u00e0&#8230;<br \/>Un couple d&rsquo;alligators amusent la galerie<br \/>L&rsquo;un mangerait l&rsquo;autre<br \/>Un r\u00e9gal !&#8230;<br \/>D&rsquo;abord l&rsquo;intestin<br \/>Puis plats un peu plus succulents<br \/>Victuailles, ripailles<br \/>Puis tous se mangeraient, s&rsquo;entred\u00e9voreraient<br \/>Luttes intestines<br \/>Id\u00e9e qu&rsquo;au jour des retrouvailles<br \/>Les alligators n&rsquo;auront plus de dents<br \/>Chacun part avec un petit morceau<br \/>Prend sa part&#8230;<\/p>\n<p>Reprise<\/p>\n<p>Un enfant est absent<br \/>D\u00e9cid\u00e9ment !<br \/>Silences, rires<br \/>Il est dans son lit<br \/>Puis va venir&#8230; un taureau aux fesses<br \/>Le taureau est saoul, il danse<br \/>Il va devenir immense<br \/>Remplir la pi\u00e8ce<br \/>Les gar\u00e7ons doivent se planquer<br \/>Seules les filles pourront le ma\u00eetriser<br \/>Quant \u00e0 Mr Ch., \u00e0 la poubelle !<br \/>Il n &lsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 pas aller voir ailleurs<br \/>S\u00e9bastien tortille un fil de chaussette<br \/>Le su\u00e7ote<br \/>Le partage<br \/>Puis&#8230; l&rsquo;avale<\/p>\n<p>Queue de rat<\/p>\n<p>Le fil aval\u00e9 \u00e9tait une queue de rat<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Groupe II<br \/>Le Visiteur<\/p>\n<p>Comment \u00e9crire sur deux tableaux \u00e0 la fois ?<br \/>Constat qu&rsquo;il y a douze mains<br \/>Un enfant (J) prend la direction des op\u00e9rations<br \/>Choisir un th\u00e8me<br \/>Les probl\u00e8mes avec les parents<br \/>L&rsquo;\u00e9cole, les camarades<br \/>Je suis l\u00e0 parce que mes parents ont divorc\u00e9<br \/>Puis, silence<br \/>Difficult\u00e9s<br \/>L&rsquo;inconnu du groupe<br \/>Si l&rsquo;on ne se conna\u00eet pas, c&rsquo;est un mauvais groupe<br \/>La parole est d&rsquo;argent<br \/>Le silence est d&rsquo;or<br \/>L&rsquo;app\u00e2t du gain<br \/>Dessins<br \/>Une \u00e9cole<br \/>Un personnage f\u00e9minin<br \/>Une fus\u00e9e<br \/>Et puis&#8230;<br \/>Un homme pr\u00e9historique qui d\u00e9barquerait au XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les deux fant\u00f4mes<\/p>\n<p>A comme absence<br \/>O\u00f9 sont les dessins de la derni\u00e8re fois ?<br \/>Quelqu&rsquo;un est pass\u00e9<br \/>Ou y aurait-il eu une autre s\u00e9ance entre-temps ?<br \/>Un fant\u00f4me est pass\u00e9<br \/>Deux fant\u00f4mes<br \/>Un fant\u00f4me basic<br \/>Et un vrai fant\u00f4me \u00e0 t\u00eate de mort<br \/>Accident<br \/>Double<br \/>Chacun vient une s\u00e9ance sur deux<br \/>On se regarde dans un miroir<br \/>Les fant\u00f4mes, ce sont des morts vivants<br \/>Des revenants<br \/>Catapultes dirig\u00e9es contre l&rsquo;adulte<br \/>Est-il lui-m\u00eame un fant\u00f4me<br \/>Ou bien va-t-il nous prot\u00e9ger&#8230;<br \/>Contre ce groupe fantomatique qui nous fait peur<br \/>Le fant\u00f4me a des dents<br \/>C&rsquo;est Dracula<br \/>A moins que ce ne soit&#8230; une Dame Blanche<br \/>Inqui\u00e9tude, agitation, excitation.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre fant\u00f4me<\/p>\n<p>L&rsquo;adulte propose :<br \/>Vous comptez sur moi pour que je vous prot\u00e8ge du fant\u00f4me<br \/>Les enfants acquiescent<br \/>Soulagement<br \/>Comment le combattre ?<br \/>Le fant\u00f4me pourrait passer par les trous de nez<br \/>La bouche, les yeux<br \/>Nous l&rsquo;aurions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nous<br \/>On l&rsquo;avalerait<br \/>Avaler le fant\u00f4me fait devenir fant\u00f4me \u00e0 son tour<br \/>Alors on deviendrait ami avec lui<br \/>Pas de danger<br \/>Apparition d&rsquo;un nouveau fant\u00f4me aux yeux rouges et muscl\u00e9<br \/>Aval\u00e9, gard\u00e9, ma\u00eetris\u00e9<br \/>Le fant\u00f4me donne des forces<br \/>Mais n\u00e9cessit\u00e9 de le mettre sous les barreaux<br \/>Le danger est-il tout \u00e0 fait \u00e9cart\u00e9 ?<br \/>Excitation : des coups partent !<br \/>Rappel des r\u00e8gles<br \/>Se prot\u00e9ger contre soi-m\u00eame<br \/>J. a envie de dessiner un sapin, en pensant \u00e0 sa maman<br \/>Il est question de guerre, de territoires<br \/>On entame la Marseillaise !<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9lixir de beaut\u00e9<\/p>\n<p>S. a amen\u00e9 un \u00e9lastique<br \/>Le fant\u00f4me de vient sorci\u00e8re<br \/>Elle fait un \u00e9lixir de beaut\u00e9<br \/>Met dans sa marmite du sang, des yeux<br \/>Pour rester beau<br \/>Conflit<br \/>Enfants se mettent en prison \u00e0 tour de r\u00f4le<br \/>La pi\u00e8ce est-elle solide ?<br \/>Sont-ils en prison ici, enferm\u00e9s ?<br \/>Un despote laisserait les \u00e9trangers \u00e0 la porte<br \/>Serment \u00e9crit au tableau :<br \/>Plus de guerres, respect&#8230;<br \/>L&rsquo;adulte va-t-il les garder<br \/>Si les r\u00e8gles ne sont pas respect\u00e9es ?&#8230;<\/p>\n<p>Vampire<\/p>\n<p>A. est de retour<br \/>Un autre enfant est absent<br \/>Les absents sont des tra\u00eetres<br \/>Ils se la coulent douce au lieu de venir parler<br \/>Evocation d&rsquo;un bout de feuille mang\u00e9<br \/>Permettrait de mieux travailler<br \/>R\u00e9ussir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole<br \/>Texte ing\u00e9r\u00e9 et su&#8230;<br \/>Rappel<br \/>Ce qui est mang\u00e9 et donne de la force<br \/>Epinards, sang&#8230;<br \/>Un vampire est dessin\u00e9 au tableau<br \/>Il est tr\u00e8s puissant<br \/>Mis sous les barreaux<br \/>Dessin :<br \/>Un homme p\u00eache un coffre venant d&rsquo;une \u00e9pave cass\u00e9e en deux<br \/>Sous l&rsquo;eau, deux coffres, deux sir\u00e8nes, deux squelettes<br \/>Double<br \/>Rappel<br \/>On parle de Morpion<br \/>Un morpion c&rsquo;est un m\u00f4me<br \/>C&rsquo;est aussi un jeu qui peut rapporter gros&#8230;<\/p>\n<p>Toutes les filles de la terre&#8230;<\/p>\n<p>Les tra\u00eetres<br \/>Sont-il partis en Grande-Bretagne ?<br \/>Pass\u00e9s par le tunnel sous la Manche ?<br \/>Mais&#8230; fissures<br \/>Ou plut\u00f4t des fuites<br \/>Deux absents<br \/>Le C.M.P.P. va-t-il tenir ?&#8230;<br \/>D\u00e9m\u00e9nagement<br \/>Il faudrait 24 couches pour \u00e9viter les fuites<br \/>Pampers Baby Dry, les meilleures<br \/>B\u00e9b\u00e9<br \/>D\u00e9but de groupe<br \/>Dessins :<br \/>Lapin f\u00e9min\u00e9<br \/>Voiture en or<br \/>Ch\u00e8que refus\u00e9, vol\u00e9 ?&#8230;<br \/>Jeu du Morpion<br \/>S&rsquo;il y avait des filles, il faudrait encore plus de couches<br \/>Les filles ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es<br \/>&#8230; ou tu\u00e9es !<br \/>Toutes les filles de la terre<br \/>Tu\u00e9es.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 qui blesse<\/p>\n<p>Deux nouveaux vont arriver<br \/>Gar\u00e7ons esp\u00e9r\u00e9s<br \/>Filles redout\u00e9es<br \/>Les nouveaux seront mis \u00e0 la poubelle<br \/>Poison multicolore, barreaux<br \/>Carreaux de toutes les couleurs tapissent la pi\u00e8ce<br \/>Mouvements, contacts<br \/>Ruche effervescente<br \/>Les filles<br \/>Les amoureux<br \/>Les feutres voltigent, font mal<br \/>Rappel des r\u00e8gles<br \/>Jeu de feutres<br \/>Envoy\u00e9s dans la poubelle<br \/>Ici, on s&rsquo;aime<br \/>La v\u00e9rit\u00e9 qui blesse<br \/>De s&rsquo;aimer ?<br \/>De se dire que demain, rien ne sera plus comme avant<br \/>Racines<br \/>Agressivit\u00e9, agitation<br \/>Deux nouveaux vont arriver.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Groupe III<\/p>\n<p>Vous avez dit C.M.P.P. ?<\/p>\n<p>Pascal est pass\u00e9 \u00e0 la trappe<br \/>Pourquoi \u00e7a s&rsquo;appelle C.M.P.P. ?<br \/>Propositions<br \/>Savoir Maintenant Pourquoi Pascal&#8230; n&rsquo;est pas l\u00e0&#8230;<br \/>Ou bien &#8230;<br \/>Centre Magique P&#8230; P&#8230;<br \/>Monsieur Chapelli\u00e8re est-il un magicien<br \/>Qui peut faire appara\u00eetre dans son chapeau les enfants ?&#8230;<br \/>&#8230; ou les faire dispara\u00eetre ?<br \/>Comme il a d\u00e9j\u00e0 fait dispara\u00eetre une femme&#8230;<br \/>A peine entrevue dans la toute premi\u00e8re rencontre<br \/>&#8230;<br \/>On est l\u00e0 pour parler proprement<br \/>De la bouche sortent des foulards<br \/>De la bouche pourraient sortir des gros mots.<\/p>\n<p>La Guerre du Feu<\/p>\n<p>Centre M\u00e9dico&#8230;<br \/>Malades&#8230; de parler<br \/>Malades de l&rsquo;\u00e9cole<br \/>Mati\u00e8res difficiles<br \/>L&rsquo;histoire (par exemple)<br \/>Pr\u00e9histoire<br \/>Les singes avant de devenir des hommes, tuent un mammouth<br \/>Les \u00e9l\u00e9ments se d\u00e9cha\u00eenent<br \/>Apparition du feu<br \/>Foudre, orage, temp\u00eate<br \/>D\u00e9lire, on perd la t\u00eate<br \/>C&rsquo;est le feu dans la grange<br \/>Feu de paille<br \/>Les animaux sont en danger<br \/>Naufrage du Titanic<br \/>La moiti\u00e9 des gens sauv\u00e9s<br \/>Le capitaine a r\u00e9sist\u00e9<br \/>&#8230;<br \/>La grange est celle du tonton<br \/>La foudre est tomb\u00e9e sur un arbre<br \/>Un enfant va avec son p\u00e8re mettre de l&rsquo;ordre dans le camion<br \/>Il faut arr\u00eater Pascal&#8230;<br \/>&#8230; qui ne peut plus s&rsquo;arr\u00eater de parler<br \/>L&rsquo;adulte propose :<br \/>Ici, nous pourrions avoir peur qu&rsquo;il y ait le feu dans la grange<br \/>Un enfant conclut :<br \/>C.M.P.P., \u00e7a veut dire Centre M\u00e9dico-Psycho-P\u00e9dagogique.<\/p>\n<p>Pi\u00e8ges \u00e0 voleurs<\/p>\n<p>Pi\u00e8ges dans les maisons<br \/>Contre les voleurs de bijoux<br \/>Objets pr\u00e9cieux dans une voiture<br \/>Ou&#8230; dans le coffre d&rsquo;une dame<br \/>On peut aussi voler des animaux<br \/>Animaux abandonn\u00e9s, enrag\u00e9s<br \/>Enrag\u00e9s parfois, parce qu&rsquo;abandonn\u00e9s<br \/>Pr\u00e9histoire<br \/>Un grand trou pour capturer le mammouth<br \/>Pi\u00e8ge<br \/>Un singe veut rejoindre une dame qu&rsquo;il aime bien<br \/>Les hommes l&rsquo;en emp\u00eachent<br \/>Le tue avec un fusil<br \/>Un sh\u00e9rif doit faire la loi<br \/>Emp\u00eacher certains de prendre la place d&rsquo;autres<br \/>Une place pour tout le monde<br \/>Et Supercopter dans tout \u00e7a&#8230;<br \/>Rires.<\/p>\n<p>D&rsquo;un rire \u00e0 l&rsquo;autre<\/p>\n<p>Difficile de parler&#8230; de ce qui fait rire<br \/>Cinq ou six pins sont pos\u00e9s sur la table<br \/>Rires<br \/>Ce qui peut inqui\u00e9ter<br \/>Une chienne a fait des petits<br \/>Une chienne est perdue sur la route<br \/>Un p\u00e8re a oubli\u00e9 de donner \u00e0 manger aux animaux<br \/>C&rsquo;est la faute du p\u00e8re<br \/>Que donne-t&rsquo;on \u00e0 manger aux animaux ?<br \/>Que donne-t&rsquo;on \u00e0 manger aux hommes ?<br \/>Qui a les restes ?<br \/>Rires<br \/>D\u00e9tente<br \/>Les enfants ne sont plus fig\u00e9s<br \/>(S&rsquo;) Imaginent<br \/>Mi-chien, en haut<br \/>Mi-homme, en bas<br \/>Les enfants peuvent \u00eatre jaloux&#8230;<br \/>&#8230; de ce que mangent les parents<br \/>Les chiens qui mangent des poules<br \/>Qui tirent des tracteurs<br \/>Qui font partout sur le lit quand les adultes sont partis,<br \/>&#8230; les ont laiss\u00e9s<br \/>Quand les chiens sont tristes<br \/>Sont fous<br \/>Sont jaloux<br \/>L&rsquo;adulte propose :<br \/>Ici, nous pourrions avoir peur de nous manger<br \/>Peut-\u00eatre l&rsquo;envie&#8230; aussi<br \/>Un enfant conclut<br \/>Pas tout de suite, plus tard<br \/>Rires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A\/\u00a0<strong>AUTOUR<\/strong>\u00a0DE L&rsquo;INCORPORATION<\/p>\n<p>1\/ Au commencement \u00e9tait la bouche<\/p>\n<p>Le b\u00e9b\u00e9 s&rsquo;ouvre au monde et crie ; la bouche r\u00e9clame \u00e0 \u00eatre remplie.<br \/>Toute premi\u00e8re exp\u00e9rience ? Il serait difficile aujourd&rsquo;hui de le soutenir, ce serait oublier toute la vie intra-ut\u00e9rine que le nourrisson a d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re lui. C&rsquo;est alors comme si cette premi\u00e8re manifestation ne pouvait d\u00e9j\u00e0 se concevoir, n&rsquo;avait de sens que par rapport \u00e0 cette premi\u00e8re rupture fondamentale, s\u00e9paration soumettant le b\u00e9b\u00e9 \u00e0 de nouvelles conditions de vie.<br \/>Il n&rsquo;est pas question ici de ranimer une vieille querelle\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0d&rsquo;un traumatisme ou non \u00e0 la naissance, mais bien de s&rsquo;interroger sur ce que recouvre ce cri ; un regard sur ce qu&rsquo;il appelle&#8230;<br \/>Appel pour une r\u00e9union imm\u00e9diate de ce qui vient de se&#8230;.<br \/>M. Hanus \u00e9voquant la clinique du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0(16), nous parle du cri dans un chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les premiers moments\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Ils sont marqu\u00e9s par un \u00e9tat de choc \u00e0 l&rsquo;annonce de la perte qui nous arrive, qui nous frappe&#8230; la brutalit\u00e9 de la perte&#8230; entra\u00eene un choc particuli\u00e8rement intense&#8230; la premi\u00e8re r\u00e9action est le refus&#8230; elle va parfois jusqu&rsquo;\u00e0 un cri&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>Il poursuit : \u00ab\u00a0Mais ce cri est aussi la premi\u00e8re d\u00e9charge des affects p\u00e9nibles et lourds que l&rsquo;annonce du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0vient de d\u00e9terminer ; c&rsquo;est donc d\u00e9j\u00e0 un d\u00e9but de prise en compte, m\u00eame minime, de la r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est aussi un appel, un appel vers le disparu, le signe r\u00e9gressif d&rsquo;un comportement ancien, archa\u00efque, primitif, o\u00f9 il suffisait de crier pour qu&rsquo;apparaisse de nouveau pr\u00e8s de nous la personne ch\u00e8re qui avait disparu provisoirement de notre horizon et qui absente, \u00e9tait perdue temporairement\u00a0\u00bb.<br \/>Il pourrait appara\u00eetre comme singulier que je m&rsquo;interroge et me concentre, sur cette question du cri, alors que la clinique pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9e ne semble pas y faire r\u00e9f\u00e9rence. C&rsquo;est me semble-t-il parce que le cri peut \u00eatre envisag\u00e9 comme le n\u00e9gatif du silence. Ne pas ouvrir la bouche pour ne pas crier, dans cette impossibilit\u00e9 de crier. Comme nous le rappelle M. Hanus, crier montrerait que le moment de prostration et de sid\u00e9ration est d\u00e9j\u00e0 en voie de d\u00e9passement.<br \/>Au commencement \u00e9tait la bouche. La bouche est vide. Des enfants viennent pour leur premi\u00e8re s\u00e9ance de groupe de parole, leur bouche est vide, comment ce vide va-t&rsquo;il devenir langage ?<br \/>N. Abraham et M. Torok (1) soulignent que \u00ab\u00a0les tout d\u00e9buts de l&rsquo;introjection ont lieu gr\u00e2ce \u00e0 des exp\u00e9riences de vide de la bouche, doubl\u00e9es d&rsquo;une pr\u00e9sence maternelle. Ce vide est tout d&rsquo;abord exp\u00e9riment\u00e9 comme cris et pleurs, remplissement diff\u00e9r\u00e9, puis comme occasion d&rsquo;appel, moyen de faire appara\u00eetre, langage. Puis encore, comme auto-remplissement phonatoire, par l&rsquo;exploration linguopalato-glossale du vide, en \u00e9cho \u00e0 des sonorit\u00e9s per\u00e7ues depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur et enfin, comme substitution progressive partielle des satisfactions de la bouche, pleine de l&rsquo;objet maternel, par celles de la bouche vide du m\u00eame objet mais remplie de mots \u00e0 l&rsquo;adresse du sujet. Le passage de la bouche pleine de sein \u00e0 la bouche pleine de mots s&rsquo;effectue au travers d&rsquo;exp\u00e9riences de bouche vide. Apprendre \u00e0 remplir de mots le vide de la bouche, voil\u00e0 un premier parodyme de l&rsquo;introjection. On comprend qu&rsquo;elle ne peut s&rsquo;op\u00e9rer qu&rsquo;avec l&rsquo;assistance constante d&rsquo;une m\u00e8re, poss\u00e9dant elle-m\u00eame le langage (&#8230;). D&rsquo;abord la bouche vide, puis l&rsquo;absence des objets deviennent paroles, enfin les exp\u00e9riences des mots elle-m\u00eame se convertissent en d&rsquo;autres mots. Ainsi, le vide originel aura-t-il trouv\u00e9 rem\u00e8de \u00e0 tous ses manques par leur conversion en rapport de langage avec la communaut\u00e9 parlante\u00a0\u00bb.<br \/>L&rsquo;introjection con\u00e7ue comme une communion des \u00ab\u00a0bouches vides\u00a0\u00bb, est une proposition s\u00e9duisante, tout particuli\u00e8rement lorsqu&rsquo;on se propose de faire appara\u00eetre un langage en situation de groupe ; les enfants dont nous nous occupons ont le plus souvent acquis le langage, mais notre t\u00e2che est bien de favoriser l&rsquo;\u00e9mergence de ces mots qui n&rsquo;ont jamais pu \u00eatre dits, ou jamais dits de cette fa\u00e7on-l\u00e0&#8230;<br \/>Et cette \u00e9mergence, nous le voyons bien, pose probl\u00e8me, d&#8217;embl\u00e9e. Nous, th\u00e9rapeutes et enfants, attendons les mots venir et nous essuyons un refus ; ce refus parfois tout \u00e0 fait inconscient, ce silence, peut durer une \u00e9ternit\u00e9, plusieurs s\u00e9ances, quelquefois plusieurs mois.<br \/>Et puis vient le rire, le rire comme d\u00e9charge parfois un b\u00e2illement, ou un soupir.<br \/>Ces manifestations ne sont pas v\u00e9ritablement adress\u00e9es \u00e0 l&rsquo;autre, elles sont plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du narcissisme de l&rsquo;anobjectal (comment pourrait-il en \u00eatre autrement en ce temps primordial ?&#8230;), m\u00eame si elles \u00e9manent de plusieurs membres du groupe.<br \/>Rire partag\u00e9, mais du c\u00f4t\u00e9 maniaque, anti-objectal, anti-d\u00e9pressif. De l&rsquo;autre, j&rsquo;en veux, et je n&rsquo;en veux pas, de l&rsquo;ambivalence ?<br \/>Il semble que le rire, le cri ou encore le b\u00e2illement soient \u00e0 la fronti\u00e8re du narcissisme et d&rsquo;une tentative de (r\u00e9)objectalisation, ou tout du moins de cr\u00e9er ou de recr\u00e9er un lien \u00e0 l&rsquo;autre. Pr\u00e9misses de la construction d&rsquo;un lien de ce qui n&rsquo;est pour l&rsquo;instant qu&rsquo;anobjectal.<br \/>Ils recouvrent une recherche de liaison entre les membres d&rsquo;un groupe, mais dans une sorte de mise \u00e0 z\u00e9ro des individualit\u00e9s.<br \/>Il en va ainsi de ces d\u00e9buts de traitement de groupe o\u00f9 nous sommes tous confront\u00e9s, nous psychoth\u00e9rapeutes et animateurs de groupe, \u00e0 ces silences, rires, cris partag\u00e9s le plus souvent par l&rsquo;ensemble des enfants.<br \/>Ces s\u00e9ances tr\u00e8s, \u00ab\u00a0trop\u00a0\u00bb bruyantes, extr\u00eamement sonores ont d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites et mises en relief dans le travail de P. Privat et J.B. Chapelier (21), mais jusqu&rsquo;alors plut\u00f4t sous l&rsquo;angle d&rsquo;une recherche de contenant sonore. Cette hypoth\u00e8se peut \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e, me semble-t-il, par cette dimension d&rsquo;appel, au regard de ce qu&rsquo;un d\u00e9bit de traitement r\u00e9active des toutes premi\u00e8res exp\u00e9riences de s\u00e9paration et\/ou de\u00a0<strong>deuil<\/strong>.<\/p>\n<p>2\/ Incorporation et\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0liminaire<\/p>\n<p>R. Ka\u00ebs, \u00e0 partir d&rsquo;une r\u00e9flexion sur les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de formation (17), nous sensibilise \u00e0 ce qu&rsquo;il appelle le \u00ab\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0liminaire\u00a0\u00bb, en insistant sur la s\u00e9paration temporaire des participants d&rsquo;avec leurs attaches affectives habituelles. Il \u00e9tablit alors un parall\u00e9lisme avec la situation de l&rsquo;adolescent se pr\u00e9parant \u00e0 quitter sa famille, sa m\u00e8re, son enfance.<br \/>Il est possible d&rsquo;\u00e9largir cette r\u00e9flexion \u00e0 d&rsquo;autres\u00a0<strong>groupes<\/strong>, notamment aux\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques d&rsquo;enfants en consid\u00e9rant qu&rsquo;au fond, tout enfant commen\u00e7ant un traitement doit faire face aux angoisses de perte, de s\u00e9paration, et se doit d&rsquo;effectuer un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qui lui permette d&rsquo;abandonner ses fixations habituelles, et de d\u00e9velopper de nouvelles capacit\u00e9s d&rsquo;investissements.<br \/>R. Ka\u00ebs se concentre sur deux r\u00e9actions de deuils correspondant successivement \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e en groupe et \u00e0 la phase terminale avant la s\u00e9paration d\u00e9finitive de ses membres. Mais il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e9galement au travail qui s&rsquo;effectue entre ces deux temps. Il pr\u00e9cise : \u00ab\u00a0Dans une situation inaugur\u00e9e et termin\u00e9e par une perte d&rsquo;objet, le travail du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0est le support m\u00eame du travail de la fonction . L&rsquo;un et l&rsquo;autre aboutissent normalement \u00e0 l&rsquo;incorporation-introjection d&rsquo;un objet bon et stable par le moi des participants. Mais le statut de cet objet change entre le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0initial et le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0terminal : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, par exemple, le groupe lui-m\u00eame est \u00e9labor\u00e9 en objet \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb, voire id\u00e9alis\u00e9, r\u00e9actionnel \u00e0 la perte primitivement subie et \u00e0 la perte terminale prochaine. Mais c&rsquo;est \u00e0 perdre de nouveau cet objet et \u00e0 en faire le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qu&rsquo;un autre objet bon pourra \u00eatre introject\u00e9, assimil\u00e9 et \u00e9tabli \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du moi. L&rsquo;\u00e9laboration de cet autre objet, la d\u00e9couverte et l&rsquo;appropriation personnelles des ressources du sujet pour de nouvelles performances satisfaisantes est le r\u00e9sultat du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de s\u00e9paration et de sublimation, aboutissement du travail de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>r\u00e9it\u00e9r\u00e9 , c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;\u00e9mergence de modalit\u00e9s nouvelles, complexes et diff\u00e9renci\u00e9es de relations d&rsquo;objet\u00a0\u00bb.<br \/>Bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse ici de groupe de formation d&rsquo;adultes, il me semble que ces r\u00e9flexions peuvent prendre place dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques d&rsquo;enfants qui, dans la mesure o\u00f9 ce sont ici des\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0ferm\u00e9s, se d\u00e9roulent sur une p\u00e9riode relativement br\u00e8ve, c&rsquo;est-\u00e0-dire en moyenne deux ans.<br \/>Explorons la clinique \u00e0 notre disposition et tout d&rsquo;abord ce qui appara\u00eet fr\u00e9quemment dans le contenu des premi\u00e8res s\u00e9ances chez les enfants, j&rsquo;entends tout ce qui touche \u00e0 l&rsquo;agressivit\u00e9 orale, notamment sous la forme de fantasme d&rsquo;incorporation.<br \/>Rappelons ce que nous disent Laplanche et Pontalis (19) au sujet de l&rsquo;incorporation : \u00ab\u00a0<strong>Processus<\/strong>\u00a0par lequel le sujet sur un mode plus ou moins fantasmatique fait p\u00e9n\u00e9trer et garde un objet \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son corps. L&rsquo;incorporation constitue un but pulsionnel et un mode de relation d&rsquo;objet caract\u00e9ristiques du stade oral (&#8230;). En fait, trois significations sont bien pr\u00e9sentes dans l&rsquo;incorporation : se donner un plaisir un faisant p\u00e9n\u00e9trer un objet en soi ; d\u00e9truire cet objet ; s&rsquo;assimiler les qualit\u00e9s de cet objet en le conservant en dedans de soi ; c&rsquo;est ce dernier aspect qui fait de l&rsquo;incorporation la matrice de l&rsquo;introjection et de l&rsquo;identification\u00a0\u00bb.<br \/>Si nous reprenons l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>marginal en d\u00e9but de groupe, il est int\u00e9ressant de se pencher sur les fantasmes d&rsquo;incorporation qui s&rsquo;y expriment, fantasmes qui nous apparaissent comme un m\u00e9canisme de d\u00e9fense habituel contre la perte, et pourrait-on dire d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, contre un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Nous pourrions nous interroger sur ce fantasme d\u00e9fensif anti-introjectif et\/ou anti-<strong>deuil<\/strong>, au moment pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 l&rsquo;enfant arrive dans un monde nouveau.<br \/>Ka\u00ebs nous rappelle que le terme m\u00eame d&rsquo;incorporation est dans le\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de formation, \u00ab\u00a0une des m\u00e9taphores les plus fr\u00e9quentes du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0groupal dans la p\u00e9riode initiale\u00a0\u00bb.<br \/>Nous constatons que dans le groupe I dont j&rsquo;ai pr\u00e9sent\u00e9 les premi\u00e8res rencontres, l&rsquo;agressivit\u00e9 orale appara\u00eet sous forme de chaussures dent\u00e9es, et donc r\u00e9trospectivement, l&rsquo;on pourrait dire qu&rsquo;elle est d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e d\u00e8s la deuxi\u00e8me s\u00e9ance (pieds qui s&rsquo;entrechoquent comme pour se mordre).<br \/>Les pieds apparaissent comme un d\u00e9placement vers le bas de la bouche rugissante qui est au premier plan, pieds chauss\u00e9s de chaussures elles-m\u00eames chauss\u00e9es&#8230; de dents.<br \/>Il est courant dans les\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>que les pieds (le regard sur les pieds par les adultes, les pieds qui se touchent pour les enfants), soient particuli\u00e8rement investis par les participants, pr\u00e9cis\u00e9ment dans la p\u00e9riode inaugurale contre le fantasme d&rsquo;indiff\u00e9renciation que cette r\u00e9action met \u00e0 jour (les pieds ou les chaussures \u00e9tant nettement moins diff\u00e9renci\u00e9es que les visages&#8230;), il semble qu&rsquo;elle recouvre \u00e9galement une mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart d\u00e9fensive de la r\u00e9activation du sadisme oral.<br \/>Le fantasme d&rsquo;incorporation dans le groupe qui nous int\u00e9resse ici, appara\u00eet clairement \u00e0 la cinqui\u00e8me et \u00e0 la sixi\u00e8me s\u00e9ance. L&rsquo;entred\u00e9voration fait place \u00e0 l&rsquo;ingestion d&rsquo;un fil de chaussette. Ce fil sera un peu plus tard identifi\u00e9 \u00e0 une queue de rat.<br \/>Il faut bien s\u00fbr se demander pourquoi cette oralit\u00e9 destructrice, \u00e9galement trait\u00e9e de plaisir libidinal (il fallait voir ces deux enfants se pourl\u00e9cher les babines en d\u00e9vorant virtuellement et mutuellement leurs intestins&#8230;), appara\u00eet de fa\u00e7on si pr\u00e9gnante dans ce groupe. Une tentative de r\u00e9ponse r\u00e9side probablement dans le fait qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe de pr\u00e9-adolescents (11, 12 ans), p\u00e9riode au coeur du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0de l&rsquo;enfance ; par ailleurs, il est important de souligner que cette p\u00e9riode initiale se situe au mois de mai, et donc les premi\u00e8res s\u00e9ances sont marqu\u00e9es du sceau d&rsquo;une s\u00e9paration proche.<br \/>Avant de poursuivre sur la nature du contenu incorpor\u00e9, restons dans les sillages d&rsquo;une r\u00e9flexion\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0du fantasme d&rsquo;incorporation (en tant que tel).<\/p>\n<p>3\/ Nature de l&rsquo;incorporation<\/p>\n<p>N. Abraham et M. Torok (1) nous mettent en garde contre l&rsquo;assimilation qui pourrait \u00eatre faite entre incorporation et introjection. Tout d&rsquo;abord \u00ab\u00a0l&rsquo;incorporation correspond \u00e0 un fantasme et l&rsquo;introjection \u00e0 un processus\u00a0\u00bb, puis plus tard : \u00ab\u00a0C&rsquo;est pour ne pas avaler la perte qu&rsquo;on imagine d&rsquo;avaler, d&rsquo;avoir aval\u00e9 ce qui est perdu sous la forme d&rsquo;un objet (&#8230;). Absorber ce qui vient \u00e0 manquer (&#8230;) c&rsquo;est refuser le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et ses cons\u00e9quences, c&rsquo;est refuser d&rsquo;introduire en soi la partie de soi-m\u00eame d\u00e9pos\u00e9e dans ce qui est perdu, c&rsquo;est refuser le vrai sens de la perte, celui qui ferait qu&rsquo;en le sachant on serait autre, bref c&rsquo;est refuser son introjection\u00a0\u00bb.<br \/>Selon ces auteurs, l&rsquo;incorporation serait le fantasme de la non-introjection.<br \/>C&rsquo;est un \u00e9claircissement capital qui nous est fourni et qui met fin \u00e0 de multiples assimilations entre ces deux notions. Toutefois, ce fantasme d&rsquo;incorporation, et il nous para\u00eet tr\u00e8s important de le pr\u00e9ciser, n&rsquo;implique pas que le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0introjectif ne peut s&rsquo;enclencher ; l&rsquo;on peut m\u00eame se demander si l&rsquo;incorporation n&rsquo;est pas en somme une \u00e9tape normale afin de se prot\u00e9ger des angoisses importantes li\u00e9es \u00e0 la perte.<br \/>Il serait m\u00eame essentiel de savoir si ce passage incorporatif pourrait s&rsquo;av\u00e9rer n\u00e9cessaire, et au fond, signerait m\u00eame l&rsquo;introjection \u00e0 venir. Il serait bien s\u00fbr hasardeux de s&rsquo;en tenir l\u00e0 et d&rsquo;autres conditions semblent indispensables afin que puisse se mettre v\u00e9ritablement en marche ce\u00a0<strong>processus<\/strong>.<br \/>Mais N. Abraham et M. Torok nous fournissent des \u00e9l\u00e9ments qui semblent pouvoir venir \u00e9tayer cette proposition (1) : \u00ab\u00a0&#8230; il est aussi un autre type de fantasmes (&#8230;) qui par son contenue illustre le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0par lequel la topique est en passe d&rsquo;\u00eatre modifi\u00e9e. Nous voulons parler des fantasmes d&rsquo;incorporation\u00a0\u00bb.<br \/>L&rsquo;incorporation, si je puis me permettre l&rsquo;expression, taille dans le vif du sujet et si \u00ab\u00a0elle a l&rsquo;introjection comme vocation nostalgique\u00a0\u00bb, qu&rsquo;en serait-il d&rsquo;une vocation proph\u00e9tique ?<br \/>Ainsi, le fantasme d&rsquo;incorporation ne supprimerait pas ad vita \u00e9ternam le potentiel introjectif, il le diff\u00e8re, peut-\u00eatre m\u00eame il l&rsquo;annonce.<br \/>A souligner que la perspective de l&rsquo;incorporation comme anticipatrice du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 venir, telle qu&rsquo;elle est repr\u00e9sent\u00e9e par exemple dans l&rsquo;eucharistie, tendrait \u00e0 \u00e9tayer cette hypoth\u00e8se (m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit plus l\u00e0 d&rsquo;une sc\u00e8ne n\u00e9crophagique).<br \/>Si nous pouvions supposer donc que l&rsquo;incorporation s&rsquo;av\u00e8re n\u00e9cessaire, elle n&rsquo;en est pas pour autant suffisante afin de pouvoir entra\u00eener l&rsquo;amorce d&rsquo;un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Nous y reviendrons.<br \/>En tout \u00e9tat de cause, comme la m\u00e8re ou son substitut pour le nourrisson, le (la) psychoth\u00e9rapeute doit assumer son r\u00f4le de permanence et de contenant, adulte, lui, en possession d&rsquo;un langage ayant de multiples fonctions.<br \/>Nous en sommes donc au point de constater que l&rsquo;incorporation serait cons\u00e9cutive d&rsquo;un\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>liminaire et anticipatrice d&rsquo;un autre travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, en attente&#8230; diff\u00e9r\u00e9<br \/>C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui en d\u00e9but de groupe a toute sa coh\u00e9rence puisque si l&rsquo;introjection met fin \u00e0 la d\u00e9pendance objectale, l&rsquo;incorporation, elle, renforce ou cr\u00e9e un lien marginal.<br \/>Il est maintenant grand temps d&rsquo;aborder ce qui concerne le contenu m\u00eame de l&rsquo;incorporation. pour l&rsquo;introduire, je citerai un fois encore N. Abraham et M. Torok, ces auteurs s&rsquo;interrogeant sur les raisons pour lesquelles les paroles de l&rsquo;introjection viennent \u00e0 manquer. Et ils r\u00e9pondent : \u00ab\u00a0Il ne peut s&rsquo;agir que de la perte soudaine d&rsquo;un objet narcissiquement indispensable&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>Serait-il alors plus judicieux de se pencher non pas sur la nature et les caract\u00e9ristiques du\u00a0<strong>deuil<\/strong>, mais bien sur la nature de l&rsquo;objet dont les membres d&rsquo;un groupe peuvent \u00eatre endeuill\u00e9s.<br \/>Nous avons encore peu parl\u00e9 de groupe, c&rsquo;est-\u00e0-dire du groupe en tant qu&rsquo;entit\u00e9. D.Anzieu nous propose la m\u00e9taphore suivante : \u00ab\u00a0La situation de groupe en g\u00e9n\u00e9ral, de groupe libre en particulier, provoque une r\u00e9gression du sadisme oral, une angoisse corr\u00e9lative de perte de l&rsquo;identit\u00e9 personnelle et une recherche compensatoire de fusion avec l&rsquo;imago de la bonne m\u00e8re\u00a0\u00bb .<br \/>D. Anzieu souligne bien par ailleurs que la pulsion sadique orale peut s&rsquo;exprimer non en paroles mais par le silence. Il poursuit : \u00ab\u00a0La situation groupale (&#8230;) \u00e9veille souvent la repr\u00e9sentation fantasmatique d&rsquo;un hydre \u00e0 t\u00eates multiples et \u00e0 bouches su\u00e7antes ou d\u00e9vorantes. Quand un sujet est envahi par ces repr\u00e9sentations, il est saisi d&rsquo;une peur inconsciente d&rsquo;\u00eatre mang\u00e9 par les autres s&rsquo;il ouvre la bouche, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il projette sur eux, sous forme de crainte d&rsquo;une r\u00e9torsion, sa propre pulsion r\u00e9prim\u00e9e \u00e0 d\u00e9tourner l&rsquo;objet d&rsquo;amour en l&rsquo;avalant. Il vit la loi du talion sous la forme archa\u00efque suivante : \u00ab\u00a0Les autres, qui n&rsquo;arr\u00eatent pas de parler depuis le d\u00e9but, me manifestent, en ouvrant sans cesse la bouche, qu&rsquo;ils seraient pr\u00eats \u00e0 me d\u00e9vorer si moi-m\u00eame, en ouvrant la bouche apparemment pour parler, je me faisais soup\u00e7onner de vouloir les d\u00e9vorer\u00a0\u00bb. (&#8230;)<br \/>Les silencieux, dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>, se taisent car ils ont peur d&rsquo;\u00eatre d\u00e9vor\u00e9s\u00a0\u00bb.<br \/>Cela nous aide \u00e0 comprendre pourquoi dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>, les silencieux ne laissent jamais indiff\u00e9rents les autres membres du groupe. Soit ils sont inconsciemment maintenus dans ce statut parce qu&rsquo;ils assument (et portent) ainsi toute la probl\u00e9matique orale sadique qui est projet\u00e9e sur eux, soit ils sont vivement \u00ab\u00a0sollicit\u00e9s\u00a0\u00bb voire \u00ab\u00a0bouscul\u00e9s\u00a0\u00bb, et ceci pour les m\u00eames raisons. Nous en avons un exemple dans notre troisi\u00e8me s\u00e9ance du groupe I o\u00f9 \u00ab\u00a0celle qui ne parle pas\u00a0\u00bb n&rsquo;avait d&rsquo;autre destin que celui d&rsquo;une m\u00e9m\u00e9 \u00e9cras\u00e9e.<br \/>Mais reprenons d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s les r\u00e9flexions de D. Anzieu qui \u00e9voque \u00ab\u00a0la pulsion r\u00e9prim\u00e9e \u00e0 d\u00e9truire l&rsquo;objet d&rsquo;amour\u00a0\u00bb. Pour lui, il est clair que la fantasmatique orale dans les\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>renvoit au \u00ab\u00a0d\u00e9sir pr\u00e9g\u00e9nital et ambivalent, des participants-enfants de manger la m\u00e8re-moniteur pour se l&rsquo;incorporer, pour, s&rsquo;identifiant \u00e0 elle, devenir \u00e0 leur tour de bons moniteurs, pour la d\u00e9truire aussi bien. Ant\u00e9rieurement au tabou de l&rsquo;inceste (et du parricide) fonctionne le tabou de manger la m\u00e8re, dont la transgression est sanctionn\u00e9e par le sevrage (&#8230;). On n&rsquo;ouvre pas la bouche librement, car elle d\u00e9chiquetterait l&rsquo;objet m\u00eame dont on a soif et faim\u00a0\u00bb. Pouvons-nous g\u00e9n\u00e9raliser cette hypoth\u00e8se ?<br \/>D\u00e8s lors se pose une question, si du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0liminaire dont nous avons d\u00e9j\u00e0 abondamment parl\u00e9, r\u00e9sulte toute une fantasmatique incorporative, comment cette derni\u00e8re pourrait-elle concerner le (la) th\u00e9rapeute alors que m\u00eame si la d\u00e9pendance est initialement importante, les liens ne commencent qu&rsquo;\u00e0 se tisser et qu&rsquo;il serait hasardeux d&rsquo;\u00e9voquer d&#8217;embl\u00e9e des ph\u00e9nom\u00e8nes transf\u00e9rentiels ?<br \/>Dans cette perspective, l&rsquo;incorporation ne serait pas tant une premi\u00e8re \u00ab\u00a0tentative\u00a0\u00bb d&rsquo;identification au th\u00e9rapeute qu&rsquo;une fa\u00e7on de garder \u00ab\u00a0l&rsquo;objet\u00a0\u00bb perdu, ou risquant d&rsquo;\u00eatre perdu.<br \/>Comme \u00e0 l&rsquo;adolescence, le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0induit par tout traitement consiste \u00e0 d\u00e9sinvestir les liens de d\u00e9pendance narcissique qui unissent l&rsquo;enfant \u00e0 ses parents et \u00e0 les investir ailleurs, ou pourrait-on dire \u00e0 d\u00e9sinvestir les types de relation d&rsquo;objet (si relation d&rsquo;objet il y a) afin de laisser la place \u00e0 d&rsquo;autres types de relation possibles. Bien s\u00fbr, les enfants n&rsquo;ont pas \u00e0 \u00ab\u00a0perdre\u00a0\u00bb leurs parents mais plut\u00f4t une certaine image interne parentale, il n&rsquo;est pas question de d\u00e9sinvestir le champ relationnel aux parents, l&rsquo;enfant \u00e9tant \u00ab\u00a0n\u00e9cessairement\u00a0\u00bb d\u00e9pendant.<br \/>Pour l&rsquo;adolescent, cela s&rsquo;av\u00e8re plus complexe ; le groupe semble lui fournir l&rsquo;espace id\u00e9al o\u00f9 il peut justement \u00e9laborer un certain type de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0par rapport aux imagos parentales (et fraternelles ?) avec des pairs, avec un adulte dans un \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb qui pr\u00eate \u00e0 de nouvelles identifications. Mais d&rsquo;une part, le \u00ab\u00a0mod\u00e8le psychoth\u00e9rapique\u00a0\u00bb n&rsquo;est probablement pas suffisamment hors norme (sous entendu restant dans des normes d&rsquo;adultes), et en m\u00eame temps, il y aurait peut-\u00eatre une ad\u00e9quation apparente trop importante entre le d\u00e9sir de cet \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb et la th\u00e9rapie propos\u00e9e ; ce d\u00e9sir \u00e9tant empreint de destructivit\u00e9, il en r\u00e9sulte une certaine culpabilit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer pour chaque membre du groupe.<br \/>Si l&rsquo;objet \u00e0 consommer n&rsquo;est pas dans un premier temps le (la) th\u00e9rapeute, quel est-il donc, qui est donc cet objet ?<\/p>\n<p>4\/ L&rsquo;objet incorpor\u00e9<\/p>\n<p>C&rsquo;est ici que nous pourrions introduire l&rsquo;incontournable Totem et Tabou (7). Que nous propose Freud ? : \u00ab\u00a0Un jour, les fr\u00e8res qui avaient \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s se coalis\u00e8rent, tu\u00e8rent et mang\u00e8rent le p\u00e8re, mettant ainsi fin \u00e0 la horde paternelle (&#8230;). D\u00e8s lors, dans l&rsquo;acte de le manger, ils parvenaient \u00e0 r\u00e9aliser l&rsquo;identification avec lui, s&rsquo;appropriant chacun une partie de sa force. Le repas tot\u00e9mique, peut-\u00eatre la premi\u00e8re f\u00eate de l&rsquo;humanit\u00e9 serait la r\u00e9p\u00e9tition et la comm\u00e9moration de ce geste criminel m\u00e9morable qui a \u00e9t\u00e9 au commencement de tant de choses, organisations sociales, restrictions morales et religion\u00a0\u00bb.<br \/>Un quart de si\u00e8cle plus tard, S. Freud est toujours intimement convaincu de son hypoth\u00e8se qu&rsquo;il a construit \u00e0 partir de consid\u00e9rations th\u00e9oriques de C. Darwin (horde sous l&#8217;emprise du despote paternel), d&rsquo;Atkinson (r\u00e9bellion des fils et d\u00e9voration du p\u00e8re), et de W. Robertson-Smith (clan tot\u00e9mique), et il prolonge ses r\u00e9flexions dans son travail sur Mo\u00efse (12). Il tente alors de nous donner une cl\u00e9 qui nous permet d&rsquo;avancer dans la compr\u00e9hension de certains ph\u00e9nom\u00e8nes groupaux \u00e0 partir \u00ab\u00a0d&rsquo;analogies\u00a0\u00bb avec des\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>concernant le psychisme individuel.<br \/>Cette cl\u00e9 nous permet d&rsquo;\u00e9largir un horizon sur la question de la m\u00e9moire, non plus seulement ontog\u00e9n\u00e9tique, mais phytog\u00e9n\u00e9tique, et ceci \u00e0 partir du ph\u00e9nom\u00e8ne de la latence et du retour du refoul\u00e9. \u00ab\u00a0Traumatisme pr\u00e9coce -d\u00e9fense &#8211; latence &#8211; \u00e9ruption de la maladie n\u00e9vrotique &#8211; retour partiel du refoul\u00e9 : telle \u00e9tait la formule que nous avons \u00e9tablie pour d\u00e9crire le d\u00e9veloppement d&rsquo;une n\u00e9vrose (&#8230;). Dans la vie de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, il s&rsquo;est produit des\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0analogues \u00e0 ceux qui ont lieu dans la vie des individus.<br \/>Donc, qu&rsquo;il y a eu aussi des\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0\u00e0 contenu sexuel &#8211; agressif, qui ont laiss\u00e9 des cons\u00e9quences durables mais furent le plus souvent objets de d\u00e9fenses, tomb\u00e8rent dans l&rsquo;oubli, qui ont produit leur effet plus tard, apr\u00e8s une longue latence, et qui ont cr\u00e9\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes analogues aux sympt\u00f4mes dans leur structure et leur tendance\u00a0\u00bb.<br \/>Freud insiste bien sur le fait que ce que nous consid\u00e9rons comme oubli\u00e9 (les impressions, les traces du pass\u00e9) n&rsquo;est pas effac\u00e9 mais refoul\u00e9 ; que ces contenus ne concernent pas seulement l&rsquo;individu mais sont aussi des \u00e9l\u00e9ments de provenance phytog\u00e9n\u00e9tique, ce qu&rsquo;il appellera \u00ab\u00a0l&rsquo;h\u00e9ritage archa\u00efque\u00a0\u00bb. Que par ailleurs les r\u00e9actions \u00e0 ces traumatismes du pass\u00e9 semblent bien souvent plus facilement explicables en lien avec un \u00e9v\u00e8nement phytog\u00e9n\u00e9tique qu&rsquo;en r\u00e9f\u00e9rence avec l&rsquo;histoire personnelle. Il poursuit : \u00ab\u00a0L&rsquo;h\u00e9ritage archa\u00efque de l&rsquo;homme n&rsquo;englobe pas seulement des dispositions, mais aussi des contenus, des traces mn\u00e9siques relatives au v\u00e9cu des g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures\u00a0\u00bb.<br \/>Freud se centre toujours alors sur ce qui, depuis Totem et Tabou, s&rsquo;av\u00e8re central pour la compr\u00e9hension de la psychologie des masses et affirme : \u00ab\u00a0&#8230; les humains ont toujours su &#8211; de cette mani\u00e8re particuli\u00e8re &#8211; qu&rsquo;ils ont poss\u00e9d\u00e9 un jour un p\u00e8re primitif et qu&rsquo;ils l&rsquo;ont mis \u00e0 mort\u00a0\u00bb.<br \/>Il ajoutera qu&rsquo;un \u00e9v\u00e8nement pour p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;h\u00e9ritage archa\u00efque, doit \u00eatre suffisamment important et qu&rsquo;il doit se r\u00e9p\u00e9ter un nombre de fois suffisant ; dans le cas du meurtre du p\u00e8re, estime-t-il, ces deux conditions sont remplies.<br \/>Ainsi, \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;un jour ils mirent \u00e0 mort leur grand homme (Mo\u00efse), ils ne firent que r\u00e9p\u00e9ter un forfait qui, dans des temps primitifs, s&rsquo;\u00e9tait dirig\u00e9 contre le roi divin, comme le prescrivait la loi, et qui, ainsi que nous le savons, remontant \u00e0 un mod\u00e8le encore plus ancien\u00a0\u00bb.<br \/>Que pouvons-nous faire aujourd&rsquo;hui de cet \u00ab\u00a0h\u00e9ritage archa\u00efque\u00a0\u00bb lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe psychoth\u00e9rapeutique d&rsquo;enfants ou de pr\u00e9-adolescents ?<br \/>Si nous ent\u00e9rinons l&rsquo;hypoth\u00e8se pr\u00e9c\u00e9dente, \u00ab\u00a0l&rsquo;objet\u00a0\u00bb d\u00e9vor\u00e9 par les enfants en situation de th\u00e9rapie de groupe, quelle que soit la forme sous laquelle apparaisse cet \u00ab\u00a0objet\u00a0\u00bb ne serait autre que le p\u00e8re de la horde primitive, le p\u00e8re despote archa\u00efque.<br \/>Les repr\u00e9sentations qui nous sont propos\u00e9es par les enfants sembleraient pouvoir illustrer d&rsquo;une fa\u00e7on saisissante les sp\u00e9culations freudiennes. Ainsi, dans le groupe II, il est \u00e9voqu\u00e9, lors des toutes premi\u00e8res s\u00e9ances, le temps lointain de la pr\u00e9histoire (th\u00e8me fr\u00e9quent dans la p\u00e9riode initiale, ce dont pourraient t\u00e9moigner bon nombre de psychoth\u00e9rapeutes de groupe d&rsquo;enfants). Il est ici fantasm\u00e9 que les singes, avant de devenir des hommes, tuent un mammouth. Fait suite une sorte de chaos, pour enfin, lors de la m\u00eame s\u00e9ance, revenir \u00e0 une mise en ordre, y compris dans le langage : \u00ab\u00a0C.M.P.P, \u00e7a veut dire Centre M\u00e9dico-Psycho-P\u00e9dagogique\u00a0\u00bb.<br \/>Le mammouth ne serait autre qu&rsquo;un p\u00e8re primitif, et qui, lors de la s\u00e9ance suivante, prend figure humaine pour, en signe de r\u00e9torsion, tuer \u00e0 son tour le singe qui veut s&rsquo;approprier une dame. Freud proposerait probablement symboliquement un des fr\u00e8res du clan voulant s&rsquo;approprier la m\u00e8re.<br \/>Il est \u00e9galement tr\u00e8s int\u00e9ressant de noter que lors de la quatri\u00e8me s\u00e9ance, suite \u00e0 une image de p\u00e8re fautif o\u00f9 il est question \u00e0 nouveau d&rsquo;incorporation, d&rsquo;ingestion, nous rencontrons un nouveau personnage mi-homme (en bas) mi-chien (en haut).<br \/>Cette repr\u00e9sentation combinant homme et animal serait pour Freud un signe du retour du refoul\u00e9 s&rsquo;exprimant dans un long passage parsem\u00e9 de phases de transition dont nous avons ici une possible illustration : \u00ab\u00a0D&rsquo;abord, le Dieu \u00e0 forme humaine porte encore la t\u00eate de l&rsquo;animal, plus tard il se m\u00e9tamorphose de pr\u00e9f\u00e9rence en cet animal particulier, ensuite cet animal est sacr\u00e9 \u00e0 ses yeux et devient son animal favori, ou bien il a tu\u00e9 l&rsquo;animal et porte lui-m\u00eame une \u00e9pith\u00e8te qui en rappelle le nom. Entre l&rsquo;animal tot\u00e9mique et le Dieu surgit le h\u00e9ros, fr\u00e9quemment comme phase pr\u00e9alable de la divinisation (&#8230;). Enfin se produit la d\u00e9cision de r\u00e9server toute la puissance \u00e0 un Dieu unique (&#8230;). A ce moment seulement, la souverainet\u00e9 du p\u00e8re de la horde primitive se trouva r\u00e9tablie&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>C&rsquo;est un enfant du groupe qui lors de cette m\u00eame s\u00e9ance et en guise de conclusion, annonce une prochaine c\u00e9r\u00e9monie incorporative, \u00e9non\u00e7ant ainsi la p\u00e9rennit\u00e9 du repas tot\u00e9mique.<br \/>Dans le groupe III, il s&rsquo;agit d\u00e8s la s\u00e9ance inaugurale d&rsquo;un homme pr\u00e9historique qui d\u00e9barquait au XXe si\u00e8cle. Celui que je d\u00e9nomme \u00ab\u00a0le visiteur\u00a0\u00bb vient ainsi hanter les esprits du groupe. Il prend rapidement l&rsquo;aspect d&rsquo;un fant\u00f4me au moment pr\u00e9cis o\u00f9 l&rsquo;un des membres du groupe est absent.<br \/>La repr\u00e9sentation du fant\u00f4me est sans nul doute polyc\u00e9mique. Elle symbolise et condense l&rsquo;inconnu projet\u00e9 sur le groupe, sur le th\u00e9rapeute, sur l&rsquo;enfant absent, mais peut-\u00eatre \u00e9galement ce revenant des temps primitifs, ce mort-vivant et qui finalement se transforme en vampire.<br \/>Il est frappant de constater, \u00e0 la suite de Freud, que le Dieu primitif des tribus jeunes, Yahv\u00e9, le Dieu des volcans, appara\u00eet comme un d\u00e9mon inqui\u00e9tant, avide de sang, qui r\u00f4de la nuit et fuit le jour. Que serait-ce sinon un vampire ?<br \/>Nous pourrions alors avancer cette hypoth\u00e8se : le dieu primitif, le soi-disant p\u00e8re de la pr\u00e9histoire, serait un dieu vampirique, un dieu oral, et la seule fa\u00e7on de le ma\u00eetriser serait de la manger avant d&rsquo;\u00eatre d\u00e9vor\u00e9, d\u00e9vitalis\u00e9 par lui, vid\u00e9 de son sang.<br \/>Cela comporterait deux avantages non n\u00e9gligeables : d&rsquo;une part incorporer le d\u00e9mon permettrait d&rsquo;\u00e9carter en partie le danger, d&rsquo;autre part c&rsquo;est un moyen de s&rsquo;identifier \u00e0 lui et de lui prendre sa puissance (et ceci doublement : manger du puissant rend puissant, sur le mod\u00e8le alimentaire, comme gain d&rsquo;\u00e9nergie ; et l&rsquo;acte d&rsquo;incorporer sur le mod\u00e8le identificatoire apporte \u00e9galement la puissance).<br \/>Ceci est tr\u00e8s clairement exprim\u00e9 par un enfant qui souligne le gain de force apport\u00e9 par l&rsquo;incorporation de fant\u00f4me, le fant\u00f4me-vampire ing\u00e9r\u00e9 a maintenant les yeux rouges et est muscl\u00e9 (apport vital de sang, de muscles).<br \/>Toutefois, il est bien clair qu&rsquo;avaler un fant\u00f4me ne peut tout \u00e0 fait permettre de se pr\u00e9munir de l&rsquo;inqui\u00e9tude initiale. Devenir soi-m\u00eame un fant\u00f4me, un mort-vivant, g\u00e9n\u00e8re une angoisse nouvelle comme semblent en t\u00e9moigner l&rsquo;excitation et l&rsquo;agressivit\u00e9 cons\u00e9cutives.<br \/>Est-ce ici un nouveau signe que l&rsquo;incorporation est un passage important mais non pas suffisant ?&#8230;<br \/>Nous pourrions maintenant nous poser la question suivante : ce d\u00e9mon a-t-il un sexe, est-il sexu\u00e9 ? Pour Freud, il est tout \u00e0 fait clair qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un homme, d&rsquo;un p\u00e8re, d&rsquo;une image paternelle.<br \/>Ce que nous livre la clinique de groupe d&rsquo;enfants est moins net (et ce n&rsquo;est bien s\u00fbr pas un hasard). Si l&rsquo;homme pr\u00e9historique n&rsquo;offre pratiquement pas d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9, il n&rsquo;en est pas de m\u00eame du mammouth dans la consonance n&rsquo;est pas sans rappeler la m\u00e9m\u00e9 du groupe I (s\u00e9ance 3), c&rsquo;est-\u00e0-dire une image maternelle, au fond l&rsquo;imago d&rsquo;une m\u00e8re archa\u00efque et toute-puissante . Par ailleurs, en quoi un vampire serait-il plut\u00f4t un homme qu&rsquo;une femme, masculin que f\u00e9minin ?<br \/>En fait, ce que nous pouvons bien souvent relever, c&rsquo;est une image condens\u00e9e, tout \u00e0 la fois paternelle et maternelle.<br \/>Derri\u00e8re le sexe apparant de la figure primitive, se cache l&rsquo;autre sexe. Derri\u00e8re le p\u00e8re primitif se cache la m\u00e8re archa\u00efque. Nous en avons une merveilleuse illustration dans ce Belfegor qui fit fr\u00e9mir le Mus\u00e9e du Louvre et nos psychismes \u00ab\u00a0accroch\u00e9s\u00a0\u00bb au petit \u00e9cran.<br \/>D\u00e8s lors, nous pourrions nous demander s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas l\u00e0 d&rsquo;une repr\u00e9sentation de parents combin\u00e9s. Il ne serait plus exactement question du meurtre du \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb mais plut\u00f4t d&rsquo;une tentative de meurtre de sc\u00e8ne primitive archa\u00efque o\u00f9 les parents sont confondus. Ce qui est tu\u00e9, c&rsquo;est une sc\u00e8ne originaire ; c&rsquo;est aussi un acte (la sc\u00e8ne d&rsquo;un acte).<br \/>Un acte tue un autre acte.<br \/>Par ailleurs, si l&rsquo;hypoth\u00e8se freudienne est s\u00e9duisante, une certaine partie de son contenu nous pose au moins deux types de probl\u00e8mes.<br \/>D&rsquo;une part, concernant la question de l&rsquo;h\u00e9ritage archa\u00efque, nous pourrions nous demander avec E. Enriquez (6) s&rsquo;il est n\u00e9cessaire de postuler l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis ou des \u00e9v\u00e8nements traumatiques. Et si le meurtre \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, de quelque nature qu&rsquo;il soit, ne se pr\u00e9sente pas obligatoirement comme la r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;un \u00e9v\u00e8nement ant\u00e9rieur mais comme relevant de l&rsquo;ordre de la n\u00e9cessit\u00e9 (le p\u00e8re doit \u00eatre tu\u00e9) ou comme un fantasme organisateur de la personnalit\u00e9 et de la culture.<br \/>D&rsquo;autre part, il y aurait dans le mythe de Totem et Tabou un \u00e9vitement. Pour D. Anzieu (2), cet \u00e9vitement r\u00e9side dans une restructuration effectu\u00e9e apr\u00e8s-coup, lors de la phase oedipienne, d&rsquo;un fantasme de la phase orale.<br \/>J. Kristeva (1, pour sa part, souligne que \u00ab\u00a0la figure f\u00e9minine ou maternelle hante une grande partie de ce livre et continue \u00e0 en former l&rsquo;arri\u00e8re-fond&#8230;\u00a0\u00bb<br \/>Freud, en se concentrant sur le meurtre du p\u00e8re, aurait ainsi finalement mis de c\u00f4t\u00e9 ce qui semblait important dans sa r\u00e9flexion initiale : la phobie de l&rsquo;inceste.<br \/>Ces diff\u00e9rents propos mettent finalement l&rsquo;accent, si l&rsquo;on y regarde bien, sur un point : l&rsquo;articulation qui reste toujours \u00e0 faire entre oralit\u00e9, incorporation, cannibalisme et d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la question oedipienne. Nous y reviendrons.<br \/>Je souhaiterais pour l&rsquo;instant avancer sur le terrain du\u00a0<strong>deuil<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire en tentant de prolonger le parcours freudien, avancer sur le terrain du meurtre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>B\/\u00a0<strong>AUTOUR<\/strong>\u00a0DU MEURTRE ET DU SACRIFICE<\/p>\n<p>1\/ Le double meurtre<\/p>\n<p>S&rsquo;il y a\u00a0<strong>deuil<\/strong>, il y a mort, et s&rsquo;il y a mort nous dit Freud dans Totem et Tabou, il y a meurtre.<br \/>Revisitons \u00ab\u00a0Mo\u00efse\u00a0\u00bb. Mo\u00efse en s&rsquo;instituant \u00e9lu de Dieu et en choisissant son peuple, se doit de tuer Akh\u00e9naton. Tout en ravivant une tradition, il la modifie, c&rsquo;est-\u00e0-dire essentiellement en imposant la loi mosa\u00efque.<br \/>Puis il emm\u00e8ne son peuple vers la terre promise. Le peuple \u00ab\u00a0\u00e9gyptien\u00a0\u00bb de l&rsquo;exode, lui, ne pouvait tuer son leader, son Dieu, car il n&rsquo;\u00e9tait alors que trop pr\u00e9cieux. C&rsquo;est une premi\u00e8re phase o\u00f9 le meneur est indispensable. S&rsquo;il le tue, ce ne peut \u00eatre que par incorporation ; on ne peut imaginer l&rsquo;exode sans son chef pour le mener \u00e0 bien.<br \/>C&rsquo;est le peuple s\u00e9mite d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 sur la terre devenue plus tard Isra\u00ebl qui, selon Freud, aurait \u00e9limin\u00e9 Mo\u00efse.<br \/>En fait, il s&rsquo;agit de la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 historique\u00a0\u00bb, nous pourrions entrevoir l&rsquo;exode comme une m\u00e9taphore d&rsquo;un temps psychique n\u00e9cessaire \u00e0 la constitution d&rsquo;un peuple.<br \/>Le d\u00e9but de l&rsquo;exode, c&rsquo;est le premier acte fondateur o\u00f9 Mo\u00efse rompt le lien de filiation, \u00e9quivalent \u00e0 un premier \u00ab\u00a0meurtre\u00a0\u00bb.<br \/>Un meurtre oral car devant prendre en charge, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, la succession phytog\u00e9n\u00e9tique des parricides.<br \/>Le deuxi\u00e8me acte fondateur, c&rsquo;est le meurtre sur la personne de Mo\u00efse, qui instaure v\u00e9ritablement le peuple juif, et am\u00e8ne la loi du p\u00e8re ; car si nous avions vu que l&rsquo;incorporation du chef de la horde primitive permettait de s&rsquo;attribuer la puissance du p\u00e8re, il est utile de pr\u00e9ciser que s&rsquo;effectue dans le m\u00eame temps l&rsquo;introjection de son pouvoir interdicteur.<br \/>Dans un premier temps, c&rsquo;est le peuple \u00e9gyptien qui emm\u00e8ne Mo\u00efse avec lui, ou dans lui, l&rsquo;ayant incorpor\u00e9, puis dans un second temps, il l&rsquo;\u00e9limine, s&rsquo;en d\u00e9tache, le rejette.<br \/>S&rsquo;il faut trois g\u00e9n\u00e9rations pour assurer une filiation, il faut donc un \u00ab\u00a0double meurtre\u00a0\u00bb pour acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;oedipe : sch\u00e9matiquement, un premier meurtre oral, cannibalique, et un deuxi\u00e8me, anal.<br \/>Nous pourrions nous demander si les doubles c\u00e9r\u00e9monies fun\u00e9raires de certaines tribus primitives ne viennent pas en \u00e9cho \u00e0 ce qui vient d&rsquo;\u00eatre \u00e9voqu\u00e9. Comme nous le pr\u00e9cise A. Green (14) : \u00ab\u00a0Tout d&rsquo;abord, le p\u00e8re est consomm\u00e9, les meurtriers lui redonnent vie par cette nouvelle conception qui aboutit \u00e0 une renaissance, puis celle-ci est bient\u00f4t suivie de sa deuxi\u00e8me mort par l&rsquo;\u00e9limination de son cadavre excr\u00e9mentiel (&#8230;). Tuer le p\u00e8re ne met pas fin \u00e0 son existence et ne r\u00e9sout pas le complexe paternel\u00a0\u00bb. Une seconde phase est n\u00e9cessaire. Ou vu sous un angle quelque peu diff\u00e9rent, un rappel de Freud (7) cette fois : une premi\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie qui signifie la disparition du corps, un deuxi\u00e8me qui envoie d\u00e9finitivement au royaume des morts.<br \/>Mais revenons \u00e0 nos agneaux. Il est remarquable de constater que, tout comme Mo\u00efse, si je puis me permettre ce \u00ab\u00a0rapprochement\u00a0\u00bb, le th\u00e9rapeute se choisit un groupe. C&rsquo;est lui qui pose la premi\u00e8re pierre, qui donne un premier \u00e9lan, qui dicte des lois, et qui propose aux enfants de sortir d&rsquo;un certain \u00ab\u00a0esclavage\u00a0\u00bb psychique. Il fournit un syst\u00e8me symbolique. Il est don d&rsquo;amour et de refus d&rsquo;amour ; et Mo\u00efse bien que non despotique, contrairement au chef de la horde, souligne Enriquez (6), \u00ab\u00a0est en m\u00eame temps sa r\u00e9incarnation et il doit subir le m\u00eame sort (&#8230;). Le destin du grand homme, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 cette seule condition que les peuples peuvent vivre, d&rsquo;o\u00f9 ce paradoxe : sans grand homme, pas de peuple ; sans meurtre du grand homme, pas de peuple non plus\u00a0\u00bb.<br \/>Dans nos\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques, nous retrouverions les deux temps cit\u00e9s plus haut : un temps initial en r\u00e9f\u00e9rence au meurtre de la figure archa\u00efque qui \u00e0 l&rsquo;occasion du temps de crise correspondant au d\u00e9but du traitement en groupe, resurgit comme retour du refoul\u00e9 (et r\u00e9activait les pulsions orales et anales), puis afin de le perp\u00e9tuer et de fonder un nouveau groupe, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec une v\u00e9ritable existence de groupe tiss\u00e9e de liens solides, et non un simple conglom\u00e9rat d&rsquo;individus, un second meurtre s&rsquo;av\u00e9rerait n\u00e9cessaire : le meurtre du th\u00e9rapeute, symboliquement s&rsquo;entend.<br \/>Le th\u00e9rapeute doit donc accepter d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9. Ce sera l&rsquo;une des conditions sine qua non du bon d\u00e9roulement de la dynamique groupale.<\/p>\n<p>2\/ Le bouc-\u00e9missaire<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, il est important de souligner que le th\u00e9rapeute n&rsquo;est pas, dans le groupe, le premier \u00e0 \u00eatre attaqu\u00e9, malmen\u00e9, ou pourrait-on dire, envoy\u00e9 au diable. Une des phases que l&rsquo;on retrouve de fa\u00e7on quasi syst\u00e9matique dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques d&rsquo;enfants, est celle du bouc-\u00e9missaire.<br \/>Le ph\u00e9nom\u00e8ne vaut la peine que nous nous y arr\u00eations.<br \/>Bouc-\u00e9missaire est une expression qui viendrait du grec \u00ab\u00a0apopompa\u00efos\u00a0\u00bb signifiant : \u00ab\u00a0qui \u00e9carte les fl\u00e9aux\u00a0\u00bb. La traduction du texte h\u00e9breu serait : \u00ab\u00a0destin\u00e9 \u00e0 Azarel\u00a0\u00bb. Azarel est le nom d&rsquo;un d\u00e9mon ancien cens\u00e9 habiter dans le d\u00e9sert.<br \/>L&rsquo;action rituelle dont le bouc fait l&rsquo;objet est ainsi d\u00e9crite : \u00ab\u00a0Aaron lui posera les deux mains sur la t\u00eate et confessera \u00e0 sa charge toutes les fautes des enfants d&rsquo;Isra\u00ebl, toutes leurs transgressions et tous leurs p\u00e9ch\u00e9s. Apr\u00e8s en avoir ainsi charg\u00e9 la t\u00eate du bouc, il l&rsquo;enverra au d\u00e9sert sous la conduite d&rsquo;un homme qui se tiendra pr\u00eat, et le bouc emportera sur lui toutes les fautes dans un lieu aride\u00a0\u00bb (Cf. XVI du L\u00e9vitique).<br \/>Ren\u00e9 Girard (13) nous rappelle ce passage puis \u00e9met l&rsquo;hypoth\u00e8se suivante : les grandes pers\u00e9cutions sont d\u00e9clench\u00e9es par des crises sociales graves, au moment o\u00f9 les r\u00e8gles et les diff\u00e9rences qui d\u00e9finissent l&rsquo;ordre culturel risquent d&rsquo;\u00eatre remises en cause ; \u00ab\u00a0ce n&rsquo;est jamais la diff\u00e9rence qui obs\u00e8de les pers\u00e9cuteurs (malgr\u00e9 ce que l&rsquo;on serait tent\u00e9 de croire, les victimes bien souvent d\u00e9sign\u00e9es \u00e9tant les malades, les fous, les infirmes, etc&#8230;), mais c&rsquo;est toujours son contraire indicible, l&rsquo;indiff\u00e9renciation\u00a0\u00bb.<br \/>Ainsi, le bouc-\u00e9missaire appara\u00eetrait au moment o\u00f9 un groupe social se sentirait en danger \u00e0 cause d&rsquo;un risque de r\u00e9gression \u00e0 un niveau d&rsquo;indiff\u00e9renciation trop important ; et il pr\u00e9cise : \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;apparition du ph\u00e9nom\u00e8ne qui serait pathologique mais sa fixation et la r\u00e9p\u00e9tition st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e\u00a0\u00bb.<br \/>Dans leur article, \u00ab\u00a0Quelques hypoth\u00e8ses sur le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc-\u00e9missaire (4), J.B. Chapelier et C. Neuville tentent de montrer comment ce ph\u00e9nom\u00e8ne universel est li\u00e9 \u00e0 la constitution naturelle des\u00a0<strong>groupes<\/strong>, comme repr\u00e9sentant le stade le plus archa\u00efque de diff\u00e9renciation. Cette position de bouc-\u00e9missaire si difficile qu&rsquo;elle soit \u00e0 tenir et \u00e0 vivre dans le groupe, a toutefois une fonction protectrice. L&rsquo;une de ces fonctions est de pr\u00e9server l&rsquo;adulte garant de la constitution, de la cr\u00e9ation et de la continuit\u00e9 du groupe. Le th\u00e9rapeute exclu pr\u00e9matur\u00e9ment laisserait le groupe dans l&rsquo;abandon, les enfants \u00e9tant dans cette phase initiale encore extr\u00eamement d\u00e9pendants. Le d\u00e9sir de fuir cet \u00e9tat de d\u00e9pendance est pr\u00e9sent, mais les membres du groupe n&rsquo;ont pas encore les moyens de l&rsquo;assumer.<br \/>Un bon nombre de rituels tir\u00e9s de l&rsquo;histoire ou de l&rsquo;ethnographie t\u00e9moignent de sacrifices dont les victimes sont les repr\u00e9sentants du pouvoir, les rois ou un homme pouvant les repr\u00e9senter, un vieillard par exemple ; mais c&rsquo;est aussi par d\u00e9placement ou par inversion un enfant, un pauvre, ou le fr\u00e8re du roi. On retrouve cette destruction dans le\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>o\u00f9 le bouc-\u00e9missaire peut \u00eatre le leader, mais tout aussi bien l&rsquo;enfant le plus d\u00e9muni, le plus fragile.<br \/>Il appara\u00eet ainsi que l&rsquo;enfant bouc-\u00e9missaire re\u00e7oit un certain nombre de projections n\u00e9gatives en lieu et place du th\u00e9rapeute. C&rsquo;est donc dans un second temps \u00e0 ce dernier, au moyen d&rsquo;un commentaire, de donner la possibilit\u00e9 de faire revenir sur lui ces projections. Dans le cas o\u00f9 il n&rsquo;assume pas ce r\u00f4le de r\u00e9ceptacle des mauvais objets, des d\u00e9chets, refusant de vivre des affects d\u00e9pressifs , le groupe se structure\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de l&rsquo;enfant bouc-\u00e9missaire, reproduisant, nous pr\u00e9cisent J.B. Chapelier et C. Neuville, \u00e9ternellement cette oscillation paradoxale : \u00ab\u00a0On t&rsquo;attaque car tu emp\u00eaches le groupe de se constituer unitairement mais on te garde pour nous prot\u00e9ger de l&rsquo;indiff\u00e9renciation\u00a0\u00bb.<br \/>Ces auteurs reprendront l&rsquo;extrait suivant de la Bible : \u00ab\u00a0Le grand pr\u00eatre attachait un fil de laine rouge aux cornes d&rsquo;un bouc et ce fil devait \u00eatre divis\u00e9 en deux brins, l&rsquo;un accroch\u00e9 aux cornes et l&rsquo;autre au rocher ; ainsi, quand le bouc \u00e9tait pouss\u00e9 dans le vide, le fil \u00e9tait d\u00e9tress\u00e9\u00a0\u00bb. De cet \u00e9l\u00e9ment, ils concluaient que la chute du bouc \u00e9voque l&rsquo;arrachement des liens d&rsquo;agrippement du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re avec la d\u00e9tresse qui en r\u00e9sulte.<br \/>Il est donc de plus en plus clair que le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc-\u00e9missaire t\u00e9moigne d&rsquo;un niveau de probl\u00e9matique primaire, archa\u00efque.<br \/>Le brin rouge \u00e9voque bien s\u00fbr le cordon ombilical et le lien du sang, c&rsquo;est-\u00e0-dire au fond une naissance. De quelle naissance s&rsquo;agit-il pour le groupe ?<br \/>Nous pourrions attribuer \u00e0 tort la naissance d&rsquo;un groupe \u00e0 ce temps de la rencontre initiale entre l&rsquo;ensemble des membres. La p\u00e9riode du bouc-\u00e9missaire ne pr\u00e9figure-t-elle pas au fond une v\u00e9ritable naissance dans une premi\u00e8re tentative d&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de s\u00e9paration, un temps initiatique entra\u00eenant une diff\u00e9renciation g\u00e9n\u00e9rationnelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire une premi\u00e8re reconnaissance d&rsquo;une diff\u00e9rence entre adultes et enfants.<br \/>Ceci nous int\u00e9resse au plus haut point et nous ram\u00e8ne \u00e0 une pr\u00e9c\u00e9dente hypoth\u00e8se : nous avons vu que la figure archa\u00efque incorpor\u00e9e dans les d\u00e9buts du groupe semble renvoyer en fait \u00e0 une repr\u00e9sentation de parents combin\u00e9s, une sc\u00e8ne primitive archa\u00efque, o\u00f9 les protagonistes sont indiff\u00e9renci\u00e9s.<br \/>Une nouvelle perspective consisterait \u00e0 entrevoir l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement incorporatif et l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.. comme deux voies ayant pour m\u00eame fonction la ma\u00eetrise sur un couple fantasm\u00e9, fondateur du groupe ; ceci qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du couple de coth\u00e9rapeutes, ou d&rsquo;un th\u00e9rapeute seul (\u00e0 noter en effet que l&rsquo;on trouve des repr\u00e9sentations de parents combin\u00e9s dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0en monoth\u00e9rapie).<br \/>Il est remarquable \u00e0 cet \u00e9gard de relever l&rsquo;une des r\u00e9flexions de J.B. Chapelier et C.Neuville : \u00ab\u00a0Le bouc-\u00e9missaire est le seul constituant groupal qui permettre d&rsquo;attaquer par la bande les cr\u00e9ateurs omnipr\u00e9sents sous la forme indiff\u00e9renci\u00e9e de parents combin\u00e9s\u00a0\u00bb.<br \/>Si ces auteurs insistent sur l&rsquo;angoisse d&rsquo;\u00eatre pris \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la sc\u00e8ne primitive archa\u00efque, tourbillon excitant et g\u00e9n\u00e9rant des attaques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, je retiendrai surtout pour ma part la tentative de dompter l&rsquo;adulte ou les adultes, d\u00e9fense, me semble-t-il, contre l&rsquo;angoisse li\u00e9e \u00e0 la reconnaissance d&rsquo;un couple originaire du groupe.<br \/>L&rsquo;incorporation et le sacrifice seraient deux facettes d&rsquo;un m\u00eame mouvement, celui d&rsquo;une lutte contre un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0au sens \u00e9largi, un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0que nous commen\u00e7ons peut-\u00eatre \u00e0 pouvoir cerner. Ce dernier implique, nous le savons bien, toujours un retrait et les deux \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e8nements\u00a0\u00bb cit\u00e9s permettent alors de recr\u00e9er un lien dans le groupe.<br \/>Nous constatons aussi que d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances, le th\u00e9rapeute doit \u00eatre en mesure de supporter une phase d\u00e9pressive. C&rsquo;est un moment particuli\u00e8rement \u00e9prouvant o\u00f9 il se sent exclu, inutile, voire incomp\u00e9tent. S&rsquo;il ne peut y faire face, il est fr\u00e9quent qu&rsquo;un enfant du groupe doive malgr\u00e9 lui \u00ab\u00a0assumer\u00a0\u00bb cette t\u00e2che. C&rsquo;est bien s\u00fbr un enfant dont la probl\u00e9matique rencontre ce statut de bouc-\u00e9missaire.<br \/>Cette \u00e9tape marqu\u00e9e par le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc-\u00e9missaire sacrifiant un membre du groupe, puis le th\u00e9rapeute, ne peut toutefois pas \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 un meurtre symbolique. Les choses n&rsquo;en sont pas encore l\u00e0, j&rsquo;entends, nous sommes encore loin d&rsquo;une \u00ab\u00a0accessibilit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;oedipe.<br \/>Il est frappant de constater que le bouc-\u00e9missaire dans la p\u00e9riode initiale, n&rsquo;est jamais tout \u00e0 fait exclu, mais bien gard\u00e9 tant il est n\u00e9cessaire \u00e0 la dynamique groupale. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ancien testament, il s&rsquo;agirait l\u00e0 plut\u00f4t du premier bouc sacrifi\u00e9 \u00ab\u00a0sur place\u00a0\u00bb, le deuxi\u00e8me \u00e9tant, nous le savons, envoy\u00e9 dans le d\u00e9sert. L\u00e0 encore, nous retrouvons cette double sanction, dynamique en deux temps successifs.<\/p>\n<p>3\/ Disparitions, ruptures, absences<\/p>\n<p>Ceci m&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 une autre interrogation concernant pr\u00e9cis\u00e9ment des d\u00e9parts d&rsquo;enfants, des\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0que j&rsquo;ai pu animer, en l&rsquo;occurrence ceux cit\u00e9s plus haut (I, II, III).<br \/>Dans chacun de ces\u00a0<strong>groupes<\/strong>, ou deux enfants, pour des raisons vari\u00e9es, ont arr\u00eat\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 leur traitement. Cette r\u00e9p\u00e9tition, dans un premier temps, ne pouvait que m&rsquo;interroger sur mon contre-transfert qu&rsquo;il \u00e9tait plus ou moins ais\u00e9 d&rsquo;analyser suivant les p\u00e9riodes et les circonstances de ces ruptures. Ayant eu par la suite l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre r\u00e9guli\u00e8rement parler d&rsquo;autres\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0anim\u00e9s par des coll\u00e8gues, je me rendis compte que ces d\u00e9parts \u00e9taient extr\u00eamement fr\u00e9quents, et bien souvent rest\u00e9s dans l&rsquo;ombre, vite oubli\u00e9s, banalis\u00e9s par les animateurs ou les th\u00e9rapeutes. Ceci, sous la forme de rationalisations s&rsquo;appuyant sur les impond\u00e9rables classiques (d\u00e9m\u00e9nagement, entr\u00e9e dans un internat, effet de la rupture des vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9, parents ne supportant pas l&rsquo;\u00e9volution et retirant l&rsquo;enfant). Mouvement d\u00e9fensif auquel je n&rsquo;ai pas \u00e9chapp\u00e9 afin de lutter contre la perte r\u00e9activant des angoisses de s\u00e9paration et\/ou de castration. Ou bien c&rsquo;\u00e9tait le soulagement qui l&#8217;emportait, d\u00e9termin\u00e9 par le fait que l&rsquo;enfant parti \u00e9tait justement celui qui posait probl\u00e8me au groupe&#8230; et au th\u00e9rapeute.<br \/>Il arrive que nous \u00e9prouvons le sentiment de ne rien pouvoir faire pour emp\u00eacher un enfant de partir et de se sentir dans l&rsquo;impuissance de pouvoir le faire revenir dans le groupe.<br \/>Si toutes les raisons indiqu\u00e9es ci-dessus peuvent jouer un r\u00f4le dans la rupture d&rsquo;un enfant, il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;il y a lieu de s&rsquo;interroger et tenter de cerner les motivation inconscientes qui la g\u00e9n\u00e8rent.<br \/>Nous serions tent\u00e9s une fois encore d&rsquo;avancer l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une exclusion sacrificielle de l&rsquo;enfant en lieu et place du th\u00e9rapeute. Mais qu&rsquo;en est-il vraiment ?<br \/>Le plus souvent, ces d\u00e9parts ont lieu dans une p\u00e9riode avanc\u00e9e de la dynamique groupale, et o\u00f9 l&rsquo;excitation est de nouveau mont\u00e9e \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9, par exemple sous forme de lancer d&rsquo;objets divers, traversant la pi\u00e8ce, atteignant les enfants mais aussi l&rsquo;adulte. Si toutefois ce dernier n&rsquo;est pas toujours touch\u00e9, les projectiles p\u00e9n\u00e8trent une zone extr\u00eamement proche de lui. Lorsqu&rsquo;il est atteint, les enfants accompagnent leurs excuses d&rsquo;un large sourire&#8230;<br \/>Si rien n&rsquo;est \u00e9labor\u00e9 et\/ou verbalis\u00e9 au niveau de ces attaques qui manifestement concernent le th\u00e9rapeute, il me semble que l&rsquo;on peut craindre le d\u00e9part d&rsquo;un enfant ou des absences r\u00e9p\u00e9titives, aboutissant finalement \u00e9galement \u00e0 une rupture.<br \/>Cette fois, c&rsquo;est la r\u00e9f\u00e9rence au deuxi\u00e8me bouc, celui vou\u00e9 au d\u00e9sert et destin\u00e9 \u00e0 Azarel, qui semble s&rsquo;imposer.<br \/>Lors de cette seconde phase, certaines conditions sont r\u00e9unies pour que le groupe soit fond\u00e9 et plus ou moins autonome, ce qui lui permet d&rsquo;assumer son ambivalence \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;adulte.<br \/>C&rsquo;est donc au th\u00e9rapeute d&rsquo;\u00eatre suffisamment solide et disponible afin de recevoir le message meurtrier, ce qui autorisera l&rsquo;ensemble des enfants \u00e0 franchir une nouvelle \u00e9tape et probablement la derni\u00e8re, celle d&rsquo;un dernier\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 effectuer, celui du groupe. Nous y reviendrons.<br \/>Voyons bri\u00e8vement, comment dans le groupe I, l&rsquo;un des enfants sera amen\u00e9 \u00e0 quitter le groupe avant son terme : appara\u00eet d\u00e8s la treizi\u00e8me s\u00e9ance l&rsquo;id\u00e9e, le fantasme que quelqu&rsquo;un serait \u00e0 tuer. C&rsquo;est la guerre dans le groupie. Les bouts de craies fusent. C&rsquo;est une p\u00e9riode o\u00f9 je me sens exclu, probable n\u00e9cessit\u00e9 afin que le groupe, dans cette premi\u00e8re phase d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite, se constitue. Je tente de verbaliser cette exclusion en proposant : \u00ab\u00a0Pour que vous puissiez continuer \u00e0 vivre tranquillement et \u00e0 jouer, il faudrait&#8230;\u00a0\u00bb A ce moment pr\u00e9cis, un enfant m&rsquo;interrompt et poursuit&#8230;\u00a0\u00bbtuer quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb. Un peu plus tard, dans cette m\u00eame s\u00e9ance, Lionel propose d&rsquo;amener une arme \u00e0 billes glac\u00e9es.<br \/>A la trente-cinqui\u00e8me s\u00e9ance \u00e9merge l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il faudrait tuer Lionel, alors leader des enfants du groupe. Trois semaines plus tard, ce dernier am\u00e8ne un pistolet \u00e0 billes assez imposant, le dirige dans un premier temps vers lui, puis vers les autres. Enfin, il est de nouveau question de tuer le pr\u00e9sident (cf. s\u00e9ance ).<br \/>A la s\u00e9ance suivante, je demande qui est le pr\u00e9sident de ce groupe. Les enfants me d\u00e9signant, je leur souligne qu&rsquo;ils pourraient venir ici avec leur col\u00e8re \u00e0 mon \u00e9gard, en avoir peur ainsi que de mes \u00e9ventuelles r\u00e9actions agressives en retour.<br \/>Miguel, un autre enfant du groupe, exprimera son d\u00e9sir de ne plus revenir apr\u00e8s les vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9 et qu&rsquo;un projet d&rsquo;internat se fait jour pour lui.<br \/>Ce projet s&rsquo;actualisera \u00e0 la rentr\u00e9e, et le d\u00e9part cons\u00e9cutif ne fragilisera que tr\u00e8s partiellement le groupe. Ceci, me semble-t-il, en lien avec le fait que Miguel a pu, apr\u00e8s beaucoup de r\u00e9sistances, revenir pour nous dire au revoir dans de bonnes conditions. C&rsquo;\u00e9tait alors comme si le travail groupal avait pu, entre autres, pr\u00e9parer Miguel \u00e0 son entr\u00e9e pour l&rsquo;internat et que conjointement, ce pr\u00e9adolescent avait pu, \u00e0 l&rsquo;occasion de son d\u00e9part, pr\u00e9f\u00e9rer les autres enfants \u00e0 la fin du groupe .<br \/>Dans un dernier entretien individuel avec Miguel, je lui ai donn\u00e9 mon sentiment comme quoi, en dehors du soulagement qu&rsquo;allait probablement procurer l&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;internat par rapport aux relations conflictuelles qu&rsquo;il entretenait avec sa famille, il se sacrifiait. De fa\u00e7on assez surprenante pour moi, Miguel acquiesce, mais me donne aussit\u00f4t un exemple dans sa scolarit\u00e9, confirmant tout \u00e0 fait mon hypoth\u00e8se et intuition, aussi bien que sa derni\u00e8re s\u00e9ance de groupe avait marqu\u00e9s d&rsquo;une grande \u00e9motion.<br \/>Nous avions \u00e9voqu\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un sacrifice qui s&rsquo;effectuerai de fa\u00e7on effective, dans l&rsquo;acte, comme un d\u00e9faut&#8230;&#8230;., de&#8230;&#8230;&#8230;., d&rsquo;\u00e9laboration, d&rsquo;analyse. L&rsquo;exemple pr\u00e9c\u00e9dent tendrait \u00e0 mod\u00e9rer cette hypoth\u00e8se (tout du moins \u00e0 en relativiser les aspects n\u00e9gatifs). Il est alors imp\u00e9ratif de se demander si l\u00e0 aussi, le d\u00e9part d&rsquo;un membre du groupe ne serait pas li\u00e9 \u00e0 une certaine n\u00e9cessit\u00e9 qui serait \u00e0 interroger.<br \/>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 un certain nombre de r\u00e9flexion : d&rsquo;une part, si l&rsquo;on se penche sur l&rsquo;origine du sacrifice, il nous conduit \u00e0 un crime liminaire qui symboliquement, nous dit S. Freud, renverrait au meurtre du p\u00e8re ; un meurtre ne pouvant \u00eatre expi\u00e9 que par le sacrifice d&rsquo;une autre vie. Dans le christianisme, la religion du fils remplace celle du p\u00e8re ; ainsi la troupe des fr\u00e8res consomme la chair et le sang du fils et non plus du p\u00e8re, se sanctifie et s&rsquo;identifie avec lui par cette consommation. La communion chr\u00e9tienne est au fond une nouvelle \u00e9limination du p\u00e8re, une r\u00e9p\u00e9tition de l&rsquo;acte qui exige d&rsquo;\u00eatre expi\u00e9.<\/p>\n<p>Dans quelle mesure le d\u00e9part d&rsquo;un enfant, au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le d\u00e9sir se fait jour d&rsquo;\u00e9liminer l&rsquo;adulte, ne viendrait-il pas comme un acte \u00e0 resituer groupalement comme expiatoire. S&rsquo;il g\u00e9n\u00e8re une certaine culpabilit\u00e9 (elle serait bien moindre que celle li\u00e9 au d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9liminer le th\u00e9rapeute), il permet toutefois, comme tout sacrifi\u00e9, de (re)cr\u00e9er \u00ab\u00a0le lien sacr\u00e9 entre participants et leur Dieu\u00a0\u00bb.<br \/>D&rsquo;autre part, et c&rsquo;est un point sur lequel j&rsquo;aimerai attirer l&rsquo;attention, il est courant d&rsquo;opposer\u00a0<strong>deuil<\/strong>, en lien avec la mort d&rsquo;une personne proche, et\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0au sens \u00e9largi, c&rsquo;est-\u00e0-diretout ce qui serait de l&rsquo;ordre de la perte.<br \/>Une fa\u00e7on de traiter cette question serait, me semble-t-il, de consid\u00e9rer que le\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>est prototypique du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e9largi. Penser la perte exigerait en effet une repr\u00e9sentation \u00ab\u00a0d&rsquo;un \u00e0 mourir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d&rsquo;un \u00e0 tuer\u00a0\u00bb, s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;exp\u00e9rience comme par&#8230;. le commun des mortels, de la perte d&rsquo;un \u00eatre cher, exp\u00e9rience partageable, communicable, palpable, sociale et unifiante.<br \/>Et dans le\u00a0<strong>deuil<\/strong>, la perte douloureuse est finalement avant tout la perte de la partie de moi attach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;objet, partie se retrouvant \u00e0 vide ou \u00e0 \u00ab\u00a0vider\u00a0\u00bb, \u00e0 \u00ab\u00a0liquider\u00a0\u00bb, mais la perte interne, se \u00ab\u00a0travaille\u00a0\u00bb, s&rsquo;\u00e9taye pourrait-on dire, sur la perte externe, mort, disparition, frustration.<br \/>Nous avons donc un aper\u00e7u du\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>en d\u00e9but de situation de groupe, ainsi que dans le d\u00e9roulement de la dynamique groupale.<br \/>Penchons-nous maintenant sur la p\u00e9riode terminale qui sans nul doute, pourra nous \u00e9clairer sur l&rsquo;ensemble du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0dans la psychoth\u00e9rapie de groupe d&rsquo;enfants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\/\u00a0<strong>AUTOUR\u00a0<\/strong>DU\u00a0<strong>DEUIL<\/strong>\u00a0ORIGINAIRE<\/p>\n<p>1\/ Fin de groupe et avant-go\u00fbt du\u00a0<strong>deuil<\/strong><\/p>\n<p>Je souhaiterais remonter \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 je me pr\u00e9parais \u00e0 terminer le groupe III, et o\u00f9 mes pr\u00e9occupations \u00e9taient centr\u00e9es sur le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 faire du groupe des enfants dont j&rsquo;avais \u00e0 me s\u00e9parer.<br \/>Cette anticipation sur un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 venir constitue un nouveau jalon\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de la r\u00e9flexion concernant le travail ou le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. A priori, parler de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0si je puis dire avant l&rsquo;heure, para\u00eet absurde ou n\u00e9 d&rsquo;une confusion, \u00e0 moins que cela ne soit avant tout l&rsquo;expression d&rsquo;une d\u00e9fense contre des angoisses de s\u00e9paration.<br \/>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, ce serait, me semble-t-il, se d\u00e9fendre de toutes les repr\u00e9sentations et affects douloureux en lien avec une s\u00e9paration prochaine. Penser pr\u00e9matur\u00e9ment au\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0pour \u00e9viter de penser \u00e0 la s\u00e9paration, cette perte m\u00eame qui pr\u00e9c\u00e8de justement le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>.<br \/>En quelque sorte, tenter une r\u00e9flexion sur le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0pour \u00e9viter le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>&#8230; Soit.<br \/>Tout en admettant cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se, la question initiale, celle d&rsquo;un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 venir, m\u00e9rite que l&rsquo;on s&rsquo;y attarde.<br \/>A partir du moment, de l&rsquo;instant o\u00f9 nous avons d\u00e9cid\u00e9 par exemple de la date d&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;un groupe, n&rsquo;y a-t-il pas quelque chose de l&rsquo;ordre d&rsquo;un nouveau\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qui se met en route. Ou plut\u00f4t, n&rsquo;est-ce pas parce qu&rsquo;un certain travail de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>est amorc\u00e9 qu&rsquo;une date d&rsquo;arr\u00eate peut \u00eatre envisag\u00e9e. Retenons cette derni\u00e8re proposition.<br \/>C&rsquo;est S. Freud qui le premier nous invite \u00e0 une r\u00e9flexion sur ce qu&rsquo;il appellera l&rsquo;avant-go\u00fbt du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0dans son article sur la Verganglechkert ou l&rsquo;\u00e9ph\u00e8m\u00e8re destin\u00e9e (9).<br \/>Freud, lors d&rsquo;une promenade, converse avec un ami et un jeune po\u00e8te ; ces derniers se plaignent du caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la nature, des hommes, de l&rsquo;art, les amenant \u00e0 des sentiments de d\u00e9go\u00fbt face au monde ou de r\u00e9volte devant cette r\u00e9alit\u00e9. Ainsi, selon eux, l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e du Beau conduirait \u00e0 sa d\u00e9valorisation. Freud s&rsquo;inscrit en contre, mais son argumentation n&rsquo;a visiblement aucun effet sur ses compagnons.<br \/>Il poursuit alors : \u00ab\u00a0&#8230;. je d\u00e9duisais de cet insucc\u00e8s qu&rsquo;un facteur affectif puissant intervenait pour troubler leur jugement, facteur que je crus plus tard avoir trouv\u00e9. Ce ne peut avoir \u00e9 t\u00e9 que la r\u00e9volte de l&rsquo;\u00e2me contre le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0aussi a d\u00e9valoris\u00e9 chez eux la jouissance du Beau. Se repr\u00e9senter que ce Beau est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re donnait \u00e0 ces deux \u00eatres sensibles un avant-go\u00fbt du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0suscit\u00e9 par son d\u00e9clin, et comme l&rsquo;\u00e2me se retire instinctivement de tout ce qui est douloureux, ils sentaient la jouissance qu&rsquo;ils puisaient dans le Beau endommag\u00e9e par la pens\u00e9e de son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e\u00a0\u00bb.<br \/>A noter au passage que si la promenade de Freud date d&rsquo;ao\u00fbt 1913, p\u00e9riode o\u00f9 il vient de terminer Totem et Tabou, l&rsquo;article y faisant r\u00e9f\u00e9rence est de novembre 1915, autre p\u00e9riode qui suit l&rsquo;ach\u00e8vement du travail sur \u00ab\u00a0<strong>Deuil<\/strong>\u00a0et m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb (.<br \/>L&rsquo;hypoth\u00e8se freudienne nous rend plus compr\u00e9hensible les ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9volte et\/ou de retrait \u00e0 l&rsquo;approche d&rsquo;une perte, d&rsquo;une s\u00e9paration. Cet avant-go\u00fbt permet \u00e0 l&rsquo;ensemble des protagonistes concern\u00e9s par la s\u00e9paration de se pr\u00e9parer \u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement douloureux. En fait, plus qu&rsquo;un \u00e9v\u00e8nement bien circoncis dans le temps, il s&rsquo;agit bien l\u00e0 plut\u00f4t d&rsquo;une phase \u00e0 traverser et \u00e0 plusieurs \u00e9pisodes.<br \/>Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une fin de traitement, deux ph\u00e9nom\u00e8nes de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0se condensent, sont intriqu\u00e9s. D&rsquo;une part, celui li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration des membres du groupe : chaque enfant va quitter l&rsquo;ensemble des autres enfants avec qui il avait au fil du temps \u00e9tablit des liens diff\u00e9renci\u00e9s, et chaque enfant va quitter le groupe, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il doit faire face \u00e0 la perte anticip\u00e9e de l&rsquo;entit\u00e9 groupe.<br \/>D&rsquo;autre part, la phase terminale du groupe marque un passage, une nouvelle \u00e9tape pour chacun, y compris pour le th\u00e9rapeute. Si cette phase peut \u00eatre suffisamment travaill\u00e9e, elle donne l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00e9laborer quelques aspects d&rsquo;un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0mutatif pour les participants pouvant prendre la forme suivante : nous \u00e9tions venus avec certaines difficult\u00e9s, voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes aujourd&rsquo;hui, voil\u00e0 ce que nous projetons pour demain.<br \/>De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ce bilan fait suite \u00e0 une retravers\u00e9e de l&rsquo;ensemble des \u00e9tapes v\u00e9cues par le groupe, ceci quelquefois lors d&rsquo;une m\u00eame s\u00e9ance, \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un film en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, retra\u00e7ant l&rsquo;histoire du groupe (comment ne pas penser aux instants pr\u00e9c\u00e9dant et\/ou pr\u00e9figurant la mort&#8230; nous y reviendrons).<br \/>Par ailleurs, cela s&rsquo;accompagne conjointement de la re-connaissance d&rsquo;un couple d&rsquo;adultes autrement-dit les deux acteurs de la sc\u00e8ne primitive sont ici et maintenant, non seulement repr\u00e9sent\u00e9s, mais aussi identifi\u00e9s et diff\u00e9renci\u00e9s.<br \/>La sc\u00e8ne originaire est alors accept\u00e9e dans la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations, sans angoisse v\u00e9hicul\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une repr\u00e9sentation d\u00e9livr\u00e9e du risque pour l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00eatre m\u00eal\u00e9 \u00e0 cette sc\u00e8ne.<br \/>Dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0en coth\u00e9rapie, les deux th\u00e9rapeutes, dans cette phase terminale, sont d\u00e9sign\u00e9s comme sexu\u00e9s et pouvant s&rsquo;unir, dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0en monoth\u00e9rapie, il est plut\u00f4t question de la femme (ou du mari) du (ou de la) th\u00e9rapeute.<br \/>Rejoignons sans plus attendre les interpr\u00e8tes nous contant cette histoire de fin de groupe; les extraits de s\u00e9ances suivantes (groupe II) t\u00e9moigneront, me semble-t-il, tout \u00e0 la fois de l&rsquo;\u00e9volution des enfants et de la possibilit\u00e9 d&rsquo;envisager une fin de traitement.<br \/>A la 52e s\u00e9ance, les enfants \u00e9voquent leurs progr\u00e8s scolaires et un d\u00e9part du groupe l&rsquo;ann\u00e9e suivante.<br \/>Le d\u00e9but de la 57e s\u00e9ance est marqu\u00e9 par des contenus d&rsquo;angoisse de castration : cass\u00e9 le bras, cass\u00e9 le pied, probl\u00e8me \u00e0 la cheville, etc&#8230; Puis un peu plus tard, Nathalie, une des filles du groupe, parlera de la r\u00e9union des parents. David pr\u00e9cise : \u00ab\u00a0Ma m\u00e8re y \u00e9tait aussi\u00a0\u00bb. Pascal ajoute : \u00ab\u00a0Moi, je n&rsquo;y \u00e9tait pas\u00a0\u00bb. Nat conclut : \u00ab\u00a0C&rsquo;est pas pour nous, c&rsquo;est pour les parents\u00a0\u00bb. Suit une sc\u00e8ne o\u00f9 les enfants transpercent un ballon de papier avec un barreau de chaise, la chaise \u00e9tant renvers\u00e9e. Ils pr\u00e9ciseront que c&rsquo;est ma t\u00eate qui est ainsi transperc\u00e9e et vid\u00e9e. Je propose : \u00ab\u00a0Vous avez peut-\u00eatre l&rsquo;impression que je pourrais, moi, vous transpercer la t\u00eate avec mes paroles?\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0Ah oui !\u00a0\u00bb, dit Pascal, et il encha\u00eene en nous apprenant l&rsquo;existence d&rsquo;un carnet dans lequel il marque ce qui se dit au groupe du C.M.P.P&#8230;.<br \/>La fin de s\u00e9ance est comme un long moment d&rsquo;attente, plut\u00f4t serein : Nathalie semble filer un bout de laine, telle P\u00e9n\u00e9lope attendant le retour d&rsquo;Ulysse. David parle d&rsquo;attendre ; les gar\u00e7ons, du m\u00e9tier de leur p\u00e8re. Le fil du temps se d\u00e9roule&#8230;<br \/>J&rsquo;ai le sentiment, ce jour-l\u00e0, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un passage important pour les enfants. Certes, on peut y voir encore des contenus tr\u00e8s \u00e9rotis\u00e9s pouvant renvoyer \u00e0 une sc\u00e8ne primitive violente, mais \u00e9voluant vers quelque chose de plus sublim\u00e9 et secondaris\u00e9 : carnet intime, attente.<br \/>Retra\u00e7ons pour terminer l&rsquo;essentiel de la 65e s\u00e9ance . Il est tout d&rsquo;abord question des absences (deux enfants absents \u00e0 cette s\u00e9ance), en particulier celle de David \u00e0 la s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dente. Il faisait sa retraite pour pr\u00e9parer sa communion. Marie-Ange parle alors de son bapt\u00eame (\u00e0 venir), et du fait qu&rsquo;elle ne sera peut-\u00eatre pas l\u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e prochaine. Je leur propose alors d&rsquo;\u00e9changer sur ce th\u00e8me, et en guise de r\u00e9ponse, les enfants dessinent deux boules poilues et un p\u00e9nis. \u00ab\u00a0C&rsquo;est Monsieur Chapelli\u00e8re !\u00a0\u00bb&#8230; bien s\u00fbr. Ceci faisant suite \u00e0 une commentaire sur mon retard. Les enfants ont bien rep\u00e9r\u00e9 que je discutais quelques instants auparavant avec la secr\u00e9taire et ils soulignent : \u00ab\u00a0Vous \u00e9tiez avec votre femme\u00a0\u00bb. David se perche sur un meuble et dessine pendant que Marie-Ange fait des roues au milieu de la pi\u00e8ce ; puis cette derni\u00e8re d\u00e9chire le dessin. David ne se d\u00e9courage pas et en recommence un autre (je d\u00e9couvrirai plus tard qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un coeur trac\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;initiales). Marie-Ange le d\u00e9chire \u00e0 nouveau. M&rsquo;interrogeant sur cette impossibilit\u00e9 \u00e0 garder ces dessins entiers, je repense \u00e0 l&rsquo;\u00e9vocation de Marie-Ange concernant l&rsquo;ann\u00e9e suivante : \u00ab\u00a0Je ne serais peut-\u00eatre pas l\u00e0\u00a0\u00bb. Je le reprends en soulignant qu&rsquo;ils pourraient se demander ce qui va se passer pour eux l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, y compris dans le groupe. David : \u00ab\u00a0Je serai en 6e.\u00a0\u00bb Je demande ce que cela peut repr\u00e9senter pour eux. Marie-Ange : \u00ab\u00a0Plein de profs et pas rester avec ce minable (moi), avoir un petit copain\u00a0\u00bb. Je propose alors : \u00ab\u00a0Tout cela peut faire penser au moment, \u00e0 cette situation plus tard o\u00f9 l&rsquo;on quitte papa et maman et qu&rsquo;on l&rsquo;on a une maison pour soi\u00a0\u00bb. David : \u00ab\u00a0On se croirait dans un feuilleton !\u00a0\u00bb Fort de cet encouragement, je continue : \u00ab\u00a0Aller en 6e, c&rsquo;est montrer que l&rsquo;on grandit, que peut-\u00eatre vous n&rsquo;\u00eates plus tout \u00e0 fait les m\u00eames qu&rsquo;il y a deux ans quand vous avez commenc\u00e9 le groupe. \u00ab\u00a0Ah oui !\u00a0\u00bb, dit David. Je demande : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qui a chang\u00e9 ?\u00a0\u00bb Marie-Ange : \u00ab\u00a0Pas sexuel\u00a0\u00bb, et elle marque au tableau : \u00ab\u00a0Monsieur Chapelli\u00e8re pue du cul et sexuelle\u00a0\u00bb. Je termine en soulignant qu&rsquo;il y a des enfants et des adultes, des diff\u00e9rences, des enfants qui grandissent et qui deviendront un jour des adultes. David conclut : \u00ab\u00a0On n&rsquo;est plus des b\u00e9b\u00e9\u00a0\u00bb. Fin de s\u00e9ance (Fin de latence ?).<br \/>A noter que je me suis concentr\u00e9 dans mes commentaires essentiellement sur un aspect, l&rsquo;\u00e9volution des enfants, en mettant peut-\u00eatre de c\u00f4t\u00e9 tout ce qui pourrait \u00eatre li\u00e9 aux angoisses de fin de groupe, \u00e0 l&rsquo;image de ce coeur \u00ab\u00a0d\u00e9chir\u00e9\u00a0\u00bb exprimant chagrin, d\u00e9pendance, s\u00e9paration, angoisses r\u00e9activ\u00e9s par l&rsquo;absence de deux enfants ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p>2\/ Le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire.<\/p>\n<p>Progressivement,, au fil de d\u00e9tours successifs, la clinique nous laisse ainsi entrevoir l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;un lien entre\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et reconstruction d&rsquo;une sc\u00e8ne originaire. Il est donc temps d&rsquo;\u00e9voquer une r\u00e9flexion pouvant nous inciter \u00e0 tisser une trame encore plus solide entre ces deux notions. Il s&rsquo;agit du travail de Paul-Claude Racamier\u00a0<strong>autour\u00a0<\/strong>du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0imaginaire (22). Ecoutons le : \u00ab\u00a0Par\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0imaginaire, je d\u00e9signe le\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>psychique fondamental par lequel le moi, d\u00e8s la prime enfance, avant m\u00eame son \u00e9mergence et jusqu&rsquo;\u00e0 la mort, renonce \u00e0 la possession totale de l&rsquo;objet, fait son\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>d&rsquo;une mission narcissique absolue et d&rsquo;une constance de l&rsquo;\u00eatre ind\u00e9finie, et par ce\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>m\u00eame, qui fonde ses propres origines, op\u00e8re la d\u00e9couverte de l&rsquo;objet comme le soi, et l&rsquo;invention de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9. Le moi \u00e9tablit ainsi ses origines en reconnaissant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas le ma\u00eetre absolu de ses origines. Pour \u00eatre encore plus concis, nous pourrions dire que le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire constitue la trace ardue, vivante et durable de ce qu&rsquo;on accepte de perdre comme pris de toute d\u00e9couverte\u00a0\u00bb.<br \/>Ce\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0de la toute-puissance, de la toute-possession n&rsquo;est pas sans nous rappeler la \u00ab\u00a0d\u00e9sillusion\u00a0\u00bb ch\u00e8re \u00e0 D. W. Winnicott, ainsi que la \u00ab\u00a0position d\u00e9pressive\u00a0\u00bb de M. Klein ou encore le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0narcissique de M. Hanus.<br \/>L&rsquo;appellation \u00ab\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>originaire\u00a0\u00bb pr\u00e9sente l&rsquo;avantage \u00e0 mon sens, d&rsquo;inscrire le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0dans une dimension temporelle, tout en le liant \u00e0 la question des origines. Il sugg\u00e8re la reconnaissance d&rsquo;un couple fondateur \u00e0 partir duquel chaque sujet serait issu. C&rsquo;est un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qui renvoie \u00e0 la premi\u00e8re enfance et qui se poursuit toute la vie. P.C. Racamier nous pr\u00e9cise que ce qui est essentiel r\u00e9side, pourrait-on dire, dans la mise en route de ce\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0; et que cette travers\u00e9e du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire sera d\u00e9terminante pour tous les deuils \u00e0 venir. Un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0renvoie \u00e0 un autre\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0en cache un autre. Ainsi, \u00e0 partir du \u00ab\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00bb li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anticipation de la fin du groupe, peut s&rsquo;effectuer une remont\u00e9e vers d&rsquo;autres deuils, jusqu&rsquo;au\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire. Tracer l&rsquo;histoire des deuils travers\u00e9s dans le groupe, viendra en \u00e9cho avec l&rsquo;histoire des deuils de chaque membre.<br \/>Ainsi, le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire ouvre la voie \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9laborer l&rsquo;ensemble des deuils auquel tout un chacun est soumis, et tous ces&#8230;&#8230;&#8230;. de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0que nous traversons sont l&rsquo;occsasion de consolider, voire de mettre en marche le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire.<br \/>Il est important de pr\u00e9ciser en quoi un traitement psychoth\u00e9rapique muni de l&rsquo;outil psychanalytique, et en particulier un traitement de groupe facilite ce va-et-vient\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Ce sera l&rsquo;objet d&rsquo;un prochain chapitre.<\/p>\n<p>3\/ Incorporation en fin de groupe ou la C\u00e8ne introjective<\/p>\n<p>Je souhaiterais maintenant attirer l&rsquo;attention sur les sc\u00e8nes incorporatives qui peuvent signer les fins de traitement de groupe.<br \/>Risquons la comparaison avec la C\u00e8ne christique. Comme nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 l&rsquo;importance pour le th\u00e9rapeute d&rsquo;accepter d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9 symboliquement afin que le groupe acc\u00e8de \u00e0 sa phase terminale, c&rsquo;est-\u00e0-dire o\u00f9 les membres sont en mesure de pouvoir se s\u00e9parer, il est essentiel de consid\u00e9rer le travail de tr\u00e9pas, au sens o\u00f9 M. de Muzan (20), accompli par le Christ qui lui rend possible, acceptable, sa mort.<br \/>Ici donc, l&rsquo;incorporation correspond \u00e0 la fin d&rsquo;un\u00a0<strong>processus<\/strong>, le \u00ab\u00a0banquet\u00a0\u00bb final n&rsquo;est donc pas incorporatif [comme nous le sugg\u00e8rent N. Abraham et M. Torok (1)], mais bien plut\u00f4t anti-incorporatif, c&rsquo;est-\u00e0-dire introjectif.<br \/>Il est remarquable de constater que l&rsquo;aspect introjectif vient rencontrer le fait qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas ici du p\u00e8re mais du fils qui est incorpor\u00e9. L\u00e0 encore, nous sommes en pr\u00e9sence d&rsquo;un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0anticip\u00e9 dans la r\u00e9alisation d&rsquo;un fantasme d&rsquo;incorporation.<br \/>Ce sont les ap\u00f4tres qui tuent le Christ (la trahison est port\u00e9e par l&rsquo;un d&rsquo;eux), et tout \u00e0 la fois l&rsquo;immortalisent. C&rsquo;est en l&rsquo;incorporant symboliquement qu&rsquo;ils pourront s&rsquo;identifier \u00e0 lui et r\u00e9pandre sa parole, oralement, mais aussi gr\u00e2ce aux \u00e9vangiles montrant bien la trace diff\u00e9renci\u00e9e laiss\u00e9e par l&rsquo;histoire du r\u00e9dempteur ; ap\u00f4tres investis d&rsquo;une mission qui sans nul doute, est empreinte de culpabilit\u00e9 et de d\u00e9sir r\u00e9parateur.<br \/>Par ailleurs, la mort du Christ renvoit \u00e0 l&rsquo;\u00e9limination de celui qui a outrepass\u00e9 ses droits en n&rsquo;ayant pas respect\u00e9 la loi tot\u00e9mique, puisqu&rsquo;ayant pris la place du p\u00e8re, sinon celle du couple fondateur.<br \/>Nous pourrions dire maintenant : celui qui exprime le d\u00e9sir d&rsquo;annuler la sc\u00e8ne primitive en l&rsquo;incorporant, en annulant la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations, et tout \u00e0 la fois celui qui par son sacrifice, son acte expiatoire permet l&rsquo;\u00e9laboration au niveau collectif du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;acte en lui-m\u00eame qui bien s\u00fbr le d\u00e9termine, mais l&rsquo;acte en tant que couronnant une \u00e9tape, marquant la fin d&rsquo;un travail, c&rsquo;est l&rsquo;acte catastrophique au sens beckettien, une issue, une conclusion, un ach\u00e8vement qui ne peut \u00eatre qu&rsquo;inach\u00e8vement parce qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas v\u00e9ritablement de fin, de conclusion, ni de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0d\u00e9finitivement liquid\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\/\u00a0<strong>DEUIL<\/strong>\u00a0ET CASTRATION<\/p>\n<p>Au point o\u00f9 nous en sommes et avant de tenter de rassembler les quelques hypoth\u00e8ses expos\u00e9es dans ce travail, l&rsquo;abord de la question entre\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>et oedipe,\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et castration, est essentiel. Ceci nous invitera notamment \u00e0 une relecture de quelques s\u00e9ances cliniques.<\/p>\n<p>1\/ Angoisse de s\u00e9paration et angoisse de s\u00e9paration<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, lors de la mise en groupe, l&rsquo;enfant revit l&rsquo;exp\u00e9rience douloureuse des toutes premi\u00e8res s\u00e9parations, ceci, pour retrouver un adulte ne r\u00e9pondant pas aux demandes de satisfaction.<br \/>Nous pouvons le constater plus ais\u00e9ment chez les jeunes enfants, et plus particuli\u00e8rement dans les premi\u00e8res s\u00e9ances, quelquefois de fa\u00e7on dramatique lors de la s\u00e9ance liminaire. Demande non satisfaite puisque le th\u00e9rapeute est l\u00e0 pour un travail analytique d&rsquo;une part, et que d&rsquo;autre part, l&rsquo;enfant doit d&#8217;embl\u00e9e, c&rsquo;est l&rsquo;une des caract\u00e9ristiques du groupe, partager le th\u00e9rapeute avec ses cong\u00e9n\u00e8res.<br \/>L&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;excitation, voire le d\u00e9bordement personnel, ne trouve pas le r\u00e9ceptacle ou le transformateur d\u00e9sir\u00e9, et l&rsquo;angoisse s&rsquo;intensifie d&rsquo;autant plus.<br \/>Cette angoisse, rappelant l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9tresse originaire (Hiflosgkert), appara\u00eet, nous dit Freud (11) comme r\u00e9action \u00e0 l&rsquo;absence ressentie de l&rsquo;objet, et les analogies s&rsquo;imposent, tant avec l&rsquo;angoisse de castration, qui a aussi pour contenu la s\u00e9paration d&rsquo;un objet tenu en haute estime, qu&rsquo;avec l&rsquo;angoisse la plus originaire (l&rsquo;angoisse originaire de la naissance) qui est survenue lors de la s\u00e9paration de la m\u00e8re.<br \/>Nous pourrions ais\u00e9ment nous reposer sur la perspective d&rsquo;un d\u00e9roulement du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0th\u00e9rapeutique calque sur l&rsquo;ontog\u00e9n\u00e8se. Nous serions cens\u00e9s retraverser chronologiquement les phases de notre d\u00e9veloppement psycho-affectif lors d&rsquo;un traitement. Ainsi rep\u00e9rerions-nous volontiers les premi\u00e8res phases o\u00f9 dominent des angoisses et des d\u00e9fenses archa\u00efques ou pr\u00e9g\u00e9nitales, pour dans un temps ult\u00e9rieur identifier une dynamique, une probl\u00e9matique oedipienne. Peu de th\u00e9rapeutes y \u00e9chappent pour la simple et bonne raison que ce parcours est confirm\u00e9 par diverses exp\u00e9riences cliniques, signant dans le meilleur des cas un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de n\u00e9vrotisation auquel tout un chacun, ou presque, peut pr\u00e9tendre ; le patient dans son \u00e9volution, le th\u00e9rapeute dans son travail psychoth\u00e9rapeutique.<br \/>Bien s\u00fbr, des allers et retours, mouvements progressifs et r\u00e9gr\u00e9dients sont relev\u00e9s, ainsi que la dialectique archa\u00efque\/g\u00e9nital, l&rsquo;un venant se d\u00e9fendre de l&rsquo;autre, tour \u00e0 tour.<br \/>Mais ce serait sans compter sur la question du prototype et de l&rsquo;apr\u00e8s-coup heureusement point\u00e9e par Jean Cornut (5). Je le cite : \u00ab\u00a0L&rsquo;id\u00e9e du prototype passe par cele de l&rsquo;apr\u00e8s-coup ; une exp\u00e9rience angoissante nouvelle, mieux am\u00e9nag\u00e9e, pourvue d&rsquo;un sens et d&rsquo;une efficacit\u00e9, donne en apr\u00e8s-coup un sens \u00e0 ce qui n&rsquo;\u00e9tait jusqu&rsquo;alors que d\u00e9tresse d\u00e9sorganis\u00e9e. Mais il y a plus : dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;angoisse de castration a une anciennet\u00e9, ou, si l&rsquo;on veut, une pr\u00e9histoire, quand elle survient, au moment de l&rsquo;acm\u00e9 phallique, elle est en quelque sorte d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Elle ne vient pas seulement signifier les d\u00e9tresses pr\u00e9c\u00e9dentes, elle am\u00e9nage et focalise les actuelles, et anticipe les futures. C&rsquo;est ce en quoi l&rsquo;angoisse de castration est structurante pour la psych\u00e9\u00a0\u00bb.<br \/>\u00ab\u00a0L&rsquo;angoisse (en 1925) n&rsquo;est plus ce qu&rsquo;elle \u00e9tait\u00a0\u00bb, nous pr\u00e9cise-t-il encore. \u00ab\u00a0Son pivot c&rsquo;est l&rsquo;angoisse de castration, son prototype c&rsquo;est ce qu&rsquo;\u00e9prouve le nourrisson en l&rsquo;absence de sa m\u00e8re, son devenir c&rsquo;est la crainte des critiques du surmoi\u00a0\u00bb<br \/>Une articulation avec notre clinique s&rsquo;impose.<br \/>Reprenons la quatri\u00e8me s\u00e9ance du groupe I, en d\u00e9tails. Le d\u00e9but est difficile, lourd. Il n&rsquo;y a soi-disant&#8230;. rien \u00e0 dire. On s&rsquo;ennuie. Seuls sont pr\u00e9sents les rires et les silences. Face \u00e0 ces divers am\u00e9nagements d\u00e9fensifs plut\u00f4t paralysant, je tente un lien avec la s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dente o\u00f9 il \u00e9tait question de la famille, je r\u00e9\u00e9voque le connu du c\u00f4t\u00e9 de la famille face \u00e0 l&rsquo;inconnu du groupe.<br \/>Les enfants associent sur l&rsquo;absence de Lionel ; il fait la lessive pour la famille, la lessive des parents.<br \/>Dans la foul\u00e9e, une autre id\u00e9e \u00e9merge : Lionel fait le facteur ; plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il remplace un premier facteur qui s&rsquo;est cass\u00e9 le bras. Ainsi, il donnerait une lettre \u00e0 sa m\u00e8re o\u00f9 il est question d&rsquo;un rendez-vous avec le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Un peu plus tard, un enfant propose : \u00ab\u00a0C&rsquo;est le facteur le Pr\u00e9sident\u00a0\u00bb.<br \/>Ici arrive donc en force le d\u00e9sir oedipien tentant de se frayer divers chemins. On y voit l&rsquo;enfant ayant, par le regard et le toucher, acc\u00e8s au linge (souill\u00e9) du p\u00e8re et de la m\u00e8re ; c&rsquo;est \u00e0 dire fantasmatiquement au co\u00eft parental.<br \/>Suit une image de castration, qui n&rsquo;am\u00e8ne pas au renoncement, mais bien au contraire \u00e0 la r\u00e9alisation incestueuse &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire renversant l&rsquo;encha\u00eenement freudien o\u00f9 l&rsquo;angoisse de castration permet la sortie de l&rsquo;oedipe. Nous serions l\u00e0 en pr\u00e9sence d&rsquo;un fantasme ant\u00e9-oedipien au sens de Racamier.<br \/>Il est remarquable que la proposition, \u00ab\u00a0c&rsquo;est le facteur le Pr\u00e9sident\u00a0\u00bb condense dans une m\u00eame formule la reconnaissance de la place du p\u00e8re et le d\u00e9sir de l&rsquo;\u00e9vincer.<br \/>Les enfants marquent ensuite une pause ponctu\u00e9e de rires faisant office, me semble-t-il, de respiration. Je leur demande ce que nous pouvons comprendre de l&rsquo;apparition de ces rires. Ils m&rsquo;expliquent alors que c&rsquo;est \u00e0 cause des chaussures avec les dents (r\u00e9f\u00e9rence aux chaussures de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le bout pouvant \u00e9voquer une rang\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re de dents). Ces chaussures pourraient manger, soulignent-ils. Ils imaginent que des alligators seraient sous la pi\u00e8ce, \u00e9voquent le risque de tomber dans cette fosse, de se faire d\u00e9vorer. Puis vient l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;ici m\u00eame, nous pourrions \u00eatre des alligators. Je fais retour sur le m\u00e9canisme de d\u00e9placement en leur demandant o\u00f9 sont les dents. Me r\u00e9pondant qu&rsquo;ils sont bien dans la bouche, j&rsquo;avance que si nous \u00e9tions bel et bien des alligators, existe le risque de se d\u00e9vorer, de se croquer et que nous aurions une bonne raison de ne pas ouvrir la bouche, de n&rsquo;avoir rien \u00e0 se dire&#8230;<br \/>Emergent alors, sur un mode hypomaniaque, une profusion d&rsquo;id\u00e9es pour rendre les alligators inoffensifs : les saouler au champagne, leur retirer les dents, les peigner, leur donner un grand coup de massue.<br \/>Suite au d\u00e9sir oedipien incestueux, une angoisse est r\u00e9activ\u00e9e (crainte surmo\u00efque ?), angoisse d&rsquo;abord partiellement \u00e9vacu\u00e9e par une d\u00e9charge (rires), puis le th\u00e9rapeute sollicitant par un questionnement l&rsquo;activit\u00e9 fantasmatique appara\u00eet une seconde tentative d&rsquo;y faire face.<br \/>Le danger d&rsquo;\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par des alligators fictifs, puis par les membres alligators- du groupe, peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9 au prix d&rsquo;une menace \u00e9voquant en fait une nouvelle castration : retirer les dents.<br \/>Chacun semble, dans cette phase groupale, un alligator en puissance, et nous pouvons \u00e9mettre l&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;\u00e9vocation initiale de castration viendrait y donner une forme plus acceptable, moins dangereuse ; en d&rsquo;autres termes et rappelant une c\u00e9l\u00e8bre formule : sacrifier la partie pour le tout.<br \/>Quand les terribles figures animales aux oubliettes de l&rsquo;inconscient r\u00e9\u00e9mergent&#8230;<br \/>Mais revenons \u00e0 la source de cet ensemble s\u00e9quentiel.<\/p>\n<p>2\/ Castration et sc\u00e8ne primitive<\/p>\n<p>L&rsquo;absence de Lionel prend valeur ce jour de transgression, ce qui pourrait nous faire penser qu&rsquo;il est fantasmatiquement li\u00e9 au couple parental repr\u00e9sent\u00e9 par le th\u00e9rapeute et celui ou celle avec qui il avait fond\u00e9 le groupe. Lionel absent, o\u00f9 pourrait-il se \u00ab\u00a0nicher\u00a0\u00bb, sinon \u00ab\u00a0chez\u00a0\u00bb moi, ce qui correspond \u00e0 ce que chacun pourrait d\u00e9sirer en cette premi\u00e8re phase groupale : avoir le th\u00e9rapeute pour soi tout seul, en d&rsquo;autres termes, faire partie de sa famille.<br \/>L&rsquo;enfant est ici m\u00eal\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne primitive dans un renversement g\u00e9n\u00e9rationnel (enfant qui lave le linge des parents et non le contraire) confirmant la dimension ant\u00e9-oedipienne.<br \/>Revisitons maintenant la cinqui\u00e8me s\u00e9ance de ce m\u00eame groupe. Nous sommes donc \u00e0 la veille des vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s un premier temps identique \u00e0 la s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dente, je requestionne les enfants\u00a0<strong>autour\u00a0<\/strong>de cette difficult\u00e9 \u00e0 se parler. En guise de r\u00e9ponse, il est dit que c&rsquo;est un jour comme les autres. Affirmation venant, me semble-t-il, comme d\u00e9n\u00e9gation de l&rsquo;approche de la s\u00e9paration pouvant \u00e9veiller des affects douloureux. L&rsquo;absence des vacances que je pointe, fait penser au fait que Lionel n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 il y a une semaine. Plusieurs enfants lui restituent d&rsquo;une part leur id\u00e9e de la lessive, d&rsquo;autre part l&rsquo;histoire des alligators. Deux d&rsquo;entre eux vont d\u00e9velopper toute une fantaisie\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de ces alligators, tout en se touchant.<br \/>L&rsquo;un mangerait l&rsquo;autre ; ils commenceraient par l&rsquo;intestin, puis imaginent des plats plus succulents. Tout devient m\u00e9lang\u00e9, tout le monde se mangerait. J&rsquo;assiste \u00e0 une entred\u00e9voration collective, mim\u00e9e avec beaucoup de plaisir.<br \/>Et puis, en septembre, les alligators n&rsquo;auront plus de dents&#8230;<br \/>Avant de nous quitter, je soulignerai simplement que si l&rsquo;on se mangeait, ce serait une fa\u00e7on ici de ne pas vraiment se s\u00e9parer.<br \/>Dans cette sc\u00e8ne, voici deux enfants qui se d\u00e9vorent mutuellement dans une activit\u00e9 manifestement \u00e9rotis\u00e9e et qui gagnerait tout le groupe, serait partag\u00e9e par tous.<br \/>C&rsquo;est Andr\u00e9 Green qui, dans son article sur le cannibalisme (14), rappelle, via L\u00e9vi-Srauss, l&rsquo;\u00e9quivalence quasi universelle entre manger et copuler. Il assimilera par ailleurs l&rsquo;incorporation \u00e0 une quasi conception d&rsquo;une \u00ab\u00a0relation cannibalique comme \u00e9quivalent de l&rsquo;acte sexuel ou de l&rsquo;inceste, l\u00e0 de son rapport \u00e0 la rivalit\u00e9, ailleurs de son lien \u00e0 la r\u00e9surrection de l&rsquo;anc\u00eatre\u00a0\u00bb.<br \/>Il appara\u00eet l\u00e0 que l&rsquo;activit\u00e9 incorporative des enfants du groupe, tout \u00e0 la fois rende compte de la relation fraternelle dans sa double dimension d&rsquo;amour et de haine, et de la \u00ab\u00a0prise\u00a0\u00bb en compte et \u00e0 leur compte de la sc\u00e8ne primitive en lien avec le fait que je les \u00ab\u00a0abandonne\u00a0\u00bb pendant les vacances.<br \/>En septembre, lors de la reprise, l&rsquo;enfant qui est absent est suppos\u00e9 revenir \u00e0 la fin de la s\u00e9ance dans le groupe, poursuivi (aux fesses) par un taureau enivr\u00e9&#8230; au champagne. Ce taureau devient immense, va remplir la pi\u00e8ce ; il semble surtout dangereux pour les gar\u00e7ons tandis que les filles parviendraient \u00e0 le ma\u00eetriser si elles manient bien&#8230; le balai.<br \/>En ce qui me concerne, les enfants me jettent \u00e0 la poubelle, je suis puni d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 ailleurs, d&rsquo;avoir parl\u00e9 pendant les grandes vacances avec des ami(e)s, d&rsquo;avoir eu des rendez-vous&#8230;<br \/>Un fil de chaussette circule et est aval\u00e9 par l&rsquo;un des enfants. Il sera identifi\u00e9 plus tard \u00e0 une queue de rat.<br \/>Nous voici en pr\u00e9sence d&rsquo;un personnage tout-puissant et castrateur. La seul fa\u00e7on d&rsquo;en venir&#8230; \u00e0 bout, serait donc de ma\u00eetriser son p\u00e9nis-phallus, dont il est question de fa\u00e7on r\u00e9it\u00e9r\u00e9e et d\u00e9plac\u00e9e, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une queue de rat, de corne, ou de fil de chaussette.<br \/>Avaler une queue de rat pourrait \u00e9voquer l&rsquo;incorporation par la m\u00e8re du p\u00e9nis paternel. Ce mouvement m\u00eame n&rsquo;est-il pas le parodyme d&rsquo;une sc\u00e8ne de parents combin\u00e9s o\u00f9 se repose l&rsquo;\u00e9quivalence d\u00e9vorer\/copuler, et la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir un pont entre deux repr\u00e9sentations th\u00e9oriques : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la m\u00e8re archa\u00efque et toute-puissante, de l&rsquo;autre les parents combin\u00e9s.<br \/>Une fois encore, la peur de castration [s&rsquo;agirait-il plus pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;une castration pr\u00e9oedipienne dont A. Green nous dit qu&rsquo;elle est directement en rapport avec l&rsquo;angoisse de perte d&rsquo;objet] vient en quelque sorte juguler des angoisses plus profondes, plus intenses, plus archa\u00efques, dont t\u00e9moigne cette image de taureau pr\u00e9historique, avec au fond, toujours, la sc\u00e8ne originaire.<br \/>En guise d&rsquo;\u00e9pilogue sur cette br\u00e8ve articulation entre castration et sc\u00e8ne primitive, comment ne pas penser \u00e0 un certain Homme aux Loups qui fit couler beaucoup d&rsquo;encre, chez qui l&rsquo;angoisse de castration est au premier plan, et pour lequel Freud imagine une confrontation pr\u00e9coce \u00e0 une sc\u00e8ne primitive r\u00e9elle&#8230;<\/p>\n<p>3\/ De la castration au\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>narcissique<\/p>\n<p>Les rapports entre\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et castration sont \u00e0 envisager \u00e0 partir d&rsquo;une troisi\u00e8me terme : le narcissisme. Ce concept repr\u00e9sente une \u00e9tape fondamentale dans le cheminement qui m\u00e8ne au complexe de castration. Le p\u00e9nis excitable, objet pr\u00e9cieux, est \u00e0 un moment donn\u00e9 menac\u00e9 de castration. L\u00e0 s&rsquo;op\u00e8re un choix vital o\u00f9 le narcissisme l&#8217;emporte. Freud (10) nous pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0&#8230; si la satisfaction amoureuse, sur le terreau du complexe d&rsquo;Oedipe, doit co\u00fbter le p\u00e9nis, alors on vient au conflit entre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat narcissique pour cette partie du corps et l&rsquo;investissement libidinal des objets parentaux. Dans ce conflit, c&rsquo;est normalement la premi\u00e8re de ces forces qui l&#8217;emporte ; le moi de l&rsquo;enfant se d\u00e9tourne du complexe d&rsquo;oedipe&#8230; Le proc\u00e8s dans son ensemble a, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, sauv\u00e9 l&rsquo;organe g\u00e9nital, il a d\u00e9tourn\u00e9 de lui le danger de le perdre et, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, il l&rsquo;a paralys\u00e9, il a supprim\u00e9 son fonctionnement\u00a0\u00bb. Le passage est ouvert et \u00e0 la p\u00e9riode de latence.<br \/>Le narcissisme est introduit en 1914 suivi de peu par \u00ab\u00a0<strong>Deuil<\/strong>\u00a0et m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb. Dans ce dernier texte, nous dit J. Cornut (5), \u00ab\u00a0on sent Freud tent\u00e9 par une \u00e9quivalence th\u00e9orico-clinique entre la perte de l&rsquo;objet et ce qui serait une perte du moi, d&rsquo;un moi gav\u00e9 de libido narcissique, se prenant et se perdant comme objet de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb.<br \/>Depuis, l&rsquo;on sait bien, et J. Begoin nous le rappelle (3) que le probl\u00e8me central du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9laboration des affects narcissiques qui \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;investissement de l&rsquo;objet perdu .<br \/>Cette partie investie, attach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;objet disparu, est imm\u00e9diatement sauv\u00e9e, conserv\u00e9e comme une relique, elle est pour ainsi dire choy\u00e9e ; le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0est \u00ab\u00a0port\u00e9\u00a0\u00bb. Vient ensuite ce deuxi\u00e8me temps du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, dont la dimension essentielle cit\u00e9e plus haut, ne saurait \u00eatre paraphras\u00e9e.<br \/>Un tour d&rsquo;horizon sur les \u00e9crits psychanalytiques r\u00e9cents confirme ce consensus sur les rapports \u00e9troits qu&rsquo;entretiennent\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et narcissisme, articulation, il faut le rappeler, pr\u00e9sente d&#8217;embl\u00e9e chez Freud dans \u00ab\u00a0<strong>Deuil<\/strong>\u00a0et m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb &#8211; et ayant inspir\u00e9 \u00e0 M. Hanus la proposition de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>narcissique (5) : \u00ab\u00a0Le\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>narcissique nous conduit \u00e0 renforcer les identifications secondaires avec l&rsquo;objet interne pour d\u00e9jouer l&rsquo;identification primaire avec l&rsquo;objet r\u00e9el, mort ou perdu. Le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, au sens classique du terme, reprend le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0narcissique, am\u00e8ne \u00e0 se diff\u00e9rencier de l&rsquo;objet et \u00e0 assurer la ma\u00eetrise du narcissisme secondaire sur le narcissisme primaire\u00a0\u00bb.<br \/>Il est remarquable que les issues du complexe d&rsquo;oedipe et du\u00a0<strong>d<\/strong><strong>euil<\/strong>\u00a0r\u00e9sident toutes deux dans le sacrifice d&rsquo;une partie pour sauver le tout, la partie en question \u00e9tant particuli\u00e8rement investie de libido narcissique.<\/p>\n<p>EPILOGUE<\/p>\n<p>Chaque exp\u00e9rience recr\u00e9e-t-elle \u00ab\u00a0son Totem et Tabou\u00a0\u00bb, ou bien plus encore, \u00ab\u00a0son Mo\u00efse\u00a0\u00bb ? Un Mo\u00efse tout aussi bien emmen\u00e9 qu&rsquo;il emm\u00e8ne sur une psych\u00e9 promise.<br \/>C&rsquo;est ce que nous serions tent\u00e9s de d\u00e9gager de cet ensemble de r\u00e9flexions ; cela nous am\u00e8ne \u00e9galement \u00e0 penser que si Freud avait conduit des\u00a0<strong>psychoth\u00e9rapies<\/strong>\u00a0de groupe, son oeuvre dite \u00ab\u00a0sociale\u00a0\u00bb serait aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0entendue\u00a0\u00bb autrement, c&rsquo;est-\u00e0-dire que cette oeuvre aurait trouv\u00e9, nous semble-t-il, des articulations th\u00e9orico-cliniques.<br \/>Est-il question du membre fondateur du p\u00e8re ; d&rsquo;un p\u00e8re \u00ab\u00a0pr\u00e9historique\u00a0\u00bb&#8230; qui avait tous les atours d&rsquo;une m\u00e8re&#8230; non moins&#8230; archa\u00efque&#8230; contenant de p\u00e8re.<br \/>Quoiqu&rsquo;il en soit, si meurtre d&rsquo;une figure ancestrale il y a, c&rsquo;est-\u00e0-dire si la mise en place d&rsquo;un groupe r\u00e9active ce jour l&rsquo;\u00e9limination du p\u00e8re de la horde primitive, perp\u00e9tuant le repas tot\u00e9mique, permettant l&rsquo;alliance entre les membres du groupe et assurant le tabou de l&rsquo;inceste, nous sommes d&#8217;embl\u00e9e projet\u00e9s dans un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 faire.<br \/>La question centrale \u00e9tant : comment un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0va pouvoir devenir travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, comment ce qui d&#8217;embl\u00e9e est marqu\u00e9 du sceau de la perte r\u00e9elle va-t-il trouver les moyens de se transformer en un\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>interne. Et bien s\u00fbr comment le groupe peut faciliter ce\u00a0<strong>processus<\/strong>.<br \/>Un travail d&rsquo;\u00e9laboration psychique situ\u00e9 dans cet espace o\u00f9 l&rsquo;objet est recr\u00e9\u00e9, en l&rsquo;incorporant, en le concevant, puis plus tard \u00e9limin\u00e9. Avec cette particularit\u00e9 qu&rsquo;entre ce premier et ce deuxi\u00e8me mouvement, \u00ab\u00a0l&rsquo;objet\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus tout \u00e0 fait le m\u00eame.<br \/>L&rsquo;incorporation signe les pr\u00e9mices d&rsquo;une identification au th\u00e9rapeute, une premi\u00e8re tentative de le garder en soi, (ce) qui donnerait la force d&rsquo;affonter le groupe, l&rsquo;inconnu du groupe.<br \/>Le\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>se situe dans un carrefour, nous rappelle P. C. Racamier (22), entre l&rsquo;individuel et le collectif, l&rsquo;intrapsychique et l&rsquo;interactif. Ne pourrions-nous pas en dire autant du groupe ?&#8230; Il faudrait y ajouter l&rsquo;interpsychique.<br \/>Mais par quel fil tisser ce lien, entre\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>et groupe ? Il semble bien d&rsquo;apr\u00e8s ce qui pr\u00e9c\u00e8de que ce fil est bien celui d&rsquo;un fantasme originaire et en particulier de la sc\u00e8ne originaire. Sc\u00e8ne primitive d&#8217;embl\u00e9e pr\u00e9sente sous forme de parents combin\u00e9s d\u00e8s les premi\u00e8res phases du groupe ; m\u00eame sc\u00e8ne r\u00e9apparaissant plus tard dans la dynamique groupale o\u00f9 les figures parentales sont repr\u00e9sent\u00e9es et identifi\u00e9es, sc\u00e8ne originaire \u00e0 coloration oedipienne, cette fois sc\u00e8ne de la double diff\u00e9rence, celle des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations, passant par la relation transf\u00e9rentielle. Ailleurs, il y a une r\u00e9union de parents et nous n&rsquo;en sommes pas, nous dit une enfant du groupe III.<br \/>Sc\u00e8ne primitive, sc\u00e8ne fantasmatique de la conception, c&rsquo;est-\u00e0-dire du fond, la seule sc\u00e8ne concernant l&rsquo;existence qui \u00ab\u00a0\u00e9chappe\u00a0\u00bb \u00e0 tout un chacun, non inscrite dans la psych\u00e9, et dont il faut faire le\u00a0<strong>deuil<\/strong>, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine de son origine.<br \/>Le groupe, par essence, est au service du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Toute cr\u00e9ation collective, tout regroupement n\u00e9cessite une perte afin que la r\u00e9alisation de l&rsquo;objectif commun soit possible. Le succ\u00e8s est au pris de la perte. Tenir compte de l&rsquo;autre, de la pr\u00e9sence, de la parole de l&rsquo;autre, ne peut se faire qu&rsquo;en acceptant de perdre une partie de soi-m\u00eame.<br \/>Ce travail de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>ne semble pas se faire en continu, mais proc\u00e8de par paliers successifs, en lien avec l&rsquo;histoire du groupe, interrompus par d&rsquo;autres phases qui pourraient avoir justement une fonction anti-<strong>deuil<\/strong>. Travail li\u00e9 d&rsquo;une part aux vicissitudes de la r\u00e9alit\u00e9 externe du groupe et notamment aux deuils, absences, disparitions ravivant les blessures et \u00e9lan\u00e7ant un\u00a0<strong>processus<\/strong>, d&rsquo;autre part \u00e0 la maturation interne du psychisme de chaque membre. C&rsquo;est\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de ce que le groupe doit perdre que chacun se retrouve pos\u00e9 devant ce qu&rsquo;il a \u00e0 renoncer pour avancer et grandir.<br \/>Il appara\u00eet ainsi, et de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, que le patient vient chercher ce qu&rsquo;il a \u00e0 perdre en finalit\u00e9, et ce qu&rsquo;il ne sait pas qu&rsquo;il a \u00e0 perdre.<br \/>Dans le groupe, ces \u00ab\u00a0parties \u00e0 perdre\u00a0\u00bb ont la possibilit\u00e9 de passer par un mouvement projectif, la multiplicit\u00e9 de l&rsquo;autre \u00e9tant effective, passant par une confrontation r\u00e9elle et imm\u00e9diate. Ce n&rsquo;est dans un second temps que le retour identificatoire pourra s&rsquo;effectuer, ce qui conduira notamment \u00e0 la capacit\u00e9 d&rsquo;accepter les autres membres du groupe, de les aimer, liens construits dans le creuset groupal.<br \/>L&rsquo;histoire d&rsquo;un groupe n&rsquo;est jamais que l&rsquo;histoire des\u00a0<strong>groupes<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout ce qui concerne les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de son histoire<\/p>\n<p>BIBLIOGRAPHIE<\/p>\n<p>1\/ Abraham, N. et TOROK, M. (1978), \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9corce et le noyau\u00a0\u00bb, Paris, Aubier-Flammarion.<br \/>2\/ ANZIEU, D. (1984), \u00ab\u00a0Le groupe et l&rsquo;inconscient\u00a0\u00bb, Paris, Dunod.<br \/>3\/ BEGOIN, J. (1994), \u00ab\u00a0La probl\u00e9matique du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00bb in \u00ab\u00a0Le\u00a0<strong>Deuil<\/strong>\u00ab\u00a0, Monographie<br \/>de la R.F.P., P.U.F.<br \/>4\/ CHAPELIER, J.B. et NEUVILLE, C. (19 ), \u00ab\u00a0Quelques hypoth\u00e8ses sur le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc \u00e9missaire\u00a0\u00bb.<br \/>5\/ CORNUT, J. (1991), \u00ab\u00a0Mise en place conceptuelle du complexe de castration dans l&rsquo;oeuvre de Freud\u00a0\u00bb, in \u00ab\u00a0Angoisse et complexe de castration\u00a0\u00bb, Monographie de la R.F.P., P.U.F.<br \/>6\/ ENRIQUEZ, E. (1983), \u00ab\u00a0De la horde \u00e0 l&rsquo;Etat. Essai de psychanalyse du lien social\u00a0\u00bb, Gallimard.<br \/>7\/ FREUD, S. (1912), \u00ab\u00a0Totem et Tabou\u00a0\u00bb, Paris, Gallimard, 1993.<br \/>8\/ FREUD, S. (1915), \u00ab\u00a0<strong>Deuil\u00a0<\/strong>et m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb, trad. J. LAPLANCHE et J.P. PONTALIS, in M\u00e9tapsychologie, Paris, Gallimard, 1968.<br \/>9\/ FREUD, S. (1915), \u00ab\u00a0Eph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e\u00a0\u00bb, trad. sous la direction de J. LAPLANCHE, in R\u00e9sultats, Id\u00e9es, Probl\u00e8mes, t. I (1890-1920), Paris, P.U.F., 1985.<br \/>10\/ FREUD, S. (1923), \u00ab\u00a0La disparition du complexe d&rsquo;oedipe\u00a0\u00bb, in La vie sexuelle,<br \/>Paris, P.U.F., 1970.<br \/>11\/ FREUD, S. 1926), \u00ab\u00a0Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse\u00a0\u00bb, Paris, P.U.F., 1965.<br \/>12\/ FREUD, S. (1929), \u00ab\u00a0L&rsquo;homme Mo\u00efse et la religion monoth\u00e9iste\u00a0\u00bb, Paris, Gallimard, 1986.<br \/>13\/ GIRARD, R. (1978), \u00ab\u00a0Des choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde\u00a0\u00bb, Grasset.<br \/>14\/ GREEN, A. (1972), \u00ab\u00a0Cannibalisme : r\u00e9alit\u00e9 ou fantasme agi ?\u00a0\u00bb, in Destins du cannibalisme, Nouvelle Revue de Psychanalyse, 6, 27-52.<br \/>15\/ HANUS, M. (1994)n \u00ab\u00a0Le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00ab\u00a0, in Le\u00a0<strong>deuil<\/strong>, Monographie de la R.F.P., P.U.F.<br \/>16\/ HANUS, M. (1994), \u00ab\u00a0Les deuils dans la vie\u00a0\u00bb, Maloine.<br \/>17\/ KA\u00cbS, R. (19 ), \u00ab\u00a0Aspects de la r\u00e9gression dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de formation. Pr\u00e9adolescence, perte de l&rsquo;objet et travail du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00ab\u00a0, in Perspectives Psychanalytiques, 41, 43-65.<br \/>18\/ KRISTEVA, J. (1980), \u00ab\u00a0Pouvoirs de l&rsquo;horreur\u00a0\u00bb, Paris, Seuil.<br \/>19\/ LAPLANCHE, J. et PONTALIS, J.B. (1967), \u00ab\u00a0Vocabulaire de la Psychanalyse\u00a0\u00bb,<br \/>Paris, P.U.F.<br \/>20\/ M&rsquo;UZAN (de), M. (1976) \u00ab\u00a0Le travail de tr\u00e9pas\u00a0\u00bb, in De l&rsquo;art \u00e0 la mort, Paris, Gallimard.<br \/>21\/ PRIVAT, P. et CHAPELIER, J.B. (1987)n \u00ab\u00a0De la constitution d&rsquo;un espace th\u00e9rapeutique groupal\u00a0\u00bb, in Les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0d&rsquo;enfants, Revue de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique de Groupe,<br \/>Er\u00e8s 7\/8, 7-28.<br \/>22\/ RACAMIER, P.C. (1992), \u00ab\u00a0Le g\u00e9nie des origines\u00a0\u00bb, Paris, Payot.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][et_pb_column type=\u00a0\u00bb1_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelles de l&rsquo;association Cahiers du CIRPPA Espace membres \u2022 textes Autour\u00a0du\u00a0processus\u00a0de\u00a0deuil\u00a0dans les\u00a0psychoth\u00e9rapies\u00a0de groupe d&rsquo;enfants.\u00a0\u00bbDe la sc\u00eane originaire au roman des origines\u00a0\u00bb 1996INTRODUCTION Quelques enfants r\u00e9unis dans une petite pi\u00e8ce avec un psychoth\u00e9rapeute qu&rsquo;ils ne connaissent ni d&rsquo;Eve, ni d&rsquo;Adam&#8230; pour parler.Du moins, c&rsquo;est ce qu&rsquo;il a propos\u00e9, lui, le th\u00e9rapeute, imagin\u00e9, fantasm\u00e9.Il en a fait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"<p>INTRODUCTION<\/p><p>Quelques enfants r\u00e9unis dans une petite pi\u00e8ce avec un psychoth\u00e9rapeute qu'ils ne connaissent ni d'Eve, ni d'Adam... pour parler.<br \/>Du moins, c'est ce qu'il a propos\u00e9, lui, le th\u00e9rapeute, imagin\u00e9, fantasm\u00e9.<br \/>Il en a fait d'une certaine fa\u00e7on le pari. Ils viendront et ils parleront. Avec l'id\u00e9e quelque peu m\u00e9galomaniaque que la venue, l'\u00e9mergence de cette parole serait sous le signe d'une mutation, d'une \u00e9laboration, que cette parole s'inscrirait dans un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0th\u00e9rapeutique.<br \/>D'embl\u00e9e, quelque chose est jet\u00e9 et tout va maintenant \u00eatre mis en route pour que ce \"jet\u00e9\" puisse \u00eatre accueilli, transform\u00e9, remis \u00e0 l'int\u00e9rieur, en un mot, introject\u00e9.<br \/>Nous sommes l\u00e0 dans un aspect essentiel de tout traitement, du travail d'introjection, \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 celui du\u00a0<strong>deuil<\/strong>.<br \/>Ce\u00a0<strong>deuil<\/strong>, au sens \u00e9largi, chaque patient y est confront\u00e9 d\u00e8s que la porte d'une institution, d'un cabinet, est franchie ;\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0incontournable li\u00e9 aux changements actuels et\/ou \u00e0 venir auxquels nous sensibilise Ren\u00e9 Ka\u00ebs (17).<br \/>Dans la continuit\u00e9 de ses r\u00e9flexions, je me propose d'entrevoir l'ensemble du travail psychoth\u00e9rapeutique comme un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, et de tenter de cerner comme il s'actualise \u00e0 travers la clinique des\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0d'enfants.<br \/>Il sera d\u00e8s lors n\u00e9cessaire de cerner, d'identifier ce\u00a0<strong>processus<\/strong>, et notamment de pouvoir l'exposer au regard des diff\u00e9rents concepts \u00e0 notre disposition, tels que le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0de S. Freud, le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire de P. Cl. Racamier, ou bien encore le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0narcissique de M. Hanus.<br \/>Il est bien entendu que je ne vais pas investiger l'ensemble de ces notions de fa\u00e7on lin\u00e9aire, mais plut\u00f4t les interroger dans le fil de ma recherche, de mes r\u00e9flexions, de mes associations, en articulation avec la clinique.<\/p><p>NOTE PR\u00c9LIMINAIRE. CADRE ET DISPOSITIF<\/p><p>Les s\u00e9ances dont il est question ici t\u00e9moignent d'un travail avec trois\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>de six enfants r\u00e9unis dans des conditions similaires.<br \/>Il s'agit de\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de parole psychoth\u00e9rapeutiques d'enfants en difficult\u00e9s scolaires, pour la plupart sur le versant n\u00e9vrotique ; ils sont anim\u00e9s dans le cadre d'un C.M.P.P. au rythme d'une fois par semaine, en monoth\u00e9rapie.<br \/>Le groupe I rassemble des enfants de 11, 12 ans, les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0II et III, des enfants de 8 \u00e0 10 ans.<br \/>Le mode de fonctionnement est donn\u00e9 lors de la premi\u00e8re s\u00e9ance.<br \/>Il concerne le jour, l'heure et la dur\u00e9e (45 mn) des s\u00e9ances. Avec la consigne suivante : \"On peut dire ici tout ce qui vient \u00e0 l'esprit et l'on va essayer de comprendre ensemble ce qui se passe entre nous, afin de mieux comprendre ce qui se passe en chacun de nous\".<br \/>Suivent les r\u00e8gles de discr\u00e9tion et de restitution.<br \/>Il est \u00e9galement pr\u00e9cis\u00e9 que nous commen\u00e7ons et finissons ensemble (groupe ferm\u00e9). Il n'y a pas de nouveaux et un enfant quittant le groupe n'est pas remplac\u00e9<br \/>Les enfants ont la possibilit\u00e9 de dessiner et\/ou d'\u00e9crire ; \u00e0 cet effet, deux tableaux : un tableau noir avec des craies, un tableau-papier avec des feutres.<br \/>Dans la pi\u00e8ce, une table, une chaise pour chaque membre du groupe et un sac pour ranger et garder les dessins.<br \/>Pour ces trois\u00a0<strong>groupes<\/strong>, mes interventions se situeront essentiellement au niveau groupal.<br \/>Avant la premi\u00e8re s\u00e9ance du groupe, je rencontre tous les enfants le plus souvent \u00e0 deux reprises, afin de pouvoir nouer, pourrait-on dire, une pr\u00e9-alliance th\u00e9rapeutique.<br \/>Une r\u00e9union de parents est anim\u00e9e par un(e) coll\u00e8gue environ toutes les six semaines.<\/p><p>Ce qui suit est une r\u00e9\u00e9criture \u00e0 partir de notes assez d\u00e9taill\u00e9es des premi\u00e8res s\u00e9ances de ces trois\u00a0<strong>groupes<\/strong>. Elles n'ont pas pour vocation une restitution exhaustive de ce qui s'est d\u00e9roul\u00e9, mais plut\u00f4t d'\u00e9voquer la tonalit\u00e9 de ce qui pouvait \u00e9merger dans la dynamique groupale.<br \/>Les diff\u00e9rents moments expos\u00e9s sont respect\u00e9s dans leur chronologie aussi bien dans la succession des s\u00e9ances qu'au sein de chacune d'elle.<\/p><p>Groupe I<br \/>Fou rire<br \/>Les enfants se rencontrent pour la premi\u00e8re fois<br \/>.... ils ne parlent pas<br \/>Tout au plus l'esquisse d'un sourire<br \/>Le sourire s'\u00e9largit, la bouche de l'un d'entre eux s'ouvre<br \/>Les dents se d\u00e9couvrent<br \/>D\u00e9tente... relative<br \/>Le rire de l'un \u00e9clate<br \/>\"Il est fou\", dit un autre<br \/>Rire sans savoir pourquoi. Tout ce que l'on ne sait pas<br \/>Le rire gagne<br \/>C'est le fou rire<br \/>Ils ont peur, peur d'\u00eatre fous<br \/>De venir ici avec leurs id\u00e9es folles<br \/>Peur d'\u00eatre l\u00e0<br \/>Mieux vaut se taire<br \/>Ou se terrer dans un coin<br \/>S'ils pouvaient se r\u00e9fugier sous la table<br \/>Se catapulter par la fen\u00eatre<br \/>S'engouffrer dans un trou de souris<br \/>Ou se fondre dans le tableau, mis l\u00e0 par l'adulte<br \/>D\u00e9fenses offertes<br \/>Pour apprivoiser les id\u00e9es folles, plaqu\u00e9es, imprim\u00e9es<br \/>...<br \/>Ils pensent \u00e0 une fus\u00e9e qui ne pourrait pas s'arr\u00eater<br \/>Elle irait percuter le soleil. Trop chaud<br \/>Elle fondrait, \u00e9claterait en mille morceaux<br \/>Pulse !<br \/>L'enfant qui rit s'appelle Lionel...<\/p><p>Entre chien et loup<\/p><p>Une semaine plus tard<br \/>Ils se retrouvent<br \/>Silence<br \/>Un enfant semble clou\u00e9 sur sa chaise<br \/>Il rugit<br \/>Peur d'\u00eatre enferm\u00e9, d'\u00eatre battu<br \/>D'\u00eatre puni, s'il ne parle pas<br \/>L'homme assis l\u00e0 est-il un tyran ?<br \/>Gentil ou m\u00e9chant ?<br \/>La fin de s\u00e9ance approche<br \/>Des pieds s'entrechoquent, comme pour se mordre<br \/>Entre chien et loup<\/p><p>L'origine des temps<\/p><p>Un enfant est absent<br \/>C'est le jour de la troisi\u00e8me rencontre<br \/>Les enfants parlent<br \/>O\u00f9 est l'absent ?<br \/>Que fait-il ?<br \/>Pourquoi n'est-il pas venu ?<br \/>\"Il aurait \u00e9cras\u00e9 une m\u00e9m\u00e9\", propose l'un d'entre eux<br \/>\"La m\u00e9m\u00e9 c'est elle\", lance un autre, \"celle qui ne parle pas\"<br \/>Il d\u00e9signe l'une des filles du groupe<br \/>Les langues se d\u00e9lient<br \/>Transformation<br \/>On entend parler b\u00e9b\u00e9<br \/>\u00c9vocation du groupe comme une famille<br \/>Des g\u00e9n\u00e9rations<br \/>Parents<br \/>Grands-parents<br \/>Arri\u00e8re-grands-parents<br \/>En arri\u00e8re, en arri\u00e8re...<br \/>L'origine des temps<\/p><p>Le facteur et les alligators<\/p><p>Silence. Rien \u00e0 se dire.<br \/>Lionel est absent<br \/>\"Il fait la lessive de la famille, les affaires des parents\"<br \/>ou bien...<br \/>Il fait le facteur<br \/>Car le premier facteur s'est cass\u00e9 le bras<br \/>Le facteur donne une lettre \u00e0 sa m\u00e8re<br \/>Il y est question d'un rendez-vous<br \/>... avec le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique ! ...<br \/>C'est le facteur le Pr\u00e9sident (!?)<br \/>Rires. Ces rires...<br \/>C'est \u00e0 cause des chaussures qui mangent<br \/>Des chaussures dent\u00e9es de l'un des enfants<br \/>En-dessous, une fosse aux alligators<br \/>A moins que les alligators soient ici m\u00eame, parmi nous<br \/>Nous, les alligators !?<br \/>Les dents sont bien dans la bouche<br \/>Risque de se d\u00e9vorer, de se croquer<br \/>Mieux vaut ne pas l'ouvrir<br \/>Est-ce vraiment \u00e7a qui pourrait nous emp\u00eacher de parler<br \/>De dire qu'on a rien, ou tout, \u00e0 se dire ?<br \/>Comment rendre ces alligators inoffensifs<br \/>Les saouler, leur retirer les dents, les assommer ?<br \/>Lionel est absent, il fait sa communion<br \/>... Fin de l'enfance<br \/>Fin de s\u00e9ance.<\/p><p>Entre d\u00e9voration<\/p><p>Silences, rires<br \/>Derni\u00e8re rencontre avant une longue s\u00e9paration ; d\u00e9j\u00e0...<br \/>Un couple d'alligators amusent la galerie<br \/>L'un mangerait l'autre<br \/>Un r\u00e9gal !...<br \/>D'abord l'intestin<br \/>Puis plats un peu plus succulents<br \/>Victuailles, ripailles<br \/>Puis tous se mangeraient, s'entred\u00e9voreraient<br \/>Luttes intestines<br \/>Id\u00e9e qu'au jour des retrouvailles<br \/>Les alligators n'auront plus de dents<br \/>Chacun part avec un petit morceau<br \/>Prend sa part...<\/p><p>Reprise<\/p><p>Un enfant est absent<br \/>D\u00e9cid\u00e9ment !<br \/>Silences, rires<br \/>Il est dans son lit<br \/>Puis va venir... un taureau aux fesses<br \/>Le taureau est saoul, il danse<br \/>Il va devenir immense<br \/>Remplir la pi\u00e8ce<br \/>Les gar\u00e7ons doivent se planquer<br \/>Seules les filles pourront le ma\u00eetriser<br \/>Quant \u00e0 Mr Ch., \u00e0 la poubelle !<br \/>Il n 'avait qu'\u00e0 pas aller voir ailleurs<br \/>S\u00e9bastien tortille un fil de chaussette<br \/>Le su\u00e7ote<br \/>Le partage<br \/>Puis... l'avale<\/p><p>Queue de rat<\/p><p>Le fil aval\u00e9 \u00e9tait une queue de rat<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Groupe II<br \/>Le Visiteur<\/p><p>Comment \u00e9crire sur deux tableaux \u00e0 la fois ?<br \/>Constat qu'il y a douze mains<br \/>Un enfant (J) prend la direction des op\u00e9rations<br \/>Choisir un th\u00e8me<br \/>Les probl\u00e8mes avec les parents<br \/>L'\u00e9cole, les camarades<br \/>Je suis l\u00e0 parce que mes parents ont divorc\u00e9<br \/>Puis, silence<br \/>Difficult\u00e9s<br \/>L'inconnu du groupe<br \/>Si l'on ne se conna\u00eet pas, c'est un mauvais groupe<br \/>La parole est d'argent<br \/>Le silence est d'or<br \/>L'app\u00e2t du gain<br \/>Dessins<br \/>Une \u00e9cole<br \/>Un personnage f\u00e9minin<br \/>Une fus\u00e9e<br \/>Et puis...<br \/>Un homme pr\u00e9historique qui d\u00e9barquerait au XXe si\u00e8cle.<\/p><p>Les deux fant\u00f4mes<\/p><p>A comme absence<br \/>O\u00f9 sont les dessins de la derni\u00e8re fois ?<br \/>Quelqu'un est pass\u00e9<br \/>Ou y aurait-il eu une autre s\u00e9ance entre-temps ?<br \/>Un fant\u00f4me est pass\u00e9<br \/>Deux fant\u00f4mes<br \/>Un fant\u00f4me basic<br \/>Et un vrai fant\u00f4me \u00e0 t\u00eate de mort<br \/>Accident<br \/>Double<br \/>Chacun vient une s\u00e9ance sur deux<br \/>On se regarde dans un miroir<br \/>Les fant\u00f4mes, ce sont des morts vivants<br \/>Des revenants<br \/>Catapultes dirig\u00e9es contre l'adulte<br \/>Est-il lui-m\u00eame un fant\u00f4me<br \/>Ou bien va-t-il nous prot\u00e9ger...<br \/>Contre ce groupe fantomatique qui nous fait peur<br \/>Le fant\u00f4me a des dents<br \/>C'est Dracula<br \/>A moins que ce ne soit... une Dame Blanche<br \/>Inqui\u00e9tude, agitation, excitation.<\/p><p>L'autre fant\u00f4me<\/p><p>L'adulte propose :<br \/>Vous comptez sur moi pour que je vous prot\u00e8ge du fant\u00f4me<br \/>Les enfants acquiescent<br \/>Soulagement<br \/>Comment le combattre ?<br \/>Le fant\u00f4me pourrait passer par les trous de nez<br \/>La bouche, les yeux<br \/>Nous l'aurions \u00e0 l'int\u00e9rieur de nous<br \/>On l'avalerait<br \/>Avaler le fant\u00f4me fait devenir fant\u00f4me \u00e0 son tour<br \/>Alors on deviendrait ami avec lui<br \/>Pas de danger<br \/>Apparition d'un nouveau fant\u00f4me aux yeux rouges et muscl\u00e9<br \/>Aval\u00e9, gard\u00e9, ma\u00eetris\u00e9<br \/>Le fant\u00f4me donne des forces<br \/>Mais n\u00e9cessit\u00e9 de le mettre sous les barreaux<br \/>Le danger est-il tout \u00e0 fait \u00e9cart\u00e9 ?<br \/>Excitation : des coups partent !<br \/>Rappel des r\u00e8gles<br \/>Se prot\u00e9ger contre soi-m\u00eame<br \/>J. a envie de dessiner un sapin, en pensant \u00e0 sa maman<br \/>Il est question de guerre, de territoires<br \/>On entame la Marseillaise !<\/p><p>L'\u00e9lixir de beaut\u00e9<\/p><p>S. a amen\u00e9 un \u00e9lastique<br \/>Le fant\u00f4me de vient sorci\u00e8re<br \/>Elle fait un \u00e9lixir de beaut\u00e9<br \/>Met dans sa marmite du sang, des yeux<br \/>Pour rester beau<br \/>Conflit<br \/>Enfants se mettent en prison \u00e0 tour de r\u00f4le<br \/>La pi\u00e8ce est-elle solide ?<br \/>Sont-ils en prison ici, enferm\u00e9s ?<br \/>Un despote laisserait les \u00e9trangers \u00e0 la porte<br \/>Serment \u00e9crit au tableau :<br \/>Plus de guerres, respect...<br \/>L'adulte va-t-il les garder<br \/>Si les r\u00e8gles ne sont pas respect\u00e9es ?...<\/p><p>Vampire<\/p><p>A. est de retour<br \/>Un autre enfant est absent<br \/>Les absents sont des tra\u00eetres<br \/>Ils se la coulent douce au lieu de venir parler<br \/>Evocation d'un bout de feuille mang\u00e9<br \/>Permettrait de mieux travailler<br \/>R\u00e9ussir \u00e0 l'\u00e9cole<br \/>Texte ing\u00e9r\u00e9 et su...<br \/>Rappel<br \/>Ce qui est mang\u00e9 et donne de la force<br \/>Epinards, sang...<br \/>Un vampire est dessin\u00e9 au tableau<br \/>Il est tr\u00e8s puissant<br \/>Mis sous les barreaux<br \/>Dessin :<br \/>Un homme p\u00eache un coffre venant d'une \u00e9pave cass\u00e9e en deux<br \/>Sous l'eau, deux coffres, deux sir\u00e8nes, deux squelettes<br \/>Double<br \/>Rappel<br \/>On parle de Morpion<br \/>Un morpion c'est un m\u00f4me<br \/>C'est aussi un jeu qui peut rapporter gros...<\/p><p>Toutes les filles de la terre...<\/p><p>Les tra\u00eetres<br \/>Sont-il partis en Grande-Bretagne ?<br \/>Pass\u00e9s par le tunnel sous la Manche ?<br \/>Mais... fissures<br \/>Ou plut\u00f4t des fuites<br \/>Deux absents<br \/>Le C.M.P.P. va-t-il tenir ?...<br \/>D\u00e9m\u00e9nagement<br \/>Il faudrait 24 couches pour \u00e9viter les fuites<br \/>Pampers Baby Dry, les meilleures<br \/>B\u00e9b\u00e9<br \/>D\u00e9but de groupe<br \/>Dessins :<br \/>Lapin f\u00e9min\u00e9<br \/>Voiture en or<br \/>Ch\u00e8que refus\u00e9, vol\u00e9 ?...<br \/>Jeu du Morpion<br \/>S'il y avait des filles, il faudrait encore plus de couches<br \/>Les filles ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es<br \/>... ou tu\u00e9es !<br \/>Toutes les filles de la terre<br \/>Tu\u00e9es.<\/p><p>La v\u00e9rit\u00e9 qui blesse<\/p><p>Deux nouveaux vont arriver<br \/>Gar\u00e7ons esp\u00e9r\u00e9s<br \/>Filles redout\u00e9es<br \/>Les nouveaux seront mis \u00e0 la poubelle<br \/>Poison multicolore, barreaux<br \/>Carreaux de toutes les couleurs tapissent la pi\u00e8ce<br \/>Mouvements, contacts<br \/>Ruche effervescente<br \/>Les filles<br \/>Les amoureux<br \/>Les feutres voltigent, font mal<br \/>Rappel des r\u00e8gles<br \/>Jeu de feutres<br \/>Envoy\u00e9s dans la poubelle<br \/>Ici, on s'aime<br \/>La v\u00e9rit\u00e9 qui blesse<br \/>De s'aimer ?<br \/>De se dire que demain, rien ne sera plus comme avant<br \/>Racines<br \/>Agressivit\u00e9, agitation<br \/>Deux nouveaux vont arriver.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>Groupe III<\/p><p>Vous avez dit C.M.P.P. ?<\/p><p>Pascal est pass\u00e9 \u00e0 la trappe<br \/>Pourquoi \u00e7a s'appelle C.M.P.P. ?<br \/>Propositions<br \/>Savoir Maintenant Pourquoi Pascal... n'est pas l\u00e0...<br \/>Ou bien ...<br \/>Centre Magique P... P...<br \/>Monsieur Chapelli\u00e8re est-il un magicien<br \/>Qui peut faire appara\u00eetre dans son chapeau les enfants ?...<br \/>... ou les faire dispara\u00eetre ?<br \/>Comme il a d\u00e9j\u00e0 fait dispara\u00eetre une femme...<br \/>A peine entrevue dans la toute premi\u00e8re rencontre<br \/>...<br \/>On est l\u00e0 pour parler proprement<br \/>De la bouche sortent des foulards<br \/>De la bouche pourraient sortir des gros mots.<\/p><p>La Guerre du Feu<\/p><p>Centre M\u00e9dico...<br \/>Malades... de parler<br \/>Malades de l'\u00e9cole<br \/>Mati\u00e8res difficiles<br \/>L'histoire (par exemple)<br \/>Pr\u00e9histoire<br \/>Les singes avant de devenir des hommes, tuent un mammouth<br \/>Les \u00e9l\u00e9ments se d\u00e9cha\u00eenent<br \/>Apparition du feu<br \/>Foudre, orage, temp\u00eate<br \/>D\u00e9lire, on perd la t\u00eate<br \/>C'est le feu dans la grange<br \/>Feu de paille<br \/>Les animaux sont en danger<br \/>Naufrage du Titanic<br \/>La moiti\u00e9 des gens sauv\u00e9s<br \/>Le capitaine a r\u00e9sist\u00e9<br \/>...<br \/>La grange est celle du tonton<br \/>La foudre est tomb\u00e9e sur un arbre<br \/>Un enfant va avec son p\u00e8re mettre de l'ordre dans le camion<br \/>Il faut arr\u00eater Pascal...<br \/>... qui ne peut plus s'arr\u00eater de parler<br \/>L'adulte propose :<br \/>Ici, nous pourrions avoir peur qu'il y ait le feu dans la grange<br \/>Un enfant conclut :<br \/>C.M.P.P., \u00e7a veut dire Centre M\u00e9dico-Psycho-P\u00e9dagogique.<\/p><p>Pi\u00e8ges \u00e0 voleurs<\/p><p>Pi\u00e8ges dans les maisons<br \/>Contre les voleurs de bijoux<br \/>Objets pr\u00e9cieux dans une voiture<br \/>Ou... dans le coffre d'une dame<br \/>On peut aussi voler des animaux<br \/>Animaux abandonn\u00e9s, enrag\u00e9s<br \/>Enrag\u00e9s parfois, parce qu'abandonn\u00e9s<br \/>Pr\u00e9histoire<br \/>Un grand trou pour capturer le mammouth<br \/>Pi\u00e8ge<br \/>Un singe veut rejoindre une dame qu'il aime bien<br \/>Les hommes l'en emp\u00eachent<br \/>Le tue avec un fusil<br \/>Un sh\u00e9rif doit faire la loi<br \/>Emp\u00eacher certains de prendre la place d'autres<br \/>Une place pour tout le monde<br \/>Et Supercopter dans tout \u00e7a...<br \/>Rires.<\/p><p>D'un rire \u00e0 l'autre<\/p><p>Difficile de parler... de ce qui fait rire<br \/>Cinq ou six pins sont pos\u00e9s sur la table<br \/>Rires<br \/>Ce qui peut inqui\u00e9ter<br \/>Une chienne a fait des petits<br \/>Une chienne est perdue sur la route<br \/>Un p\u00e8re a oubli\u00e9 de donner \u00e0 manger aux animaux<br \/>C'est la faute du p\u00e8re<br \/>Que donne-t'on \u00e0 manger aux animaux ?<br \/>Que donne-t'on \u00e0 manger aux hommes ?<br \/>Qui a les restes ?<br \/>Rires<br \/>D\u00e9tente<br \/>Les enfants ne sont plus fig\u00e9s<br \/>(S') Imaginent<br \/>Mi-chien, en haut<br \/>Mi-homme, en bas<br \/>Les enfants peuvent \u00eatre jaloux...<br \/>... de ce que mangent les parents<br \/>Les chiens qui mangent des poules<br \/>Qui tirent des tracteurs<br \/>Qui font partout sur le lit quand les adultes sont partis,<br \/>... les ont laiss\u00e9s<br \/>Quand les chiens sont tristes<br \/>Sont fous<br \/>Sont jaloux<br \/>L'adulte propose :<br \/>Ici, nous pourrions avoir peur de nous manger<br \/>Peut-\u00eatre l'envie... aussi<br \/>Un enfant conclut<br \/>Pas tout de suite, plus tard<br \/>Rires.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>A\/\u00a0<strong>AUTOUR<\/strong>\u00a0DE L'INCORPORATION<\/p><p>1\/ Au commencement \u00e9tait la bouche<\/p><p>Le b\u00e9b\u00e9 s'ouvre au monde et crie ; la bouche r\u00e9clame \u00e0 \u00eatre remplie.<br \/>Toute premi\u00e8re exp\u00e9rience ? Il serait difficile aujourd'hui de le soutenir, ce serait oublier toute la vie intra-ut\u00e9rine que le nourrisson a d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re lui. C'est alors comme si cette premi\u00e8re manifestation ne pouvait d\u00e9j\u00e0 se concevoir, n'avait de sens que par rapport \u00e0 cette premi\u00e8re rupture fondamentale, s\u00e9paration soumettant le b\u00e9b\u00e9 \u00e0 de nouvelles conditions de vie.<br \/>Il n'est pas question ici de ranimer une vieille querelle\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0d'un traumatisme ou non \u00e0 la naissance, mais bien de s'interroger sur ce que recouvre ce cri ; un regard sur ce qu'il appelle...<br \/>Appel pour une r\u00e9union imm\u00e9diate de ce qui vient de se....<br \/>M. Hanus \u00e9voquant la clinique du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0(16), nous parle du cri dans un chapitre intitul\u00e9 \"Les premiers moments\" : \"Ils sont marqu\u00e9s par un \u00e9tat de choc \u00e0 l'annonce de la perte qui nous arrive, qui nous frappe... la brutalit\u00e9 de la perte... entra\u00eene un choc particuli\u00e8rement intense... la premi\u00e8re r\u00e9action est le refus... elle va parfois jusqu'\u00e0 un cri...\"<br \/>Il poursuit : \"Mais ce cri est aussi la premi\u00e8re d\u00e9charge des affects p\u00e9nibles et lourds que l'annonce du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0vient de d\u00e9terminer ; c'est donc d\u00e9j\u00e0 un d\u00e9but de prise en compte, m\u00eame minime, de la r\u00e9alit\u00e9. C'est aussi un appel, un appel vers le disparu, le signe r\u00e9gressif d'un comportement ancien, archa\u00efque, primitif, o\u00f9 il suffisait de crier pour qu'apparaisse de nouveau pr\u00e8s de nous la personne ch\u00e8re qui avait disparu provisoirement de notre horizon et qui absente, \u00e9tait perdue temporairement\".<br \/>Il pourrait appara\u00eetre comme singulier que je m'interroge et me concentre, sur cette question du cri, alors que la clinique pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9e ne semble pas y faire r\u00e9f\u00e9rence. C'est me semble-t-il parce que le cri peut \u00eatre envisag\u00e9 comme le n\u00e9gatif du silence. Ne pas ouvrir la bouche pour ne pas crier, dans cette impossibilit\u00e9 de crier. Comme nous le rappelle M. Hanus, crier montrerait que le moment de prostration et de sid\u00e9ration est d\u00e9j\u00e0 en voie de d\u00e9passement.<br \/>Au commencement \u00e9tait la bouche. La bouche est vide. Des enfants viennent pour leur premi\u00e8re s\u00e9ance de groupe de parole, leur bouche est vide, comment ce vide va-t'il devenir langage ?<br \/>N. Abraham et M. Torok (1) soulignent que \"les tout d\u00e9buts de l'introjection ont lieu gr\u00e2ce \u00e0 des exp\u00e9riences de vide de la bouche, doubl\u00e9es d'une pr\u00e9sence maternelle. Ce vide est tout d'abord exp\u00e9riment\u00e9 comme cris et pleurs, remplissement diff\u00e9r\u00e9, puis comme occasion d'appel, moyen de faire appara\u00eetre, langage. Puis encore, comme auto-remplissement phonatoire, par l'exploration linguopalato-glossale du vide, en \u00e9cho \u00e0 des sonorit\u00e9s per\u00e7ues depuis l'ext\u00e9rieur et enfin, comme substitution progressive partielle des satisfactions de la bouche, pleine de l'objet maternel, par celles de la bouche vide du m\u00eame objet mais remplie de mots \u00e0 l'adresse du sujet. Le passage de la bouche pleine de sein \u00e0 la bouche pleine de mots s'effectue au travers d'exp\u00e9riences de bouche vide. Apprendre \u00e0 remplir de mots le vide de la bouche, voil\u00e0 un premier parodyme de l'introjection. On comprend qu'elle ne peut s'op\u00e9rer qu'avec l'assistance constante d'une m\u00e8re, poss\u00e9dant elle-m\u00eame le langage (...). D'abord la bouche vide, puis l'absence des objets deviennent paroles, enfin les exp\u00e9riences des mots elle-m\u00eame se convertissent en d'autres mots. Ainsi, le vide originel aura-t-il trouv\u00e9 rem\u00e8de \u00e0 tous ses manques par leur conversion en rapport de langage avec la communaut\u00e9 parlante\".<br \/>L'introjection con\u00e7ue comme une communion des \"bouches vides\", est une proposition s\u00e9duisante, tout particuli\u00e8rement lorsqu'on se propose de faire appara\u00eetre un langage en situation de groupe ; les enfants dont nous nous occupons ont le plus souvent acquis le langage, mais notre t\u00e2che est bien de favoriser l'\u00e9mergence de ces mots qui n'ont jamais pu \u00eatre dits, ou jamais dits de cette fa\u00e7on-l\u00e0...<br \/>Et cette \u00e9mergence, nous le voyons bien, pose probl\u00e8me, d'embl\u00e9e. Nous, th\u00e9rapeutes et enfants, attendons les mots venir et nous essuyons un refus ; ce refus parfois tout \u00e0 fait inconscient, ce silence, peut durer une \u00e9ternit\u00e9, plusieurs s\u00e9ances, quelquefois plusieurs mois.<br \/>Et puis vient le rire, le rire comme d\u00e9charge parfois un b\u00e2illement, ou un soupir.<br \/>Ces manifestations ne sont pas v\u00e9ritablement adress\u00e9es \u00e0 l'autre, elles sont plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du narcissisme de l'anobjectal (comment pourrait-il en \u00eatre autrement en ce temps primordial ?...), m\u00eame si elles \u00e9manent de plusieurs membres du groupe.<br \/>Rire partag\u00e9, mais du c\u00f4t\u00e9 maniaque, anti-objectal, anti-d\u00e9pressif. De l'autre, j'en veux, et je n'en veux pas, de l'ambivalence ?<br \/>Il semble que le rire, le cri ou encore le b\u00e2illement soient \u00e0 la fronti\u00e8re du narcissisme et d'une tentative de (r\u00e9)objectalisation, ou tout du moins de cr\u00e9er ou de recr\u00e9er un lien \u00e0 l'autre. Pr\u00e9misses de la construction d'un lien de ce qui n'est pour l'instant qu'anobjectal.<br \/>Ils recouvrent une recherche de liaison entre les membres d'un groupe, mais dans une sorte de mise \u00e0 z\u00e9ro des individualit\u00e9s.<br \/>Il en va ainsi de ces d\u00e9buts de traitement de groupe o\u00f9 nous sommes tous confront\u00e9s, nous psychoth\u00e9rapeutes et animateurs de groupe, \u00e0 ces silences, rires, cris partag\u00e9s le plus souvent par l'ensemble des enfants.<br \/>Ces s\u00e9ances tr\u00e8s, \"trop\" bruyantes, extr\u00eamement sonores ont d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9t\u00e9 d\u00e9crites et mises en relief dans le travail de P. Privat et J.B. Chapelier (21), mais jusqu'alors plut\u00f4t sous l'angle d'une recherche de contenant sonore. Cette hypoth\u00e8se peut \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e, me semble-t-il, par cette dimension d'appel, au regard de ce qu'un d\u00e9bit de traitement r\u00e9active des toutes premi\u00e8res exp\u00e9riences de s\u00e9paration et\/ou de\u00a0<strong>deuil<\/strong>.<\/p><p>2\/ Incorporation et\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0liminaire<\/p><p>R. Ka\u00ebs, \u00e0 partir d'une r\u00e9flexion sur les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de formation (17), nous sensibilise \u00e0 ce qu'il appelle le \"<strong>deuil<\/strong>\u00a0liminaire\", en insistant sur la s\u00e9paration temporaire des participants d'avec leurs attaches affectives habituelles. Il \u00e9tablit alors un parall\u00e9lisme avec la situation de l'adolescent se pr\u00e9parant \u00e0 quitter sa famille, sa m\u00e8re, son enfance.<br \/>Il est possible d'\u00e9largir cette r\u00e9flexion \u00e0 d'autres\u00a0<strong>groupes<\/strong>, notamment aux\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques d'enfants en consid\u00e9rant qu'au fond, tout enfant commen\u00e7ant un traitement doit faire face aux angoisses de perte, de s\u00e9paration, et se doit d'effectuer un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qui lui permette d'abandonner ses fixations habituelles, et de d\u00e9velopper de nouvelles capacit\u00e9s d'investissements.<br \/>R. Ka\u00ebs se concentre sur deux r\u00e9actions de deuils correspondant successivement \u00e0 l'entr\u00e9e en groupe et \u00e0 la phase terminale avant la s\u00e9paration d\u00e9finitive de ses membres. Mais il s'int\u00e9resse \u00e9galement au travail qui s'effectue entre ces deux temps. Il pr\u00e9cise : \"Dans une situation inaugur\u00e9e et termin\u00e9e par une perte d'objet, le travail du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0est le support m\u00eame du travail de la fonction . L'un et l'autre aboutissent normalement \u00e0 l'incorporation-introjection d'un objet bon et stable par le moi des participants. Mais le statut de cet objet change entre le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0initial et le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0terminal : d'un c\u00f4t\u00e9, par exemple, le groupe lui-m\u00eame est \u00e9labor\u00e9 en objet \"bon\", voire id\u00e9alis\u00e9, r\u00e9actionnel \u00e0 la perte primitivement subie et \u00e0 la perte terminale prochaine. Mais c'est \u00e0 perdre de nouveau cet objet et \u00e0 en faire le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qu'un autre objet bon pourra \u00eatre introject\u00e9, assimil\u00e9 et \u00e9tabli \u00e0 l'int\u00e9rieur du moi. L'\u00e9laboration de cet autre objet, la d\u00e9couverte et l'appropriation personnelles des ressources du sujet pour de nouvelles performances satisfaisantes est le r\u00e9sultat du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de s\u00e9paration et de sublimation, aboutissement du travail de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>r\u00e9it\u00e9r\u00e9 , c'est-\u00e0-dire de l'\u00e9mergence de modalit\u00e9s nouvelles, complexes et diff\u00e9renci\u00e9es de relations d'objet\".<br \/>Bien qu'il s'agisse ici de groupe de formation d'adultes, il me semble que ces r\u00e9flexions peuvent prendre place dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques d'enfants qui, dans la mesure o\u00f9 ce sont ici des\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0ferm\u00e9s, se d\u00e9roulent sur une p\u00e9riode relativement br\u00e8ve, c'est-\u00e0-dire en moyenne deux ans.<br \/>Explorons la clinique \u00e0 notre disposition et tout d'abord ce qui appara\u00eet fr\u00e9quemment dans le contenu des premi\u00e8res s\u00e9ances chez les enfants, j'entends tout ce qui touche \u00e0 l'agressivit\u00e9 orale, notamment sous la forme de fantasme d'incorporation.<br \/>Rappelons ce que nous disent Laplanche et Pontalis (19) au sujet de l'incorporation : \"<strong>Processus<\/strong>\u00a0par lequel le sujet sur un mode plus ou moins fantasmatique fait p\u00e9n\u00e9trer et garde un objet \u00e0 l'int\u00e9rieur de son corps. L'incorporation constitue un but pulsionnel et un mode de relation d'objet caract\u00e9ristiques du stade oral (...). En fait, trois significations sont bien pr\u00e9sentes dans l'incorporation : se donner un plaisir un faisant p\u00e9n\u00e9trer un objet en soi ; d\u00e9truire cet objet ; s'assimiler les qualit\u00e9s de cet objet en le conservant en dedans de soi ; c'est ce dernier aspect qui fait de l'incorporation la matrice de l'introjection et de l'identification\".<br \/>Si nous reprenons l'hypoth\u00e8se d'un\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>marginal en d\u00e9but de groupe, il est int\u00e9ressant de se pencher sur les fantasmes d'incorporation qui s'y expriment, fantasmes qui nous apparaissent comme un m\u00e9canisme de d\u00e9fense habituel contre la perte, et pourrait-on dire d'ores et d\u00e9j\u00e0, contre un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Nous pourrions nous interroger sur ce fantasme d\u00e9fensif anti-introjectif et\/ou anti-<strong>deuil<\/strong>, au moment pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 l'enfant arrive dans un monde nouveau.<br \/>Ka\u00ebs nous rappelle que le terme m\u00eame d'incorporation est dans le\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de formation, \"une des m\u00e9taphores les plus fr\u00e9quentes du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0groupal dans la p\u00e9riode initiale\".<br \/>Nous constatons que dans le groupe I dont j'ai pr\u00e9sent\u00e9 les premi\u00e8res rencontres, l'agressivit\u00e9 orale appara\u00eet sous forme de chaussures dent\u00e9es, et donc r\u00e9trospectivement, l'on pourrait dire qu'elle est d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e d\u00e8s la deuxi\u00e8me s\u00e9ance (pieds qui s'entrechoquent comme pour se mordre).<br \/>Les pieds apparaissent comme un d\u00e9placement vers le bas de la bouche rugissante qui est au premier plan, pieds chauss\u00e9s de chaussures elles-m\u00eames chauss\u00e9es... de dents.<br \/>Il est courant dans les\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>que les pieds (le regard sur les pieds par les adultes, les pieds qui se touchent pour les enfants), soient particuli\u00e8rement investis par les participants, pr\u00e9cis\u00e9ment dans la p\u00e9riode inaugurale contre le fantasme d'indiff\u00e9renciation que cette r\u00e9action met \u00e0 jour (les pieds ou les chaussures \u00e9tant nettement moins diff\u00e9renci\u00e9es que les visages...), il semble qu'elle recouvre \u00e9galement une mise \u00e0 l'\u00e9cart d\u00e9fensive de la r\u00e9activation du sadisme oral.<br \/>Le fantasme d'incorporation dans le groupe qui nous int\u00e9resse ici, appara\u00eet clairement \u00e0 la cinqui\u00e8me et \u00e0 la sixi\u00e8me s\u00e9ance. L'entred\u00e9voration fait place \u00e0 l'ingestion d'un fil de chaussette. Ce fil sera un peu plus tard identifi\u00e9 \u00e0 une queue de rat.<br \/>Il faut bien s\u00fbr se demander pourquoi cette oralit\u00e9 destructrice, \u00e9galement trait\u00e9e de plaisir libidinal (il fallait voir ces deux enfants se pourl\u00e9cher les babines en d\u00e9vorant virtuellement et mutuellement leurs intestins...), appara\u00eet de fa\u00e7on si pr\u00e9gnante dans ce groupe. Une tentative de r\u00e9ponse r\u00e9side probablement dans le fait qu'il s'agit d'un groupe de pr\u00e9-adolescents (11, 12 ans), p\u00e9riode au coeur du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0de l'enfance ; par ailleurs, il est important de souligner que cette p\u00e9riode initiale se situe au mois de mai, et donc les premi\u00e8res s\u00e9ances sont marqu\u00e9es du sceau d'une s\u00e9paration proche.<br \/>Avant de poursuivre sur la nature du contenu incorpor\u00e9, restons dans les sillages d'une r\u00e9flexion\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0du fantasme d'incorporation (en tant que tel).<\/p><p>3\/ Nature de l'incorporation<\/p><p>N. Abraham et M. Torok (1) nous mettent en garde contre l'assimilation qui pourrait \u00eatre faite entre incorporation et introjection. Tout d'abord \"l'incorporation correspond \u00e0 un fantasme et l'introjection \u00e0 un processus\", puis plus tard : \"C'est pour ne pas avaler la perte qu'on imagine d'avaler, d'avoir aval\u00e9 ce qui est perdu sous la forme d'un objet (...). Absorber ce qui vient \u00e0 manquer (...) c'est refuser le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et ses cons\u00e9quences, c'est refuser d'introduire en soi la partie de soi-m\u00eame d\u00e9pos\u00e9e dans ce qui est perdu, c'est refuser le vrai sens de la perte, celui qui ferait qu'en le sachant on serait autre, bref c'est refuser son introjection\".<br \/>Selon ces auteurs, l'incorporation serait le fantasme de la non-introjection.<br \/>C'est un \u00e9claircissement capital qui nous est fourni et qui met fin \u00e0 de multiples assimilations entre ces deux notions. Toutefois, ce fantasme d'incorporation, et il nous para\u00eet tr\u00e8s important de le pr\u00e9ciser, n'implique pas que le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0introjectif ne peut s'enclencher ; l'on peut m\u00eame se demander si l'incorporation n'est pas en somme une \u00e9tape normale afin de se prot\u00e9ger des angoisses importantes li\u00e9es \u00e0 la perte.<br \/>Il serait m\u00eame essentiel de savoir si ce passage incorporatif pourrait s'av\u00e9rer n\u00e9cessaire, et au fond, signerait m\u00eame l'introjection \u00e0 venir. Il serait bien s\u00fbr hasardeux de s'en tenir l\u00e0 et d'autres conditions semblent indispensables afin que puisse se mettre v\u00e9ritablement en marche ce\u00a0<strong>processus<\/strong>.<br \/>Mais N. Abraham et M. Torok nous fournissent des \u00e9l\u00e9ments qui semblent pouvoir venir \u00e9tayer cette proposition (1) : \"... il est aussi un autre type de fantasmes (...) qui par son contenue illustre le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0par lequel la topique est en passe d'\u00eatre modifi\u00e9e. Nous voulons parler des fantasmes d'incorporation\".<br \/>L'incorporation, si je puis me permettre l'expression, taille dans le vif du sujet et si \"elle a l'introjection comme vocation nostalgique\", qu'en serait-il d'une vocation proph\u00e9tique ?<br \/>Ainsi, le fantasme d'incorporation ne supprimerait pas ad vita \u00e9ternam le potentiel introjectif, il le diff\u00e8re, peut-\u00eatre m\u00eame il l'annonce.<br \/>A souligner que la perspective de l'incorporation comme anticipatrice du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 venir, telle qu'elle est repr\u00e9sent\u00e9e par exemple dans l'eucharistie, tendrait \u00e0 \u00e9tayer cette hypoth\u00e8se (m\u00eame s'il s'agit plus l\u00e0 d'une sc\u00e8ne n\u00e9crophagique).<br \/>Si nous pouvions supposer donc que l'incorporation s'av\u00e8re n\u00e9cessaire, elle n'en est pas pour autant suffisante afin de pouvoir entra\u00eener l'amorce d'un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Nous y reviendrons.<br \/>En tout \u00e9tat de cause, comme la m\u00e8re ou son substitut pour le nourrisson, le (la) psychoth\u00e9rapeute doit assumer son r\u00f4le de permanence et de contenant, adulte, lui, en possession d'un langage ayant de multiples fonctions.<br \/>Nous en sommes donc au point de constater que l'incorporation serait cons\u00e9cutive d'un\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>liminaire et anticipatrice d'un autre travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, en attente... diff\u00e9r\u00e9<br \/>C'est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui en d\u00e9but de groupe a toute sa coh\u00e9rence puisque si l'introjection met fin \u00e0 la d\u00e9pendance objectale, l'incorporation, elle, renforce ou cr\u00e9e un lien marginal.<br \/>Il est maintenant grand temps d'aborder ce qui concerne le contenu m\u00eame de l'incorporation. pour l'introduire, je citerai un fois encore N. Abraham et M. Torok, ces auteurs s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles les paroles de l'introjection viennent \u00e0 manquer. Et ils r\u00e9pondent : \"Il ne peut s'agir que de la perte soudaine d'un objet narcissiquement indispensable...\"<br \/>Serait-il alors plus judicieux de se pencher non pas sur la nature et les caract\u00e9ristiques du\u00a0<strong>deuil<\/strong>, mais bien sur la nature de l'objet dont les membres d'un groupe peuvent \u00eatre endeuill\u00e9s.<br \/>Nous avons encore peu parl\u00e9 de groupe, c'est-\u00e0-dire du groupe en tant qu'entit\u00e9. D.Anzieu nous propose la m\u00e9taphore suivante : \"La situation de groupe en g\u00e9n\u00e9ral, de groupe libre en particulier, provoque une r\u00e9gression du sadisme oral, une angoisse corr\u00e9lative de perte de l'identit\u00e9 personnelle et une recherche compensatoire de fusion avec l'imago de la bonne m\u00e8re\" .<br \/>D. Anzieu souligne bien par ailleurs que la pulsion sadique orale peut s'exprimer non en paroles mais par le silence. Il poursuit : \"La situation groupale (...) \u00e9veille souvent la repr\u00e9sentation fantasmatique d'un hydre \u00e0 t\u00eates multiples et \u00e0 bouches su\u00e7antes ou d\u00e9vorantes. Quand un sujet est envahi par ces repr\u00e9sentations, il est saisi d'une peur inconsciente d'\u00eatre mang\u00e9 par les autres s'il ouvre la bouche, c'est-\u00e0-dire qu'il projette sur eux, sous forme de crainte d'une r\u00e9torsion, sa propre pulsion r\u00e9prim\u00e9e \u00e0 d\u00e9tourner l'objet d'amour en l'avalant. Il vit la loi du talion sous la forme archa\u00efque suivante : \"Les autres, qui n'arr\u00eatent pas de parler depuis le d\u00e9but, me manifestent, en ouvrant sans cesse la bouche, qu'ils seraient pr\u00eats \u00e0 me d\u00e9vorer si moi-m\u00eame, en ouvrant la bouche apparemment pour parler, je me faisais soup\u00e7onner de vouloir les d\u00e9vorer\". (...)<br \/>Les silencieux, dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>, se taisent car ils ont peur d'\u00eatre d\u00e9vor\u00e9s\".<br \/>Cela nous aide \u00e0 comprendre pourquoi dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>, les silencieux ne laissent jamais indiff\u00e9rents les autres membres du groupe. Soit ils sont inconsciemment maintenus dans ce statut parce qu'ils assument (et portent) ainsi toute la probl\u00e9matique orale sadique qui est projet\u00e9e sur eux, soit ils sont vivement \"sollicit\u00e9s\" voire \"bouscul\u00e9s\", et ceci pour les m\u00eames raisons. Nous en avons un exemple dans notre troisi\u00e8me s\u00e9ance du groupe I o\u00f9 \"celle qui ne parle pas\" n'avait d'autre destin que celui d'une m\u00e9m\u00e9 \u00e9cras\u00e9e.<br \/>Mais reprenons d'un peu plus pr\u00e8s les r\u00e9flexions de D. Anzieu qui \u00e9voque \"la pulsion r\u00e9prim\u00e9e \u00e0 d\u00e9truire l'objet d'amour\". Pour lui, il est clair que la fantasmatique orale dans les\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>renvoit au \"d\u00e9sir pr\u00e9g\u00e9nital et ambivalent, des participants-enfants de manger la m\u00e8re-moniteur pour se l'incorporer, pour, s'identifiant \u00e0 elle, devenir \u00e0 leur tour de bons moniteurs, pour la d\u00e9truire aussi bien. Ant\u00e9rieurement au tabou de l'inceste (et du parricide) fonctionne le tabou de manger la m\u00e8re, dont la transgression est sanctionn\u00e9e par le sevrage (...). On n'ouvre pas la bouche librement, car elle d\u00e9chiquetterait l'objet m\u00eame dont on a soif et faim\". Pouvons-nous g\u00e9n\u00e9raliser cette hypoth\u00e8se ?<br \/>D\u00e8s lors se pose une question, si du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0liminaire dont nous avons d\u00e9j\u00e0 abondamment parl\u00e9, r\u00e9sulte toute une fantasmatique incorporative, comment cette derni\u00e8re pourrait-elle concerner le (la) th\u00e9rapeute alors que m\u00eame si la d\u00e9pendance est initialement importante, les liens ne commencent qu'\u00e0 se tisser et qu'il serait hasardeux d'\u00e9voquer d'embl\u00e9e des ph\u00e9nom\u00e8nes transf\u00e9rentiels ?<br \/>Dans cette perspective, l'incorporation ne serait pas tant une premi\u00e8re \"tentative\" d'identification au th\u00e9rapeute qu'une fa\u00e7on de garder \"l'objet\" perdu, ou risquant d'\u00eatre perdu.<br \/>Comme \u00e0 l'adolescence, le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0induit par tout traitement consiste \u00e0 d\u00e9sinvestir les liens de d\u00e9pendance narcissique qui unissent l'enfant \u00e0 ses parents et \u00e0 les investir ailleurs, ou pourrait-on dire \u00e0 d\u00e9sinvestir les types de relation d'objet (si relation d'objet il y a) afin de laisser la place \u00e0 d'autres types de relation possibles. Bien s\u00fbr, les enfants n'ont pas \u00e0 \"perdre\" leurs parents mais plut\u00f4t une certaine image interne parentale, il n'est pas question de d\u00e9sinvestir le champ relationnel aux parents, l'enfant \u00e9tant \"n\u00e9cessairement\" d\u00e9pendant.<br \/>Pour l'adolescent, cela s'av\u00e8re plus complexe ; le groupe semble lui fournir l'espace id\u00e9al o\u00f9 il peut justement \u00e9laborer un certain type de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0par rapport aux imagos parentales (et fraternelles ?) avec des pairs, avec un adulte dans un \"ailleurs\" qui pr\u00eate \u00e0 de nouvelles identifications. Mais d'une part, le \"mod\u00e8le psychoth\u00e9rapique\" n'est probablement pas suffisamment hors norme (sous entendu restant dans des normes d'adultes), et en m\u00eame temps, il y aurait peut-\u00eatre une ad\u00e9quation apparente trop importante entre le d\u00e9sir de cet \"ailleurs\" et la th\u00e9rapie propos\u00e9e ; ce d\u00e9sir \u00e9tant empreint de destructivit\u00e9, il en r\u00e9sulte une certaine culpabilit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer pour chaque membre du groupe.<br \/>Si l'objet \u00e0 consommer n'est pas dans un premier temps le (la) th\u00e9rapeute, quel est-il donc, qui est donc cet objet ?<\/p><p>4\/ L'objet incorpor\u00e9<\/p><p>C'est ici que nous pourrions introduire l'incontournable Totem et Tabou (7). Que nous propose Freud ? : \"Un jour, les fr\u00e8res qui avaient \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s se coalis\u00e8rent, tu\u00e8rent et mang\u00e8rent le p\u00e8re, mettant ainsi fin \u00e0 la horde paternelle (...). D\u00e8s lors, dans l'acte de le manger, ils parvenaient \u00e0 r\u00e9aliser l'identification avec lui, s'appropriant chacun une partie de sa force. Le repas tot\u00e9mique, peut-\u00eatre la premi\u00e8re f\u00eate de l'humanit\u00e9 serait la r\u00e9p\u00e9tition et la comm\u00e9moration de ce geste criminel m\u00e9morable qui a \u00e9t\u00e9 au commencement de tant de choses, organisations sociales, restrictions morales et religion\".<br \/>Un quart de si\u00e8cle plus tard, S. Freud est toujours intimement convaincu de son hypoth\u00e8se qu'il a construit \u00e0 partir de consid\u00e9rations th\u00e9oriques de C. Darwin (horde sous l'emprise du despote paternel), d'Atkinson (r\u00e9bellion des fils et d\u00e9voration du p\u00e8re), et de W. Robertson-Smith (clan tot\u00e9mique), et il prolonge ses r\u00e9flexions dans son travail sur Mo\u00efse (12). Il tente alors de nous donner une cl\u00e9 qui nous permet d'avancer dans la compr\u00e9hension de certains ph\u00e9nom\u00e8nes groupaux \u00e0 partir \"d'analogies\" avec des\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>concernant le psychisme individuel.<br \/>Cette cl\u00e9 nous permet d'\u00e9largir un horizon sur la question de la m\u00e9moire, non plus seulement ontog\u00e9n\u00e9tique, mais phytog\u00e9n\u00e9tique, et ceci \u00e0 partir du ph\u00e9nom\u00e8ne de la latence et du retour du refoul\u00e9. \"Traumatisme pr\u00e9coce -d\u00e9fense - latence - \u00e9ruption de la maladie n\u00e9vrotique - retour partiel du refoul\u00e9 : telle \u00e9tait la formule que nous avons \u00e9tablie pour d\u00e9crire le d\u00e9veloppement d'une n\u00e9vrose (...). Dans la vie de l'esp\u00e8ce humaine, il s'est produit des\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0analogues \u00e0 ceux qui ont lieu dans la vie des individus.<br \/>Donc, qu'il y a eu aussi des\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0\u00e0 contenu sexuel - agressif, qui ont laiss\u00e9 des cons\u00e9quences durables mais furent le plus souvent objets de d\u00e9fenses, tomb\u00e8rent dans l'oubli, qui ont produit leur effet plus tard, apr\u00e8s une longue latence, et qui ont cr\u00e9\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes analogues aux sympt\u00f4mes dans leur structure et leur tendance\".<br \/>Freud insiste bien sur le fait que ce que nous consid\u00e9rons comme oubli\u00e9 (les impressions, les traces du pass\u00e9) n'est pas effac\u00e9 mais refoul\u00e9 ; que ces contenus ne concernent pas seulement l'individu mais sont aussi des \u00e9l\u00e9ments de provenance phytog\u00e9n\u00e9tique, ce qu'il appellera \"l'h\u00e9ritage archa\u00efque\". Que par ailleurs les r\u00e9actions \u00e0 ces traumatismes du pass\u00e9 semblent bien souvent plus facilement explicables en lien avec un \u00e9v\u00e8nement phytog\u00e9n\u00e9tique qu'en r\u00e9f\u00e9rence avec l'histoire personnelle. Il poursuit : \"L'h\u00e9ritage archa\u00efque de l'homme n'englobe pas seulement des dispositions, mais aussi des contenus, des traces mn\u00e9siques relatives au v\u00e9cu des g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures\".<br \/>Freud se centre toujours alors sur ce qui, depuis Totem et Tabou, s'av\u00e8re central pour la compr\u00e9hension de la psychologie des masses et affirme : \"... les humains ont toujours su - de cette mani\u00e8re particuli\u00e8re - qu'ils ont poss\u00e9d\u00e9 un jour un p\u00e8re primitif et qu'ils l'ont mis \u00e0 mort\".<br \/>Il ajoutera qu'un \u00e9v\u00e8nement pour p\u00e9n\u00e9trer dans l'h\u00e9ritage archa\u00efque, doit \u00eatre suffisamment important et qu'il doit se r\u00e9p\u00e9ter un nombre de fois suffisant ; dans le cas du meurtre du p\u00e8re, estime-t-il, ces deux conditions sont remplies.<br \/>Ainsi, \"lorsqu'un jour ils mirent \u00e0 mort leur grand homme (Mo\u00efse), ils ne firent que r\u00e9p\u00e9ter un forfait qui, dans des temps primitifs, s'\u00e9tait dirig\u00e9 contre le roi divin, comme le prescrivait la loi, et qui, ainsi que nous le savons, remontant \u00e0 un mod\u00e8le encore plus ancien\".<br \/>Que pouvons-nous faire aujourd'hui de cet \"h\u00e9ritage archa\u00efque\" lorsqu'il s'agit d'un groupe psychoth\u00e9rapeutique d'enfants ou de pr\u00e9-adolescents ?<br \/>Si nous ent\u00e9rinons l'hypoth\u00e8se pr\u00e9c\u00e9dente, \"l'objet\" d\u00e9vor\u00e9 par les enfants en situation de th\u00e9rapie de groupe, quelle que soit la forme sous laquelle apparaisse cet \"objet\" ne serait autre que le p\u00e8re de la horde primitive, le p\u00e8re despote archa\u00efque.<br \/>Les repr\u00e9sentations qui nous sont propos\u00e9es par les enfants sembleraient pouvoir illustrer d'une fa\u00e7on saisissante les sp\u00e9culations freudiennes. Ainsi, dans le groupe II, il est \u00e9voqu\u00e9, lors des toutes premi\u00e8res s\u00e9ances, le temps lointain de la pr\u00e9histoire (th\u00e8me fr\u00e9quent dans la p\u00e9riode initiale, ce dont pourraient t\u00e9moigner bon nombre de psychoth\u00e9rapeutes de groupe d'enfants). Il est ici fantasm\u00e9 que les singes, avant de devenir des hommes, tuent un mammouth. Fait suite une sorte de chaos, pour enfin, lors de la m\u00eame s\u00e9ance, revenir \u00e0 une mise en ordre, y compris dans le langage : \"C.M.P.P, \u00e7a veut dire Centre M\u00e9dico-Psycho-P\u00e9dagogique\".<br \/>Le mammouth ne serait autre qu'un p\u00e8re primitif, et qui, lors de la s\u00e9ance suivante, prend figure humaine pour, en signe de r\u00e9torsion, tuer \u00e0 son tour le singe qui veut s'approprier une dame. Freud proposerait probablement symboliquement un des fr\u00e8res du clan voulant s'approprier la m\u00e8re.<br \/>Il est \u00e9galement tr\u00e8s int\u00e9ressant de noter que lors de la quatri\u00e8me s\u00e9ance, suite \u00e0 une image de p\u00e8re fautif o\u00f9 il est question \u00e0 nouveau d'incorporation, d'ingestion, nous rencontrons un nouveau personnage mi-homme (en bas) mi-chien (en haut).<br \/>Cette repr\u00e9sentation combinant homme et animal serait pour Freud un signe du retour du refoul\u00e9 s'exprimant dans un long passage parsem\u00e9 de phases de transition dont nous avons ici une possible illustration : \"D'abord, le Dieu \u00e0 forme humaine porte encore la t\u00eate de l'animal, plus tard il se m\u00e9tamorphose de pr\u00e9f\u00e9rence en cet animal particulier, ensuite cet animal est sacr\u00e9 \u00e0 ses yeux et devient son animal favori, ou bien il a tu\u00e9 l'animal et porte lui-m\u00eame une \u00e9pith\u00e8te qui en rappelle le nom. Entre l'animal tot\u00e9mique et le Dieu surgit le h\u00e9ros, fr\u00e9quemment comme phase pr\u00e9alable de la divinisation (...). Enfin se produit la d\u00e9cision de r\u00e9server toute la puissance \u00e0 un Dieu unique (...). A ce moment seulement, la souverainet\u00e9 du p\u00e8re de la horde primitive se trouva r\u00e9tablie...\"<br \/>C'est un enfant du groupe qui lors de cette m\u00eame s\u00e9ance et en guise de conclusion, annonce une prochaine c\u00e9r\u00e9monie incorporative, \u00e9non\u00e7ant ainsi la p\u00e9rennit\u00e9 du repas tot\u00e9mique.<br \/>Dans le groupe III, il s'agit d\u00e8s la s\u00e9ance inaugurale d'un homme pr\u00e9historique qui d\u00e9barquait au XXe si\u00e8cle. Celui que je d\u00e9nomme \"le visiteur\" vient ainsi hanter les esprits du groupe. Il prend rapidement l'aspect d'un fant\u00f4me au moment pr\u00e9cis o\u00f9 l'un des membres du groupe est absent.<br \/>La repr\u00e9sentation du fant\u00f4me est sans nul doute polyc\u00e9mique. Elle symbolise et condense l'inconnu projet\u00e9 sur le groupe, sur le th\u00e9rapeute, sur l'enfant absent, mais peut-\u00eatre \u00e9galement ce revenant des temps primitifs, ce mort-vivant et qui finalement se transforme en vampire.<br \/>Il est frappant de constater, \u00e0 la suite de Freud, que le Dieu primitif des tribus jeunes, Yahv\u00e9, le Dieu des volcans, appara\u00eet comme un d\u00e9mon inqui\u00e9tant, avide de sang, qui r\u00f4de la nuit et fuit le jour. Que serait-ce sinon un vampire ?<br \/>Nous pourrions alors avancer cette hypoth\u00e8se : le dieu primitif, le soi-disant p\u00e8re de la pr\u00e9histoire, serait un dieu vampirique, un dieu oral, et la seule fa\u00e7on de le ma\u00eetriser serait de la manger avant d'\u00eatre d\u00e9vor\u00e9, d\u00e9vitalis\u00e9 par lui, vid\u00e9 de son sang.<br \/>Cela comporterait deux avantages non n\u00e9gligeables : d'une part incorporer le d\u00e9mon permettrait d'\u00e9carter en partie le danger, d'autre part c'est un moyen de s'identifier \u00e0 lui et de lui prendre sa puissance (et ceci doublement : manger du puissant rend puissant, sur le mod\u00e8le alimentaire, comme gain d'\u00e9nergie ; et l'acte d'incorporer sur le mod\u00e8le identificatoire apporte \u00e9galement la puissance).<br \/>Ceci est tr\u00e8s clairement exprim\u00e9 par un enfant qui souligne le gain de force apport\u00e9 par l'incorporation de fant\u00f4me, le fant\u00f4me-vampire ing\u00e9r\u00e9 a maintenant les yeux rouges et est muscl\u00e9 (apport vital de sang, de muscles).<br \/>Toutefois, il est bien clair qu'avaler un fant\u00f4me ne peut tout \u00e0 fait permettre de se pr\u00e9munir de l'inqui\u00e9tude initiale. Devenir soi-m\u00eame un fant\u00f4me, un mort-vivant, g\u00e9n\u00e8re une angoisse nouvelle comme semblent en t\u00e9moigner l'excitation et l'agressivit\u00e9 cons\u00e9cutives.<br \/>Est-ce ici un nouveau signe que l'incorporation est un passage important mais non pas suffisant ?...<br \/>Nous pourrions maintenant nous poser la question suivante : ce d\u00e9mon a-t-il un sexe, est-il sexu\u00e9 ? Pour Freud, il est tout \u00e0 fait clair qu'il s'agit l\u00e0 d'un homme, d'un p\u00e8re, d'une image paternelle.<br \/>Ce que nous livre la clinique de groupe d'enfants est moins net (et ce n'est bien s\u00fbr pas un hasard). Si l'homme pr\u00e9historique n'offre pratiquement pas d'ambigu\u00eft\u00e9, il n'en est pas de m\u00eame du mammouth dans la consonance n'est pas sans rappeler la m\u00e9m\u00e9 du groupe I (s\u00e9ance 3), c'est-\u00e0-dire une image maternelle, au fond l'imago d'une m\u00e8re archa\u00efque et toute-puissante . Par ailleurs, en quoi un vampire serait-il plut\u00f4t un homme qu'une femme, masculin que f\u00e9minin ?<br \/>En fait, ce que nous pouvons bien souvent relever, c'est une image condens\u00e9e, tout \u00e0 la fois paternelle et maternelle.<br \/>Derri\u00e8re le sexe apparant de la figure primitive, se cache l'autre sexe. Derri\u00e8re le p\u00e8re primitif se cache la m\u00e8re archa\u00efque. Nous en avons une merveilleuse illustration dans ce Belfegor qui fit fr\u00e9mir le Mus\u00e9e du Louvre et nos psychismes \"accroch\u00e9s\" au petit \u00e9cran.<br \/>D\u00e8s lors, nous pourrions nous demander s'il ne s'agit pas l\u00e0 d'une repr\u00e9sentation de parents combin\u00e9s. Il ne serait plus exactement question du meurtre du \"p\u00e8re\" mais plut\u00f4t d'une tentative de meurtre de sc\u00e8ne primitive archa\u00efque o\u00f9 les parents sont confondus. Ce qui est tu\u00e9, c'est une sc\u00e8ne originaire ; c'est aussi un acte (la sc\u00e8ne d'un acte).<br \/>Un acte tue un autre acte.<br \/>Par ailleurs, si l'hypoth\u00e8se freudienne est s\u00e9duisante, une certaine partie de son contenu nous pose au moins deux types de probl\u00e8mes.<br \/>D'une part, concernant la question de l'h\u00e9ritage archa\u00efque, nous pourrions nous demander avec E. Enriquez (6) s'il est n\u00e9cessaire de postuler l'h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 des caract\u00e8res acquis ou des \u00e9v\u00e8nements traumatiques. Et si le meurtre \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, de quelque nature qu'il soit, ne se pr\u00e9sente pas obligatoirement comme la r\u00e9p\u00e9tition d'un \u00e9v\u00e8nement ant\u00e9rieur mais comme relevant de l'ordre de la n\u00e9cessit\u00e9 (le p\u00e8re doit \u00eatre tu\u00e9) ou comme un fantasme organisateur de la personnalit\u00e9 et de la culture.<br \/>D'autre part, il y aurait dans le mythe de Totem et Tabou un \u00e9vitement. Pour D. Anzieu (2), cet \u00e9vitement r\u00e9side dans une restructuration effectu\u00e9e apr\u00e8s-coup, lors de la phase oedipienne, d'un fantasme de la phase orale.<br \/>J. Kristeva (1, pour sa part, souligne que \"la figure f\u00e9minine ou maternelle hante une grande partie de ce livre et continue \u00e0 en former l'arri\u00e8re-fond...\"<br \/>Freud, en se concentrant sur le meurtre du p\u00e8re, aurait ainsi finalement mis de c\u00f4t\u00e9 ce qui semblait important dans sa r\u00e9flexion initiale : la phobie de l'inceste.<br \/>Ces diff\u00e9rents propos mettent finalement l'accent, si l'on y regarde bien, sur un point : l'articulation qui reste toujours \u00e0 faire entre oralit\u00e9, incorporation, cannibalisme et d'une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la question oedipienne. Nous y reviendrons.<br \/>Je souhaiterais pour l'instant avancer sur le terrain du\u00a0<strong>deuil<\/strong>, c'est-\u00e0-dire en tentant de prolonger le parcours freudien, avancer sur le terrain du meurtre.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>B\/\u00a0<strong>AUTOUR<\/strong>\u00a0DU MEURTRE ET DU SACRIFICE<\/p><p>1\/ Le double meurtre<\/p><p>S'il y a\u00a0<strong>deuil<\/strong>, il y a mort, et s'il y a mort nous dit Freud dans Totem et Tabou, il y a meurtre.<br \/>Revisitons \"Mo\u00efse\". Mo\u00efse en s'instituant \u00e9lu de Dieu et en choisissant son peuple, se doit de tuer Akh\u00e9naton. Tout en ravivant une tradition, il la modifie, c'est-\u00e0-dire essentiellement en imposant la loi mosa\u00efque.<br \/>Puis il emm\u00e8ne son peuple vers la terre promise. Le peuple \"\u00e9gyptien\" de l'exode, lui, ne pouvait tuer son leader, son Dieu, car il n'\u00e9tait alors que trop pr\u00e9cieux. C'est une premi\u00e8re phase o\u00f9 le meneur est indispensable. S'il le tue, ce ne peut \u00eatre que par incorporation ; on ne peut imaginer l'exode sans son chef pour le mener \u00e0 bien.<br \/>C'est le peuple s\u00e9mite d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 sur la terre devenue plus tard Isra\u00ebl qui, selon Freud, aurait \u00e9limin\u00e9 Mo\u00efse.<br \/>En fait, il s'agit de la \"v\u00e9rit\u00e9 historique\", nous pourrions entrevoir l'exode comme une m\u00e9taphore d'un temps psychique n\u00e9cessaire \u00e0 la constitution d'un peuple.<br \/>Le d\u00e9but de l'exode, c'est le premier acte fondateur o\u00f9 Mo\u00efse rompt le lien de filiation, \u00e9quivalent \u00e0 un premier \"meurtre\".<br \/>Un meurtre oral car devant prendre en charge, d'une certaine fa\u00e7on, la succession phytog\u00e9n\u00e9tique des parricides.<br \/>Le deuxi\u00e8me acte fondateur, c'est le meurtre sur la personne de Mo\u00efse, qui instaure v\u00e9ritablement le peuple juif, et am\u00e8ne la loi du p\u00e8re ; car si nous avions vu que l'incorporation du chef de la horde primitive permettait de s'attribuer la puissance du p\u00e8re, il est utile de pr\u00e9ciser que s'effectue dans le m\u00eame temps l'introjection de son pouvoir interdicteur.<br \/>Dans un premier temps, c'est le peuple \u00e9gyptien qui emm\u00e8ne Mo\u00efse avec lui, ou dans lui, l'ayant incorpor\u00e9, puis dans un second temps, il l'\u00e9limine, s'en d\u00e9tache, le rejette.<br \/>S'il faut trois g\u00e9n\u00e9rations pour assurer une filiation, il faut donc un \"double meurtre\" pour acc\u00e9der \u00e0 l'oedipe : sch\u00e9matiquement, un premier meurtre oral, cannibalique, et un deuxi\u00e8me, anal.<br \/>Nous pourrions nous demander si les doubles c\u00e9r\u00e9monies fun\u00e9raires de certaines tribus primitives ne viennent pas en \u00e9cho \u00e0 ce qui vient d'\u00eatre \u00e9voqu\u00e9. Comme nous le pr\u00e9cise A. Green (14) : \"Tout d'abord, le p\u00e8re est consomm\u00e9, les meurtriers lui redonnent vie par cette nouvelle conception qui aboutit \u00e0 une renaissance, puis celle-ci est bient\u00f4t suivie de sa deuxi\u00e8me mort par l'\u00e9limination de son cadavre excr\u00e9mentiel (...). Tuer le p\u00e8re ne met pas fin \u00e0 son existence et ne r\u00e9sout pas le complexe paternel\". Une seconde phase est n\u00e9cessaire. Ou vu sous un angle quelque peu diff\u00e9rent, un rappel de Freud (7) cette fois : une premi\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie qui signifie la disparition du corps, un deuxi\u00e8me qui envoie d\u00e9finitivement au royaume des morts.<br \/>Mais revenons \u00e0 nos agneaux. Il est remarquable de constater que, tout comme Mo\u00efse, si je puis me permettre ce \"rapprochement\", le th\u00e9rapeute se choisit un groupe. C'est lui qui pose la premi\u00e8re pierre, qui donne un premier \u00e9lan, qui dicte des lois, et qui propose aux enfants de sortir d'un certain \"esclavage\" psychique. Il fournit un syst\u00e8me symbolique. Il est don d'amour et de refus d'amour ; et Mo\u00efse bien que non despotique, contrairement au chef de la horde, souligne Enriquez (6), \"est en m\u00eame temps sa r\u00e9incarnation et il doit subir le m\u00eame sort (...). Le destin du grand homme, c'est d'\u00eatre tu\u00e9. C'est \u00e0 cette seule condition que les peuples peuvent vivre, d'o\u00f9 ce paradoxe : sans grand homme, pas de peuple ; sans meurtre du grand homme, pas de peuple non plus\".<br \/>Dans nos\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques, nous retrouverions les deux temps cit\u00e9s plus haut : un temps initial en r\u00e9f\u00e9rence au meurtre de la figure archa\u00efque qui \u00e0 l'occasion du temps de crise correspondant au d\u00e9but du traitement en groupe, resurgit comme retour du refoul\u00e9 (et r\u00e9activait les pulsions orales et anales), puis afin de le perp\u00e9tuer et de fonder un nouveau groupe, c'est-\u00e0-dire avec une v\u00e9ritable existence de groupe tiss\u00e9e de liens solides, et non un simple conglom\u00e9rat d'individus, un second meurtre s'av\u00e9rerait n\u00e9cessaire : le meurtre du th\u00e9rapeute, symboliquement s'entend.<br \/>Le th\u00e9rapeute doit donc accepter d'\u00eatre tu\u00e9. Ce sera l'une des conditions sine qua non du bon d\u00e9roulement de la dynamique groupale.<\/p><p>2\/ Le bouc-\u00e9missaire<\/p><p>Tout d'abord, il est important de souligner que le th\u00e9rapeute n'est pas, dans le groupe, le premier \u00e0 \u00eatre attaqu\u00e9, malmen\u00e9, ou pourrait-on dire, envoy\u00e9 au diable. Une des phases que l'on retrouve de fa\u00e7on quasi syst\u00e9matique dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0psychoth\u00e9rapeutiques d'enfants, est celle du bouc-\u00e9missaire.<br \/>Le ph\u00e9nom\u00e8ne vaut la peine que nous nous y arr\u00eations.<br \/>Bouc-\u00e9missaire est une expression qui viendrait du grec \"apopompa\u00efos\" signifiant : \"qui \u00e9carte les fl\u00e9aux\". La traduction du texte h\u00e9breu serait : \"destin\u00e9 \u00e0 Azarel\". Azarel est le nom d'un d\u00e9mon ancien cens\u00e9 habiter dans le d\u00e9sert.<br \/>L'action rituelle dont le bouc fait l'objet est ainsi d\u00e9crite : \"Aaron lui posera les deux mains sur la t\u00eate et confessera \u00e0 sa charge toutes les fautes des enfants d'Isra\u00ebl, toutes leurs transgressions et tous leurs p\u00e9ch\u00e9s. Apr\u00e8s en avoir ainsi charg\u00e9 la t\u00eate du bouc, il l'enverra au d\u00e9sert sous la conduite d'un homme qui se tiendra pr\u00eat, et le bouc emportera sur lui toutes les fautes dans un lieu aride\" (Cf. XVI du L\u00e9vitique).<br \/>Ren\u00e9 Girard (13) nous rappelle ce passage puis \u00e9met l'hypoth\u00e8se suivante : les grandes pers\u00e9cutions sont d\u00e9clench\u00e9es par des crises sociales graves, au moment o\u00f9 les r\u00e8gles et les diff\u00e9rences qui d\u00e9finissent l'ordre culturel risquent d'\u00eatre remises en cause ; \"ce n'est jamais la diff\u00e9rence qui obs\u00e8de les pers\u00e9cuteurs (malgr\u00e9 ce que l'on serait tent\u00e9 de croire, les victimes bien souvent d\u00e9sign\u00e9es \u00e9tant les malades, les fous, les infirmes, etc...), mais c'est toujours son contraire indicible, l'indiff\u00e9renciation\".<br \/>Ainsi, le bouc-\u00e9missaire appara\u00eetrait au moment o\u00f9 un groupe social se sentirait en danger \u00e0 cause d'un risque de r\u00e9gression \u00e0 un niveau d'indiff\u00e9renciation trop important ; et il pr\u00e9cise : \"Ce n'est pas l'apparition du ph\u00e9nom\u00e8ne qui serait pathologique mais sa fixation et la r\u00e9p\u00e9tition st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e\".<br \/>Dans leur article, \"Quelques hypoth\u00e8ses sur le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc-\u00e9missaire (4), J.B. Chapelier et C. Neuville tentent de montrer comment ce ph\u00e9nom\u00e8ne universel est li\u00e9 \u00e0 la constitution naturelle des\u00a0<strong>groupes<\/strong>, comme repr\u00e9sentant le stade le plus archa\u00efque de diff\u00e9renciation. Cette position de bouc-\u00e9missaire si difficile qu'elle soit \u00e0 tenir et \u00e0 vivre dans le groupe, a toutefois une fonction protectrice. L'une de ces fonctions est de pr\u00e9server l'adulte garant de la constitution, de la cr\u00e9ation et de la continuit\u00e9 du groupe. Le th\u00e9rapeute exclu pr\u00e9matur\u00e9ment laisserait le groupe dans l'abandon, les enfants \u00e9tant dans cette phase initiale encore extr\u00eamement d\u00e9pendants. Le d\u00e9sir de fuir cet \u00e9tat de d\u00e9pendance est pr\u00e9sent, mais les membres du groupe n'ont pas encore les moyens de l'assumer.<br \/>Un bon nombre de rituels tir\u00e9s de l'histoire ou de l'ethnographie t\u00e9moignent de sacrifices dont les victimes sont les repr\u00e9sentants du pouvoir, les rois ou un homme pouvant les repr\u00e9senter, un vieillard par exemple ; mais c'est aussi par d\u00e9placement ou par inversion un enfant, un pauvre, ou le fr\u00e8re du roi. On retrouve cette destruction dans le\u00a0<strong>groupes\u00a0<\/strong>o\u00f9 le bouc-\u00e9missaire peut \u00eatre le leader, mais tout aussi bien l'enfant le plus d\u00e9muni, le plus fragile.<br \/>Il appara\u00eet ainsi que l'enfant bouc-\u00e9missaire re\u00e7oit un certain nombre de projections n\u00e9gatives en lieu et place du th\u00e9rapeute. C'est donc dans un second temps \u00e0 ce dernier, au moyen d'un commentaire, de donner la possibilit\u00e9 de faire revenir sur lui ces projections. Dans le cas o\u00f9 il n'assume pas ce r\u00f4le de r\u00e9ceptacle des mauvais objets, des d\u00e9chets, refusant de vivre des affects d\u00e9pressifs , le groupe se structure\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de l'enfant bouc-\u00e9missaire, reproduisant, nous pr\u00e9cisent J.B. Chapelier et C. Neuville, \u00e9ternellement cette oscillation paradoxale : \"On t'attaque car tu emp\u00eaches le groupe de se constituer unitairement mais on te garde pour nous prot\u00e9ger de l'indiff\u00e9renciation\".<br \/>Ces auteurs reprendront l'extrait suivant de la Bible : \"Le grand pr\u00eatre attachait un fil de laine rouge aux cornes d'un bouc et ce fil devait \u00eatre divis\u00e9 en deux brins, l'un accroch\u00e9 aux cornes et l'autre au rocher ; ainsi, quand le bouc \u00e9tait pouss\u00e9 dans le vide, le fil \u00e9tait d\u00e9tress\u00e9\". De cet \u00e9l\u00e9ment, ils concluaient que la chute du bouc \u00e9voque l'arrachement des liens d'agrippement du b\u00e9b\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re avec la d\u00e9tresse qui en r\u00e9sulte.<br \/>Il est donc de plus en plus clair que le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc-\u00e9missaire t\u00e9moigne d'un niveau de probl\u00e9matique primaire, archa\u00efque.<br \/>Le brin rouge \u00e9voque bien s\u00fbr le cordon ombilical et le lien du sang, c'est-\u00e0-dire au fond une naissance. De quelle naissance s'agit-il pour le groupe ?<br \/>Nous pourrions attribuer \u00e0 tort la naissance d'un groupe \u00e0 ce temps de la rencontre initiale entre l'ensemble des membres. La p\u00e9riode du bouc-\u00e9missaire ne pr\u00e9figure-t-elle pas au fond une v\u00e9ritable naissance dans une premi\u00e8re tentative d'\u00e9laboration d'un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de s\u00e9paration, un temps initiatique entra\u00eenant une diff\u00e9renciation g\u00e9n\u00e9rationnelle, c'est-\u00e0-dire une premi\u00e8re reconnaissance d'une diff\u00e9rence entre adultes et enfants.<br \/>Ceci nous int\u00e9resse au plus haut point et nous ram\u00e8ne \u00e0 une pr\u00e9c\u00e9dente hypoth\u00e8se : nous avons vu que la figure archa\u00efque incorpor\u00e9e dans les d\u00e9buts du groupe semble renvoyer en fait \u00e0 une repr\u00e9sentation de parents combin\u00e9s, une sc\u00e8ne primitive archa\u00efque, o\u00f9 les protagonistes sont indiff\u00e9renci\u00e9s.<br \/>Une nouvelle perspective consisterait \u00e0 entrevoir l'\u00e9v\u00e8nement incorporatif et l'\u00e9v\u00e8nement................. comme deux voies ayant pour m\u00eame fonction la ma\u00eetrise sur un couple fantasm\u00e9, fondateur du groupe ; ceci qu'il s'agisse du couple de coth\u00e9rapeutes, ou d'un th\u00e9rapeute seul (\u00e0 noter en effet que l'on trouve des repr\u00e9sentations de parents combin\u00e9s dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0en monoth\u00e9rapie).<br \/>Il est remarquable \u00e0 cet \u00e9gard de relever l'une des r\u00e9flexions de J.B. Chapelier et C.Neuville : \"Le bouc-\u00e9missaire est le seul constituant groupal qui permettre d'attaquer par la bande les cr\u00e9ateurs omnipr\u00e9sents sous la forme indiff\u00e9renci\u00e9e de parents combin\u00e9s\".<br \/>Si ces auteurs insistent sur l'angoisse d'\u00eatre pris \u00e0 l'int\u00e9rieur m\u00eame de la sc\u00e8ne primitive archa\u00efque, tourbillon excitant et g\u00e9n\u00e9rant des attaques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, je retiendrai surtout pour ma part la tentative de dompter l'adulte ou les adultes, d\u00e9fense, me semble-t-il, contre l'angoisse li\u00e9e \u00e0 la reconnaissance d'un couple originaire du groupe.<br \/>L'incorporation et le sacrifice seraient deux facettes d'un m\u00eame mouvement, celui d'une lutte contre un travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0au sens \u00e9largi, un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0que nous commen\u00e7ons peut-\u00eatre \u00e0 pouvoir cerner. Ce dernier implique, nous le savons bien, toujours un retrait et les deux \"\u00e9v\u00e8nements\" cit\u00e9s permettent alors de recr\u00e9er un lien dans le groupe.<br \/>Nous constatons aussi que d\u00e8s les premi\u00e8res s\u00e9ances, le th\u00e9rapeute doit \u00eatre en mesure de supporter une phase d\u00e9pressive. C'est un moment particuli\u00e8rement \u00e9prouvant o\u00f9 il se sent exclu, inutile, voire incomp\u00e9tent. S'il ne peut y faire face, il est fr\u00e9quent qu'un enfant du groupe doive malgr\u00e9 lui \"assumer\" cette t\u00e2che. C'est bien s\u00fbr un enfant dont la probl\u00e9matique rencontre ce statut de bouc-\u00e9missaire.<br \/>Cette \u00e9tape marqu\u00e9e par le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc-\u00e9missaire sacrifiant un membre du groupe, puis le th\u00e9rapeute, ne peut toutefois pas \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 un meurtre symbolique. Les choses n'en sont pas encore l\u00e0, j'entends, nous sommes encore loin d'une \"accessibilit\u00e9\" \u00e0 l'oedipe.<br \/>Il est frappant de constater que le bouc-\u00e9missaire dans la p\u00e9riode initiale, n'est jamais tout \u00e0 fait exclu, mais bien gard\u00e9 tant il est n\u00e9cessaire \u00e0 la dynamique groupale. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'ancien testament, il s'agirait l\u00e0 plut\u00f4t du premier bouc sacrifi\u00e9 \"sur place\", le deuxi\u00e8me \u00e9tant, nous le savons, envoy\u00e9 dans le d\u00e9sert. L\u00e0 encore, nous retrouvons cette double sanction, dynamique en deux temps successifs.<\/p><p>3\/ Disparitions, ruptures, absences<\/p><p>Ceci m'am\u00e8ne \u00e0 une autre interrogation concernant pr\u00e9cis\u00e9ment des d\u00e9parts d'enfants, des\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0que j'ai pu animer, en l'occurrence ceux cit\u00e9s plus haut (I, II, III).<br \/>Dans chacun de ces\u00a0<strong>groupes<\/strong>, ou deux enfants, pour des raisons vari\u00e9es, ont arr\u00eat\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 leur traitement. Cette r\u00e9p\u00e9tition, dans un premier temps, ne pouvait que m'interroger sur mon contre-transfert qu'il \u00e9tait plus ou moins ais\u00e9 d'analyser suivant les p\u00e9riodes et les circonstances de ces ruptures. Ayant eu par la suite l'occasion d'entendre r\u00e9guli\u00e8rement parler d'autres\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0anim\u00e9s par des coll\u00e8gues, je me rendis compte que ces d\u00e9parts \u00e9taient extr\u00eamement fr\u00e9quents, et bien souvent rest\u00e9s dans l'ombre, vite oubli\u00e9s, banalis\u00e9s par les animateurs ou les th\u00e9rapeutes. Ceci, sous la forme de rationalisations s'appuyant sur les impond\u00e9rables classiques (d\u00e9m\u00e9nagement, entr\u00e9e dans un internat, effet de la rupture des vacances d'\u00e9t\u00e9, parents ne supportant pas l'\u00e9volution et retirant l'enfant). Mouvement d\u00e9fensif auquel je n'ai pas \u00e9chapp\u00e9 afin de lutter contre la perte r\u00e9activant des angoisses de s\u00e9paration et\/ou de castration. Ou bien c'\u00e9tait le soulagement qui l'emportait, d\u00e9termin\u00e9 par le fait que l'enfant parti \u00e9tait justement celui qui posait probl\u00e8me au groupe... et au th\u00e9rapeute.<br \/>Il arrive que nous \u00e9prouvons le sentiment de ne rien pouvoir faire pour emp\u00eacher un enfant de partir et de se sentir dans l'impuissance de pouvoir le faire revenir dans le groupe.<br \/>Si toutes les raisons indiqu\u00e9es ci-dessus peuvent jouer un r\u00f4le dans la rupture d'un enfant, il n'en reste pas moins qu'il y a lieu de s'interroger et tenter de cerner les motivation inconscientes qui la g\u00e9n\u00e8rent.<br \/>Nous serions tent\u00e9s une fois encore d'avancer l'hypoth\u00e8se d'une exclusion sacrificielle de l'enfant en lieu et place du th\u00e9rapeute. Mais qu'en est-il vraiment ?<br \/>Le plus souvent, ces d\u00e9parts ont lieu dans une p\u00e9riode avanc\u00e9e de la dynamique groupale, et o\u00f9 l'excitation est de nouveau mont\u00e9e \u00e0 un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9, par exemple sous forme de lancer d'objets divers, traversant la pi\u00e8ce, atteignant les enfants mais aussi l'adulte. Si toutefois ce dernier n'est pas toujours touch\u00e9, les projectiles p\u00e9n\u00e8trent une zone extr\u00eamement proche de lui. Lorsqu'il est atteint, les enfants accompagnent leurs excuses d'un large sourire...<br \/>Si rien n'est \u00e9labor\u00e9 et\/ou verbalis\u00e9 au niveau de ces attaques qui manifestement concernent le th\u00e9rapeute, il me semble que l'on peut craindre le d\u00e9part d'un enfant ou des absences r\u00e9p\u00e9titives, aboutissant finalement \u00e9galement \u00e0 une rupture.<br \/>Cette fois, c'est la r\u00e9f\u00e9rence au deuxi\u00e8me bouc, celui vou\u00e9 au d\u00e9sert et destin\u00e9 \u00e0 Azarel, qui semble s'imposer.<br \/>Lors de cette seconde phase, certaines conditions sont r\u00e9unies pour que le groupe soit fond\u00e9 et plus ou moins autonome, ce qui lui permet d'assumer son ambivalence \u00e0 l'\u00e9gard de l'adulte.<br \/>C'est donc au th\u00e9rapeute d'\u00eatre suffisamment solide et disponible afin de recevoir le message meurtrier, ce qui autorisera l'ensemble des enfants \u00e0 franchir une nouvelle \u00e9tape et probablement la derni\u00e8re, celle d'un dernier\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 effectuer, celui du groupe. Nous y reviendrons.<br \/>Voyons bri\u00e8vement, comment dans le groupe I, l'un des enfants sera amen\u00e9 \u00e0 quitter le groupe avant son terme : appara\u00eet d\u00e8s la treizi\u00e8me s\u00e9ance l'id\u00e9e, le fantasme que quelqu'un serait \u00e0 tuer. C'est la guerre dans le groupie. Les bouts de craies fusent. C'est une p\u00e9riode o\u00f9 je me sens exclu, probable n\u00e9cessit\u00e9 afin que le groupe, dans cette premi\u00e8re phase d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crite, se constitue. Je tente de verbaliser cette exclusion en proposant : \"Pour que vous puissiez continuer \u00e0 vivre tranquillement et \u00e0 jouer, il faudrait...\" A ce moment pr\u00e9cis, un enfant m'interrompt et poursuit...\"tuer quelqu'un\". Un peu plus tard, dans cette m\u00eame s\u00e9ance, Lionel propose d'amener une arme \u00e0 billes glac\u00e9es.<br \/>A la trente-cinqui\u00e8me s\u00e9ance \u00e9merge l'id\u00e9e qu'il faudrait tuer Lionel, alors leader des enfants du groupe. Trois semaines plus tard, ce dernier am\u00e8ne un pistolet \u00e0 billes assez imposant, le dirige dans un premier temps vers lui, puis vers les autres. Enfin, il est de nouveau question de tuer le pr\u00e9sident (cf. s\u00e9ance ).<br \/>A la s\u00e9ance suivante, je demande qui est le pr\u00e9sident de ce groupe. Les enfants me d\u00e9signant, je leur souligne qu'ils pourraient venir ici avec leur col\u00e8re \u00e0 mon \u00e9gard, en avoir peur ainsi que de mes \u00e9ventuelles r\u00e9actions agressives en retour.<br \/>Miguel, un autre enfant du groupe, exprimera son d\u00e9sir de ne plus revenir apr\u00e8s les vacances d'\u00e9t\u00e9 et qu'un projet d'internat se fait jour pour lui.<br \/>Ce projet s'actualisera \u00e0 la rentr\u00e9e, et le d\u00e9part cons\u00e9cutif ne fragilisera que tr\u00e8s partiellement le groupe. Ceci, me semble-t-il, en lien avec le fait que Miguel a pu, apr\u00e8s beaucoup de r\u00e9sistances, revenir pour nous dire au revoir dans de bonnes conditions. C'\u00e9tait alors comme si le travail groupal avait pu, entre autres, pr\u00e9parer Miguel \u00e0 son entr\u00e9e pour l'internat et que conjointement, ce pr\u00e9adolescent avait pu, \u00e0 l'occasion de son d\u00e9part, pr\u00e9f\u00e9rer les autres enfants \u00e0 la fin du groupe .<br \/>Dans un dernier entretien individuel avec Miguel, je lui ai donn\u00e9 mon sentiment comme quoi, en dehors du soulagement qu'allait probablement procurer l'entr\u00e9e \u00e0 l'internat par rapport aux relations conflictuelles qu'il entretenait avec sa famille, il se sacrifiait. De fa\u00e7on assez surprenante pour moi, Miguel acquiesce, mais me donne aussit\u00f4t un exemple dans sa scolarit\u00e9, confirmant tout \u00e0 fait mon hypoth\u00e8se et intuition, aussi bien que sa derni\u00e8re s\u00e9ance de groupe avait marqu\u00e9s d'une grande \u00e9motion.<br \/>Nous avions \u00e9voqu\u00e9 l'id\u00e9e d'un sacrifice qui s'effectuerai de fa\u00e7on effective, dans l'acte, comme un d\u00e9faut......., de.........., d'\u00e9laboration, d'analyse. L'exemple pr\u00e9c\u00e9dent tendrait \u00e0 mod\u00e9rer cette hypoth\u00e8se (tout du moins \u00e0 en relativiser les aspects n\u00e9gatifs). Il est alors imp\u00e9ratif de se demander si l\u00e0 aussi, le d\u00e9part d'un membre du groupe ne serait pas li\u00e9 \u00e0 une certaine n\u00e9cessit\u00e9 qui serait \u00e0 interroger.<br \/>Cela nous am\u00e8ne \u00e0 un certain nombre de r\u00e9flexion : d'une part, si l'on se penche sur l'origine du sacrifice, il nous conduit \u00e0 un crime liminaire qui symboliquement, nous dit S. Freud, renverrait au meurtre du p\u00e8re ; un meurtre ne pouvant \u00eatre expi\u00e9 que par le sacrifice d'une autre vie. Dans le christianisme, la religion du fils remplace celle du p\u00e8re ; ainsi la troupe des fr\u00e8res consomme la chair et le sang du fils et non plus du p\u00e8re, se sanctifie et s'identifie avec lui par cette consommation. La communion chr\u00e9tienne est au fond une nouvelle \u00e9limination du p\u00e8re, une r\u00e9p\u00e9tition de l'acte qui exige d'\u00eatre expi\u00e9.<\/p><p>Dans quelle mesure le d\u00e9part d'un enfant, au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le d\u00e9sir se fait jour d'\u00e9liminer l'adulte, ne viendrait-il pas comme un acte \u00e0 resituer groupalement comme expiatoire. S'il g\u00e9n\u00e8re une certaine culpabilit\u00e9 (elle serait bien moindre que celle li\u00e9 au d\u00e9sir d'\u00e9liminer le th\u00e9rapeute), il permet toutefois, comme tout sacrifi\u00e9, de (re)cr\u00e9er \"le lien sacr\u00e9 entre participants et leur Dieu\".<br \/>D'autre part, et c'est un point sur lequel j'aimerai attirer l'attention, il est courant d'opposer\u00a0<strong>deuil<\/strong>, en lien avec la mort d'une personne proche, et\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0au sens \u00e9largi, c'est-\u00e0-diretout ce qui serait de l'ordre de la perte.<br \/>Une fa\u00e7on de traiter cette question serait, me semble-t-il, de consid\u00e9rer que le\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>est prototypique du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e9largi. Penser la perte exigerait en effet une repr\u00e9sentation \"d'un \u00e0 mourir\", \"d'un \u00e0 tuer\", s'appuyant sur l'exp\u00e9rience comme par.... le commun des mortels, de la perte d'un \u00eatre cher, exp\u00e9rience partageable, communicable, palpable, sociale et unifiante.<br \/>Et dans le\u00a0<strong>deuil<\/strong>, la perte douloureuse est finalement avant tout la perte de la partie de moi attach\u00e9e \u00e0 l'objet, partie se retrouvant \u00e0 vide ou \u00e0 \"vider\", \u00e0 \"liquider\", mais la perte interne, se \"travaille\", s'\u00e9taye pourrait-on dire, sur la perte externe, mort, disparition, frustration.<br \/>Nous avons donc un aper\u00e7u du\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>en d\u00e9but de situation de groupe, ainsi que dans le d\u00e9roulement de la dynamique groupale.<br \/>Penchons-nous maintenant sur la p\u00e9riode terminale qui sans nul doute, pourra nous \u00e9clairer sur l'ensemble du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0dans la psychoth\u00e9rapie de groupe d'enfants.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>C\/\u00a0<strong>AUTOUR\u00a0<\/strong>DU\u00a0<strong>DEUIL<\/strong>\u00a0ORIGINAIRE<\/p><p>1\/ Fin de groupe et avant-go\u00fbt du\u00a0<strong>deuil<\/strong><\/p><p>Je souhaiterais remonter \u00e0 l'\u00e9poque o\u00f9 je me pr\u00e9parais \u00e0 terminer le groupe III, et o\u00f9 mes pr\u00e9occupations \u00e9taient centr\u00e9es sur le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 faire du groupe des enfants dont j'avais \u00e0 me s\u00e9parer.<br \/>Cette anticipation sur un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 venir constitue un nouveau jalon\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de la r\u00e9flexion concernant le travail ou le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. A priori, parler de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0si je puis dire avant l'heure, para\u00eet absurde ou n\u00e9 d'une confusion, \u00e0 moins que cela ne soit avant tout l'expression d'une d\u00e9fense contre des angoisses de s\u00e9paration.<br \/>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, ce serait, me semble-t-il, se d\u00e9fendre de toutes les repr\u00e9sentations et affects douloureux en lien avec une s\u00e9paration prochaine. Penser pr\u00e9matur\u00e9ment au\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0pour \u00e9viter de penser \u00e0 la s\u00e9paration, cette perte m\u00eame qui pr\u00e9c\u00e8de justement le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>.<br \/>En quelque sorte, tenter une r\u00e9flexion sur le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0pour \u00e9viter le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>... Soit.<br \/>Tout en admettant cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se, la question initiale, celle d'un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 venir, m\u00e9rite que l'on s'y attarde.<br \/>A partir du moment, de l'instant o\u00f9 nous avons d\u00e9cid\u00e9 par exemple de la date d'arr\u00eat d'un groupe, n'y a-t-il pas quelque chose de l'ordre d'un nouveau\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qui se met en route. Ou plut\u00f4t, n'est-ce pas parce qu'un certain travail de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>est amorc\u00e9 qu'une date d'arr\u00eate peut \u00eatre envisag\u00e9e. Retenons cette derni\u00e8re proposition.<br \/>C'est S. Freud qui le premier nous invite \u00e0 une r\u00e9flexion sur ce qu'il appellera l'avant-go\u00fbt du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0dans son article sur la Verganglechkert ou l'\u00e9ph\u00e8m\u00e8re destin\u00e9e (9).<br \/>Freud, lors d'une promenade, converse avec un ami et un jeune po\u00e8te ; ces derniers se plaignent du caract\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la nature, des hommes, de l'art, les amenant \u00e0 des sentiments de d\u00e9go\u00fbt face au monde ou de r\u00e9volte devant cette r\u00e9alit\u00e9. Ainsi, selon eux, l'\u00e9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e du Beau conduirait \u00e0 sa d\u00e9valorisation. Freud s'inscrit en contre, mais son argumentation n'a visiblement aucun effet sur ses compagnons.<br \/>Il poursuit alors : \".... je d\u00e9duisais de cet insucc\u00e8s qu'un facteur affectif puissant intervenait pour troubler leur jugement, facteur que je crus plus tard avoir trouv\u00e9. Ce ne peut avoir \u00e9 t\u00e9 que la r\u00e9volte de l'\u00e2me contre le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0aussi a d\u00e9valoris\u00e9 chez eux la jouissance du Beau. Se repr\u00e9senter que ce Beau est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re donnait \u00e0 ces deux \u00eatres sensibles un avant-go\u00fbt du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0suscit\u00e9 par son d\u00e9clin, et comme l'\u00e2me se retire instinctivement de tout ce qui est douloureux, ils sentaient la jouissance qu'ils puisaient dans le Beau endommag\u00e9e par la pens\u00e9e de son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e\".<br \/>A noter au passage que si la promenade de Freud date d'ao\u00fbt 1913, p\u00e9riode o\u00f9 il vient de terminer Totem et Tabou, l'article y faisant r\u00e9f\u00e9rence est de novembre 1915, autre p\u00e9riode qui suit l'ach\u00e8vement du travail sur \"<strong>Deuil<\/strong>\u00a0et m\u00e9lancolie\" (.<br \/>L'hypoth\u00e8se freudienne nous rend plus compr\u00e9hensible les ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9volte et\/ou de retrait \u00e0 l'approche d'une perte, d'une s\u00e9paration. Cet avant-go\u00fbt permet \u00e0 l'ensemble des protagonistes concern\u00e9s par la s\u00e9paration de se pr\u00e9parer \u00e0 l'\u00e9v\u00e8nement douloureux. En fait, plus qu'un \u00e9v\u00e8nement bien circoncis dans le temps, il s'agit bien l\u00e0 plut\u00f4t d'une phase \u00e0 traverser et \u00e0 plusieurs \u00e9pisodes.<br \/>Lorsqu'il s'agit d'une fin de traitement, deux ph\u00e9nom\u00e8nes de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0se condensent, sont intriqu\u00e9s. D'une part, celui li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration des membres du groupe : chaque enfant va quitter l'ensemble des autres enfants avec qui il avait au fil du temps \u00e9tablit des liens diff\u00e9renci\u00e9s, et chaque enfant va quitter le groupe, c'est-\u00e0-dire qu'il doit faire face \u00e0 la perte anticip\u00e9e de l'entit\u00e9 groupe.<br \/>D'autre part, la phase terminale du groupe marque un passage, une nouvelle \u00e9tape pour chacun, y compris pour le th\u00e9rapeute. Si cette phase peut \u00eatre suffisamment travaill\u00e9e, elle donne l'occasion d'\u00e9laborer quelques aspects d'un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0mutatif pour les participants pouvant prendre la forme suivante : nous \u00e9tions venus avec certaines difficult\u00e9s, voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes aujourd'hui, voil\u00e0 ce que nous projetons pour demain.<br \/>De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ce bilan fait suite \u00e0 une retravers\u00e9e de l'ensemble des \u00e9tapes v\u00e9cues par le groupe, ceci quelquefois lors d'une m\u00eame s\u00e9ance, \u00e0 l'image d'un film en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, retra\u00e7ant l'histoire du groupe (comment ne pas penser aux instants pr\u00e9c\u00e9dant et\/ou pr\u00e9figurant la mort... nous y reviendrons).<br \/>Par ailleurs, cela s'accompagne conjointement de la re-connaissance d'un couple d'adultes autrement-dit les deux acteurs de la sc\u00e8ne primitive sont ici et maintenant, non seulement repr\u00e9sent\u00e9s, mais aussi identifi\u00e9s et diff\u00e9renci\u00e9s.<br \/>La sc\u00e8ne originaire est alors accept\u00e9e dans la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations, sans angoisse v\u00e9hicul\u00e9e, c'est-\u00e0-dire \u00e0 l'aide d'une repr\u00e9sentation d\u00e9livr\u00e9e du risque pour l'enfant d'\u00eatre m\u00eal\u00e9 \u00e0 cette sc\u00e8ne.<br \/>Dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0en coth\u00e9rapie, les deux th\u00e9rapeutes, dans cette phase terminale, sont d\u00e9sign\u00e9s comme sexu\u00e9s et pouvant s'unir, dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0en monoth\u00e9rapie, il est plut\u00f4t question de la femme (ou du mari) du (ou de la) th\u00e9rapeute.<br \/>Rejoignons sans plus attendre les interpr\u00e8tes nous contant cette histoire de fin de groupe; les extraits de s\u00e9ances suivantes (groupe II) t\u00e9moigneront, me semble-t-il, tout \u00e0 la fois de l'\u00e9volution des enfants et de la possibilit\u00e9 d'envisager une fin de traitement.<br \/>A la 52e s\u00e9ance, les enfants \u00e9voquent leurs progr\u00e8s scolaires et un d\u00e9part du groupe l'ann\u00e9e suivante.<br \/>Le d\u00e9but de la 57e s\u00e9ance est marqu\u00e9 par des contenus d'angoisse de castration : cass\u00e9 le bras, cass\u00e9 le pied, probl\u00e8me \u00e0 la cheville, etc... Puis un peu plus tard, Nathalie, une des filles du groupe, parlera de la r\u00e9union des parents. David pr\u00e9cise : \"Ma m\u00e8re y \u00e9tait aussi\". Pascal ajoute : \"Moi, je n'y \u00e9tait pas\". Nat conclut : \"C'est pas pour nous, c'est pour les parents\". Suit une sc\u00e8ne o\u00f9 les enfants transpercent un ballon de papier avec un barreau de chaise, la chaise \u00e9tant renvers\u00e9e. Ils pr\u00e9ciseront que c'est ma t\u00eate qui est ainsi transperc\u00e9e et vid\u00e9e. Je propose : \"Vous avez peut-\u00eatre l'impression que je pourrais, moi, vous transpercer la t\u00eate avec mes paroles?\"<br \/>\"Ah oui !\", dit Pascal, et il encha\u00eene en nous apprenant l'existence d'un carnet dans lequel il marque ce qui se dit au groupe du C.M.P.P....<br \/>La fin de s\u00e9ance est comme un long moment d'attente, plut\u00f4t serein : Nathalie semble filer un bout de laine, telle P\u00e9n\u00e9lope attendant le retour d'Ulysse. David parle d'attendre ; les gar\u00e7ons, du m\u00e9tier de leur p\u00e8re. Le fil du temps se d\u00e9roule...<br \/>J'ai le sentiment, ce jour-l\u00e0, qu'il s'agit d'un passage important pour les enfants. Certes, on peut y voir encore des contenus tr\u00e8s \u00e9rotis\u00e9s pouvant renvoyer \u00e0 une sc\u00e8ne primitive violente, mais \u00e9voluant vers quelque chose de plus sublim\u00e9 et secondaris\u00e9 : carnet intime, attente.<br \/>Retra\u00e7ons pour terminer l'essentiel de la 65e s\u00e9ance . Il est tout d'abord question des absences (deux enfants absents \u00e0 cette s\u00e9ance), en particulier celle de David \u00e0 la s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dente. Il faisait sa retraite pour pr\u00e9parer sa communion. Marie-Ange parle alors de son bapt\u00eame (\u00e0 venir), et du fait qu'elle ne sera peut-\u00eatre pas l\u00e0 l'ann\u00e9e prochaine. Je leur propose alors d'\u00e9changer sur ce th\u00e8me, et en guise de r\u00e9ponse, les enfants dessinent deux boules poilues et un p\u00e9nis. \"C'est Monsieur Chapelli\u00e8re !\"... bien s\u00fbr. Ceci faisant suite \u00e0 une commentaire sur mon retard. Les enfants ont bien rep\u00e9r\u00e9 que je discutais quelques instants auparavant avec la secr\u00e9taire et ils soulignent : \"Vous \u00e9tiez avec votre femme\". David se perche sur un meuble et dessine pendant que Marie-Ange fait des roues au milieu de la pi\u00e8ce ; puis cette derni\u00e8re d\u00e9chire le dessin. David ne se d\u00e9courage pas et en recommence un autre (je d\u00e9couvrirai plus tard qu'il s'agit d'un coeur trac\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une s\u00e9rie d'initiales). Marie-Ange le d\u00e9chire \u00e0 nouveau. M'interrogeant sur cette impossibilit\u00e9 \u00e0 garder ces dessins entiers, je repense \u00e0 l'\u00e9vocation de Marie-Ange concernant l'ann\u00e9e suivante : \"Je ne serais peut-\u00eatre pas l\u00e0\". Je le reprends en soulignant qu'ils pourraient se demander ce qui va se passer pour eux l'ann\u00e9e prochaine, y compris dans le groupe. David : \"Je serai en 6e.\" Je demande ce que cela peut repr\u00e9senter pour eux. Marie-Ange : \"Plein de profs et pas rester avec ce minable (moi), avoir un petit copain\". Je propose alors : \"Tout cela peut faire penser au moment, \u00e0 cette situation plus tard o\u00f9 l'on quitte papa et maman et qu'on l'on a une maison pour soi\". David : \"On se croirait dans un feuilleton !\" Fort de cet encouragement, je continue : \"Aller en 6e, c'est montrer que l'on grandit, que peut-\u00eatre vous n'\u00eates plus tout \u00e0 fait les m\u00eames qu'il y a deux ans quand vous avez commenc\u00e9 le groupe. \"Ah oui !\", dit David. Je demande : \"Qu'est-ce qui a chang\u00e9 ?\" Marie-Ange : \"Pas sexuel\", et elle marque au tableau : \"Monsieur Chapelli\u00e8re pue du cul et sexuelle\". Je termine en soulignant qu'il y a des enfants et des adultes, des diff\u00e9rences, des enfants qui grandissent et qui deviendront un jour des adultes. David conclut : \"On n'est plus des b\u00e9b\u00e9\". Fin de s\u00e9ance (Fin de latence ?).<br \/>A noter que je me suis concentr\u00e9 dans mes commentaires essentiellement sur un aspect, l'\u00e9volution des enfants, en mettant peut-\u00eatre de c\u00f4t\u00e9 tout ce qui pourrait \u00eatre li\u00e9 aux angoisses de fin de groupe, \u00e0 l'image de ce coeur \"d\u00e9chir\u00e9\" exprimant chagrin, d\u00e9pendance, s\u00e9paration, angoisses r\u00e9activ\u00e9s par l'absence de deux enfants ce jour-l\u00e0.<\/p><p>2\/ Le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire.<\/p><p>Progressivement,, au fil de d\u00e9tours successifs, la clinique nous laisse ainsi entrevoir l'\u00e9tablissement d'un lien entre\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et reconstruction d'une sc\u00e8ne originaire. Il est donc temps d'\u00e9voquer une r\u00e9flexion pouvant nous inciter \u00e0 tisser une trame encore plus solide entre ces deux notions. Il s'agit du travail de Paul-Claude Racamier\u00a0<strong>autour\u00a0<\/strong>du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0imaginaire (22). Ecoutons le : \"Par\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0imaginaire, je d\u00e9signe le\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>psychique fondamental par lequel le moi, d\u00e8s la prime enfance, avant m\u00eame son \u00e9mergence et jusqu'\u00e0 la mort, renonce \u00e0 la possession totale de l'objet, fait son\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>d'une mission narcissique absolue et d'une constance de l'\u00eatre ind\u00e9finie, et par ce\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>m\u00eame, qui fonde ses propres origines, op\u00e8re la d\u00e9couverte de l'objet comme le soi, et l'invention de l'int\u00e9riorit\u00e9. Le moi \u00e9tablit ainsi ses origines en reconnaissant qu'il n'est pas le ma\u00eetre absolu de ses origines. Pour \u00eatre encore plus concis, nous pourrions dire que le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire constitue la trace ardue, vivante et durable de ce qu'on accepte de perdre comme pris de toute d\u00e9couverte\".<br \/>Ce\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0de la toute-puissance, de la toute-possession n'est pas sans nous rappeler la \"d\u00e9sillusion\" ch\u00e8re \u00e0 D. W. Winnicott, ainsi que la \"position d\u00e9pressive\" de M. Klein ou encore le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0narcissique de M. Hanus.<br \/>L'appellation \"<strong>deuil\u00a0<\/strong>originaire\" pr\u00e9sente l'avantage \u00e0 mon sens, d'inscrire le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0dans une dimension temporelle, tout en le liant \u00e0 la question des origines. Il sugg\u00e8re la reconnaissance d'un couple fondateur \u00e0 partir duquel chaque sujet serait issu. C'est un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0qui renvoie \u00e0 la premi\u00e8re enfance et qui se poursuit toute la vie. P.C. Racamier nous pr\u00e9cise que ce qui est essentiel r\u00e9side, pourrait-on dire, dans la mise en route de ce\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0; et que cette travers\u00e9e du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire sera d\u00e9terminante pour tous les deuils \u00e0 venir. Un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0renvoie \u00e0 un autre\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0en cache un autre. Ainsi, \u00e0 partir du \"<strong>deuil<\/strong>\" li\u00e9 \u00e0 l'anticipation de la fin du groupe, peut s'effectuer une remont\u00e9e vers d'autres deuils, jusqu'au\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire. Tracer l'histoire des deuils travers\u00e9s dans le groupe, viendra en \u00e9cho avec l'histoire des deuils de chaque membre.<br \/>Ainsi, le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire ouvre la voie \u00e0 la possibilit\u00e9 d'\u00e9laborer l'ensemble des deuils auquel tout un chacun est soumis, et tous ces.......... de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0que nous traversons sont l'occsasion de consolider, voire de mettre en marche le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire.<br \/>Il est important de pr\u00e9ciser en quoi un traitement psychoth\u00e9rapique muni de l'outil psychanalytique, et en particulier un traitement de groupe facilite ce va-et-vient\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Ce sera l'objet d'un prochain chapitre.<\/p><p>3\/ Incorporation en fin de groupe ou la C\u00e8ne introjective<\/p><p>Je souhaiterais maintenant attirer l'attention sur les sc\u00e8nes incorporatives qui peuvent signer les fins de traitement de groupe.<br \/>Risquons la comparaison avec la C\u00e8ne christique. Comme nous avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9 l'importance pour le th\u00e9rapeute d'accepter d'\u00eatre tu\u00e9 symboliquement afin que le groupe acc\u00e8de \u00e0 sa phase terminale, c'est-\u00e0-dire o\u00f9 les membres sont en mesure de pouvoir se s\u00e9parer, il est essentiel de consid\u00e9rer le travail de tr\u00e9pas, au sens o\u00f9 M. de Muzan (20), accompli par le Christ qui lui rend possible, acceptable, sa mort.<br \/>Ici donc, l'incorporation correspond \u00e0 la fin d'un\u00a0<strong>processus<\/strong>, le \"banquet\" final n'est donc pas incorporatif [comme nous le sugg\u00e8rent N. Abraham et M. Torok (1)], mais bien plut\u00f4t anti-incorporatif, c'est-\u00e0-dire introjectif.<br \/>Il est remarquable de constater que l'aspect introjectif vient rencontrer le fait qu'il ne s'agit pas ici du p\u00e8re mais du fils qui est incorpor\u00e9. L\u00e0 encore, nous sommes en pr\u00e9sence d'un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0anticip\u00e9 dans la r\u00e9alisation d'un fantasme d'incorporation.<br \/>Ce sont les ap\u00f4tres qui tuent le Christ (la trahison est port\u00e9e par l'un d'eux), et tout \u00e0 la fois l'immortalisent. C'est en l'incorporant symboliquement qu'ils pourront s'identifier \u00e0 lui et r\u00e9pandre sa parole, oralement, mais aussi gr\u00e2ce aux \u00e9vangiles montrant bien la trace diff\u00e9renci\u00e9e laiss\u00e9e par l'histoire du r\u00e9dempteur ; ap\u00f4tres investis d'une mission qui sans nul doute, est empreinte de culpabilit\u00e9 et de d\u00e9sir r\u00e9parateur.<br \/>Par ailleurs, la mort du Christ renvoit \u00e0 l'\u00e9limination de celui qui a outrepass\u00e9 ses droits en n'ayant pas respect\u00e9 la loi tot\u00e9mique, puisqu'ayant pris la place du p\u00e8re, sinon celle du couple fondateur.<br \/>Nous pourrions dire maintenant : celui qui exprime le d\u00e9sir d'annuler la sc\u00e8ne primitive en l'incorporant, en annulant la diff\u00e9rence des g\u00e9n\u00e9rations, et tout \u00e0 la fois celui qui par son sacrifice, son acte expiatoire permet l'\u00e9laboration au niveau collectif du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0originaire. Ce n'est pas l'acte en lui-m\u00eame qui bien s\u00fbr le d\u00e9termine, mais l'acte en tant que couronnant une \u00e9tape, marquant la fin d'un travail, c'est l'acte catastrophique au sens beckettien, une issue, une conclusion, un ach\u00e8vement qui ne peut \u00eatre qu'inach\u00e8vement parce qu'il n'existe pas v\u00e9ritablement de fin, de conclusion, ni de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0d\u00e9finitivement liquid\u00e9.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>D\/\u00a0<strong>DEUIL<\/strong>\u00a0ET CASTRATION<\/p><p>Au point o\u00f9 nous en sommes et avant de tenter de rassembler les quelques hypoth\u00e8ses expos\u00e9es dans ce travail, l'abord de la question entre\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>et oedipe,\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et castration, est essentiel. Ceci nous invitera notamment \u00e0 une relecture de quelques s\u00e9ances cliniques.<\/p><p>1\/ Angoisse de s\u00e9paration et angoisse de s\u00e9paration<\/p><p>Tout d'abord, lors de la mise en groupe, l'enfant revit l'exp\u00e9rience douloureuse des toutes premi\u00e8res s\u00e9parations, ceci, pour retrouver un adulte ne r\u00e9pondant pas aux demandes de satisfaction.<br \/>Nous pouvons le constater plus ais\u00e9ment chez les jeunes enfants, et plus particuli\u00e8rement dans les premi\u00e8res s\u00e9ances, quelquefois de fa\u00e7on dramatique lors de la s\u00e9ance liminaire. Demande non satisfaite puisque le th\u00e9rapeute est l\u00e0 pour un travail analytique d'une part, et que d'autre part, l'enfant doit d'embl\u00e9e, c'est l'une des caract\u00e9ristiques du groupe, partager le th\u00e9rapeute avec ses cong\u00e9n\u00e8res.<br \/>L'intensit\u00e9 de l'excitation, voire le d\u00e9bordement personnel, ne trouve pas le r\u00e9ceptacle ou le transformateur d\u00e9sir\u00e9, et l'angoisse s'intensifie d'autant plus.<br \/>Cette angoisse, rappelant l'\u00e9tat de d\u00e9tresse originaire (Hiflosgkert), appara\u00eet, nous dit Freud (11) comme r\u00e9action \u00e0 l'absence ressentie de l'objet, et les analogies s'imposent, tant avec l'angoisse de castration, qui a aussi pour contenu la s\u00e9paration d'un objet tenu en haute estime, qu'avec l'angoisse la plus originaire (l'angoisse originaire de la naissance) qui est survenue lors de la s\u00e9paration de la m\u00e8re.<br \/>Nous pourrions ais\u00e9ment nous reposer sur la perspective d'un d\u00e9roulement du\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0th\u00e9rapeutique calque sur l'ontog\u00e9n\u00e8se. Nous serions cens\u00e9s retraverser chronologiquement les phases de notre d\u00e9veloppement psycho-affectif lors d'un traitement. Ainsi rep\u00e9rerions-nous volontiers les premi\u00e8res phases o\u00f9 dominent des angoisses et des d\u00e9fenses archa\u00efques ou pr\u00e9g\u00e9nitales, pour dans un temps ult\u00e9rieur identifier une dynamique, une probl\u00e9matique oedipienne. Peu de th\u00e9rapeutes y \u00e9chappent pour la simple et bonne raison que ce parcours est confirm\u00e9 par diverses exp\u00e9riences cliniques, signant dans le meilleur des cas un\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0de n\u00e9vrotisation auquel tout un chacun, ou presque, peut pr\u00e9tendre ; le patient dans son \u00e9volution, le th\u00e9rapeute dans son travail psychoth\u00e9rapeutique.<br \/>Bien s\u00fbr, des allers et retours, mouvements progressifs et r\u00e9gr\u00e9dients sont relev\u00e9s, ainsi que la dialectique archa\u00efque\/g\u00e9nital, l'un venant se d\u00e9fendre de l'autre, tour \u00e0 tour.<br \/>Mais ce serait sans compter sur la question du prototype et de l'apr\u00e8s-coup heureusement point\u00e9e par Jean Cornut (5). Je le cite : \"L'id\u00e9e du prototype passe par cele de l'apr\u00e8s-coup ; une exp\u00e9rience angoissante nouvelle, mieux am\u00e9nag\u00e9e, pourvue d'un sens et d'une efficacit\u00e9, donne en apr\u00e8s-coup un sens \u00e0 ce qui n'\u00e9tait jusqu'alors que d\u00e9tresse d\u00e9sorganis\u00e9e. Mais il y a plus : dans la mesure o\u00f9 l'angoisse de castration a une anciennet\u00e9, ou, si l'on veut, une pr\u00e9histoire, quand elle survient, au moment de l'acm\u00e9 phallique, elle est en quelque sorte d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Elle ne vient pas seulement signifier les d\u00e9tresses pr\u00e9c\u00e9dentes, elle am\u00e9nage et focalise les actuelles, et anticipe les futures. C'est ce en quoi l'angoisse de castration est structurante pour la psych\u00e9\".<br \/>\"L'angoisse (en 1925) n'est plus ce qu'elle \u00e9tait\", nous pr\u00e9cise-t-il encore. \"Son pivot c'est l'angoisse de castration, son prototype c'est ce qu'\u00e9prouve le nourrisson en l'absence de sa m\u00e8re, son devenir c'est la crainte des critiques du surmoi\"<br \/>Une articulation avec notre clinique s'impose.<br \/>Reprenons la quatri\u00e8me s\u00e9ance du groupe I, en d\u00e9tails. Le d\u00e9but est difficile, lourd. Il n'y a soi-disant.... rien \u00e0 dire. On s'ennuie. Seuls sont pr\u00e9sents les rires et les silences. Face \u00e0 ces divers am\u00e9nagements d\u00e9fensifs plut\u00f4t paralysant, je tente un lien avec la s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dente o\u00f9 il \u00e9tait question de la famille, je r\u00e9\u00e9voque le connu du c\u00f4t\u00e9 de la famille face \u00e0 l'inconnu du groupe.<br \/>Les enfants associent sur l'absence de Lionel ; il fait la lessive pour la famille, la lessive des parents.<br \/>Dans la foul\u00e9e, une autre id\u00e9e \u00e9merge : Lionel fait le facteur ; plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il remplace un premier facteur qui s'est cass\u00e9 le bras. Ainsi, il donnerait une lettre \u00e0 sa m\u00e8re o\u00f9 il est question d'un rendez-vous avec le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Un peu plus tard, un enfant propose : \"C'est le facteur le Pr\u00e9sident\".<br \/>Ici arrive donc en force le d\u00e9sir oedipien tentant de se frayer divers chemins. On y voit l'enfant ayant, par le regard et le toucher, acc\u00e8s au linge (souill\u00e9) du p\u00e8re et de la m\u00e8re ; c'est \u00e0 dire fantasmatiquement au co\u00eft parental.<br \/>Suit une image de castration, qui n'am\u00e8ne pas au renoncement, mais bien au contraire \u00e0 la r\u00e9alisation incestueuse - c'est-\u00e0-dire renversant l'encha\u00eenement freudien o\u00f9 l'angoisse de castration permet la sortie de l'oedipe. Nous serions l\u00e0 en pr\u00e9sence d'un fantasme ant\u00e9-oedipien au sens de Racamier.<br \/>Il est remarquable que la proposition, \"c'est le facteur le Pr\u00e9sident\" condense dans une m\u00eame formule la reconnaissance de la place du p\u00e8re et le d\u00e9sir de l'\u00e9vincer.<br \/>Les enfants marquent ensuite une pause ponctu\u00e9e de rires faisant office, me semble-t-il, de respiration. Je leur demande ce que nous pouvons comprendre de l'apparition de ces rires. Ils m'expliquent alors que c'est \u00e0 cause des chaussures avec les dents (r\u00e9f\u00e9rence aux chaussures de l'un d'entre eux, le bout pouvant \u00e9voquer une rang\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re de dents). Ces chaussures pourraient manger, soulignent-ils. Ils imaginent que des alligators seraient sous la pi\u00e8ce, \u00e9voquent le risque de tomber dans cette fosse, de se faire d\u00e9vorer. Puis vient l'id\u00e9e qu'ici m\u00eame, nous pourrions \u00eatre des alligators. Je fais retour sur le m\u00e9canisme de d\u00e9placement en leur demandant o\u00f9 sont les dents. Me r\u00e9pondant qu'ils sont bien dans la bouche, j'avance que si nous \u00e9tions bel et bien des alligators, existe le risque de se d\u00e9vorer, de se croquer et que nous aurions une bonne raison de ne pas ouvrir la bouche, de n'avoir rien \u00e0 se dire...<br \/>Emergent alors, sur un mode hypomaniaque, une profusion d'id\u00e9es pour rendre les alligators inoffensifs : les saouler au champagne, leur retirer les dents, les peigner, leur donner un grand coup de massue.<br \/>Suite au d\u00e9sir oedipien incestueux, une angoisse est r\u00e9activ\u00e9e (crainte surmo\u00efque ?), angoisse d'abord partiellement \u00e9vacu\u00e9e par une d\u00e9charge (rires), puis le th\u00e9rapeute sollicitant par un questionnement l'activit\u00e9 fantasmatique appara\u00eet une seconde tentative d'y faire face.<br \/>Le danger d'\u00eatre d\u00e9vor\u00e9 par des alligators fictifs, puis par les membres alligators- du groupe, peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9 au prix d'une menace \u00e9voquant en fait une nouvelle castration : retirer les dents.<br \/>Chacun semble, dans cette phase groupale, un alligator en puissance, et nous pouvons \u00e9mettre l'hypoth\u00e8se que l'\u00e9vocation initiale de castration viendrait y donner une forme plus acceptable, moins dangereuse ; en d'autres termes et rappelant une c\u00e9l\u00e8bre formule : sacrifier la partie pour le tout.<br \/>Quand les terribles figures animales aux oubliettes de l'inconscient r\u00e9\u00e9mergent...<br \/>Mais revenons \u00e0 la source de cet ensemble s\u00e9quentiel.<\/p><p>2\/ Castration et sc\u00e8ne primitive<\/p><p>L'absence de Lionel prend valeur ce jour de transgression, ce qui pourrait nous faire penser qu'il est fantasmatiquement li\u00e9 au couple parental repr\u00e9sent\u00e9 par le th\u00e9rapeute et celui ou celle avec qui il avait fond\u00e9 le groupe. Lionel absent, o\u00f9 pourrait-il se \"nicher\", sinon \"chez\" moi, ce qui correspond \u00e0 ce que chacun pourrait d\u00e9sirer en cette premi\u00e8re phase groupale : avoir le th\u00e9rapeute pour soi tout seul, en d'autres termes, faire partie de sa famille.<br \/>L'enfant est ici m\u00eal\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne primitive dans un renversement g\u00e9n\u00e9rationnel (enfant qui lave le linge des parents et non le contraire) confirmant la dimension ant\u00e9-oedipienne.<br \/>Revisitons maintenant la cinqui\u00e8me s\u00e9ance de ce m\u00eame groupe. Nous sommes donc \u00e0 la veille des vacances d'\u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s un premier temps identique \u00e0 la s\u00e9ance pr\u00e9c\u00e9dente, je requestionne les enfants\u00a0<strong>autour\u00a0<\/strong>de cette difficult\u00e9 \u00e0 se parler. En guise de r\u00e9ponse, il est dit que c'est un jour comme les autres. Affirmation venant, me semble-t-il, comme d\u00e9n\u00e9gation de l'approche de la s\u00e9paration pouvant \u00e9veiller des affects douloureux. L'absence des vacances que je pointe, fait penser au fait que Lionel n'\u00e9tait pas l\u00e0 il y a une semaine. Plusieurs enfants lui restituent d'une part leur id\u00e9e de la lessive, d'autre part l'histoire des alligators. Deux d'entre eux vont d\u00e9velopper toute une fantaisie\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de ces alligators, tout en se touchant.<br \/>L'un mangerait l'autre ; ils commenceraient par l'intestin, puis imaginent des plats plus succulents. Tout devient m\u00e9lang\u00e9, tout le monde se mangerait. J'assiste \u00e0 une entred\u00e9voration collective, mim\u00e9e avec beaucoup de plaisir.<br \/>Et puis, en septembre, les alligators n'auront plus de dents...<br \/>Avant de nous quitter, je soulignerai simplement que si l'on se mangeait, ce serait une fa\u00e7on ici de ne pas vraiment se s\u00e9parer.<br \/>Dans cette sc\u00e8ne, voici deux enfants qui se d\u00e9vorent mutuellement dans une activit\u00e9 manifestement \u00e9rotis\u00e9e et qui gagnerait tout le groupe, serait partag\u00e9e par tous.<br \/>C'est Andr\u00e9 Green qui, dans son article sur le cannibalisme (14), rappelle, via L\u00e9vi-Srauss, l'\u00e9quivalence quasi universelle entre manger et copuler. Il assimilera par ailleurs l'incorporation \u00e0 une quasi conception d'une \"relation cannibalique comme \u00e9quivalent de l'acte sexuel ou de l'inceste, l\u00e0 de son rapport \u00e0 la rivalit\u00e9, ailleurs de son lien \u00e0 la r\u00e9surrection de l'anc\u00eatre\".<br \/>Il appara\u00eet l\u00e0 que l'activit\u00e9 incorporative des enfants du groupe, tout \u00e0 la fois rende compte de la relation fraternelle dans sa double dimension d'amour et de haine, et de la \"prise\" en compte et \u00e0 leur compte de la sc\u00e8ne primitive en lien avec le fait que je les \"abandonne\" pendant les vacances.<br \/>En septembre, lors de la reprise, l'enfant qui est absent est suppos\u00e9 revenir \u00e0 la fin de la s\u00e9ance dans le groupe, poursuivi (aux fesses) par un taureau enivr\u00e9... au champagne. Ce taureau devient immense, va remplir la pi\u00e8ce ; il semble surtout dangereux pour les gar\u00e7ons tandis que les filles parviendraient \u00e0 le ma\u00eetriser si elles manient bien... le balai.<br \/>En ce qui me concerne, les enfants me jettent \u00e0 la poubelle, je suis puni d'avoir \u00e9t\u00e9 ailleurs, d'avoir parl\u00e9 pendant les grandes vacances avec des ami(e)s, d'avoir eu des rendez-vous...<br \/>Un fil de chaussette circule et est aval\u00e9 par l'un des enfants. Il sera identifi\u00e9 plus tard \u00e0 une queue de rat.<br \/>Nous voici en pr\u00e9sence d'un personnage tout-puissant et castrateur. La seul fa\u00e7on d'en venir... \u00e0 bout, serait donc de ma\u00eetriser son p\u00e9nis-phallus, dont il est question de fa\u00e7on r\u00e9it\u00e9r\u00e9e et d\u00e9plac\u00e9e, qu'il s'agisse d'une queue de rat, de corne, ou de fil de chaussette.<br \/>Avaler une queue de rat pourrait \u00e9voquer l'incorporation par la m\u00e8re du p\u00e9nis paternel. Ce mouvement m\u00eame n'est-il pas le parodyme d'une sc\u00e8ne de parents combin\u00e9s o\u00f9 se repose l'\u00e9quivalence d\u00e9vorer\/copuler, et la possibilit\u00e9 d'\u00e9tablir un pont entre deux repr\u00e9sentations th\u00e9oriques : d'un c\u00f4t\u00e9 la m\u00e8re archa\u00efque et toute-puissante, de l'autre les parents combin\u00e9s.<br \/>Une fois encore, la peur de castration [s'agirait-il plus pr\u00e9cis\u00e9ment d'une castration pr\u00e9oedipienne dont A. Green nous dit qu'elle est directement en rapport avec l'angoisse de perte d'objet] vient en quelque sorte juguler des angoisses plus profondes, plus intenses, plus archa\u00efques, dont t\u00e9moigne cette image de taureau pr\u00e9historique, avec au fond, toujours, la sc\u00e8ne originaire.<br \/>En guise d'\u00e9pilogue sur cette br\u00e8ve articulation entre castration et sc\u00e8ne primitive, comment ne pas penser \u00e0 un certain Homme aux Loups qui fit couler beaucoup d'encre, chez qui l'angoisse de castration est au premier plan, et pour lequel Freud imagine une confrontation pr\u00e9coce \u00e0 une sc\u00e8ne primitive r\u00e9elle...<\/p><p>3\/ De la castration au\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>narcissique<\/p><p>Les rapports entre\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et castration sont \u00e0 envisager \u00e0 partir d'une troisi\u00e8me terme : le narcissisme. Ce concept repr\u00e9sente une \u00e9tape fondamentale dans le cheminement qui m\u00e8ne au complexe de castration. Le p\u00e9nis excitable, objet pr\u00e9cieux, est \u00e0 un moment donn\u00e9 menac\u00e9 de castration. L\u00e0 s'op\u00e8re un choix vital o\u00f9 le narcissisme l'emporte. Freud (10) nous pr\u00e9cise que \"... si la satisfaction amoureuse, sur le terreau du complexe d'Oedipe, doit co\u00fbter le p\u00e9nis, alors on vient au conflit entre l'int\u00e9r\u00eat narcissique pour cette partie du corps et l'investissement libidinal des objets parentaux. Dans ce conflit, c'est normalement la premi\u00e8re de ces forces qui l'emporte ; le moi de l'enfant se d\u00e9tourne du complexe d'oedipe... Le proc\u00e8s dans son ensemble a, d'un c\u00f4t\u00e9, sauv\u00e9 l'organe g\u00e9nital, il a d\u00e9tourn\u00e9 de lui le danger de le perdre et, d'un autre c\u00f4t\u00e9, il l'a paralys\u00e9, il a supprim\u00e9 son fonctionnement\". Le passage est ouvert et \u00e0 la p\u00e9riode de latence.<br \/>Le narcissisme est introduit en 1914 suivi de peu par \"<strong>Deuil<\/strong>\u00a0et m\u00e9lancolie\". Dans ce dernier texte, nous dit J. Cornut (5), \"on sent Freud tent\u00e9 par une \u00e9quivalence th\u00e9orico-clinique entre la perte de l'objet et ce qui serait une perte du moi, d'un moi gav\u00e9 de libido narcissique, se prenant et se perdant comme objet de lui-m\u00eame\".<br \/>Depuis, l'on sait bien, et J. Begoin nous le rappelle (3) que le probl\u00e8me central du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, c'est l'\u00e9laboration des affects narcissiques qui \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 l'investissement de l'objet perdu .<br \/>Cette partie investie, attach\u00e9e \u00e0 l'objet disparu, est imm\u00e9diatement sauv\u00e9e, conserv\u00e9e comme une relique, elle est pour ainsi dire choy\u00e9e ; le\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0est \"port\u00e9\". Vient ensuite ce deuxi\u00e8me temps du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, dont la dimension essentielle cit\u00e9e plus haut, ne saurait \u00eatre paraphras\u00e9e.<br \/>Un tour d'horizon sur les \u00e9crits psychanalytiques r\u00e9cents confirme ce consensus sur les rapports \u00e9troits qu'entretiennent\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0et narcissisme, articulation, il faut le rappeler, pr\u00e9sente d'embl\u00e9e chez Freud dans \"<strong>Deuil<\/strong>\u00a0et m\u00e9lancolie\" - et ayant inspir\u00e9 \u00e0 M. Hanus la proposition de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>narcissique (5) : \"Le\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>narcissique nous conduit \u00e0 renforcer les identifications secondaires avec l'objet interne pour d\u00e9jouer l'identification primaire avec l'objet r\u00e9el, mort ou perdu. Le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, au sens classique du terme, reprend le\u00a0<strong>processus<\/strong>\u00a0du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0narcissique, am\u00e8ne \u00e0 se diff\u00e9rencier de l'objet et \u00e0 assurer la ma\u00eetrise du narcissisme secondaire sur le narcissisme primaire\".<br \/>Il est remarquable que les issues du complexe d'oedipe et du\u00a0<strong>d<\/strong><strong>euil<\/strong>\u00a0r\u00e9sident toutes deux dans le sacrifice d'une partie pour sauver le tout, la partie en question \u00e9tant particuli\u00e8rement investie de libido narcissique.<\/p><p>EPILOGUE<\/p><p>Chaque exp\u00e9rience recr\u00e9e-t-elle \"son Totem et Tabou\", ou bien plus encore, \"son Mo\u00efse\" ? Un Mo\u00efse tout aussi bien emmen\u00e9 qu'il emm\u00e8ne sur une psych\u00e9 promise.<br \/>C'est ce que nous serions tent\u00e9s de d\u00e9gager de cet ensemble de r\u00e9flexions ; cela nous am\u00e8ne \u00e9galement \u00e0 penser que si Freud avait conduit des\u00a0<strong>psychoth\u00e9rapies<\/strong>\u00a0de groupe, son oeuvre dite \"sociale\" serait aujourd'hui \"entendue\" autrement, c'est-\u00e0-dire que cette oeuvre aurait trouv\u00e9, nous semble-t-il, des articulations th\u00e9orico-cliniques.<br \/>Est-il question du membre fondateur du p\u00e8re ; d'un p\u00e8re \"pr\u00e9historique\"... qui avait tous les atours d'une m\u00e8re... non moins... archa\u00efque... contenant de p\u00e8re.<br \/>Quoiqu'il en soit, si meurtre d'une figure ancestrale il y a, c'est-\u00e0-dire si la mise en place d'un groupe r\u00e9active ce jour l'\u00e9limination du p\u00e8re de la horde primitive, perp\u00e9tuant le repas tot\u00e9mique, permettant l'alliance entre les membres du groupe et assurant le tabou de l'inceste, nous sommes d'embl\u00e9e projet\u00e9s dans un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0\u00e0 faire.<br \/>La question centrale \u00e9tant : comment un\u00a0<strong>deuil<\/strong>\u00a0va pouvoir devenir travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>, comment ce qui d'embl\u00e9e est marqu\u00e9 du sceau de la perte r\u00e9elle va-t-il trouver les moyens de se transformer en un\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>interne. Et bien s\u00fbr comment le groupe peut faciliter ce\u00a0<strong>processus<\/strong>.<br \/>Un travail d'\u00e9laboration psychique situ\u00e9 dans cet espace o\u00f9 l'objet est recr\u00e9\u00e9, en l'incorporant, en le concevant, puis plus tard \u00e9limin\u00e9. Avec cette particularit\u00e9 qu'entre ce premier et ce deuxi\u00e8me mouvement, \"l'objet\" n'est plus tout \u00e0 fait le m\u00eame.<br \/>L'incorporation signe les pr\u00e9mices d'une identification au th\u00e9rapeute, une premi\u00e8re tentative de le garder en soi, (ce) qui donnerait la force d'affonter le groupe, l'inconnu du groupe.<br \/>Le\u00a0<strong>processus\u00a0<\/strong>de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>se situe dans un carrefour, nous rappelle P. C. Racamier (22), entre l'individuel et le collectif, l'intrapsychique et l'interactif. Ne pourrions-nous pas en dire autant du groupe ?... Il faudrait y ajouter l'interpsychique.<br \/>Mais par quel fil tisser ce lien, entre\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>et groupe ? Il semble bien d'apr\u00e8s ce qui pr\u00e9c\u00e8de que ce fil est bien celui d'un fantasme originaire et en particulier de la sc\u00e8ne originaire. Sc\u00e8ne primitive d'embl\u00e9e pr\u00e9sente sous forme de parents combin\u00e9s d\u00e8s les premi\u00e8res phases du groupe ; m\u00eame sc\u00e8ne r\u00e9apparaissant plus tard dans la dynamique groupale o\u00f9 les figures parentales sont repr\u00e9sent\u00e9es et identifi\u00e9es, sc\u00e8ne originaire \u00e0 coloration oedipienne, cette fois sc\u00e8ne de la double diff\u00e9rence, celle des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations, passant par la relation transf\u00e9rentielle. Ailleurs, il y a une r\u00e9union de parents et nous n'en sommes pas, nous dit une enfant du groupe III.<br \/>Sc\u00e8ne primitive, sc\u00e8ne fantasmatique de la conception, c'est-\u00e0-dire du fond, la seule sc\u00e8ne concernant l'existence qui \"\u00e9chappe\" \u00e0 tout un chacun, non inscrite dans la psych\u00e9, et dont il faut faire le\u00a0<strong>deuil<\/strong>, d'une certaine fa\u00e7on, d'\u00eatre \u00e0 l'origine de son origine.<br \/>Le groupe, par essence, est au service du travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>. Toute cr\u00e9ation collective, tout regroupement n\u00e9cessite une perte afin que la r\u00e9alisation de l'objectif commun soit possible. Le succ\u00e8s est au pris de la perte. Tenir compte de l'autre, de la pr\u00e9sence, de la parole de l'autre, ne peut se faire qu'en acceptant de perdre une partie de soi-m\u00eame.<br \/>Ce travail de\u00a0<strong>deuil\u00a0<\/strong>ne semble pas se faire en continu, mais proc\u00e8de par paliers successifs, en lien avec l'histoire du groupe, interrompus par d'autres phases qui pourraient avoir justement une fonction anti-<strong>deuil<\/strong>. Travail li\u00e9 d'une part aux vicissitudes de la r\u00e9alit\u00e9 externe du groupe et notamment aux deuils, absences, disparitions ravivant les blessures et \u00e9lan\u00e7ant un\u00a0<strong>processus<\/strong>, d'autre part \u00e0 la maturation interne du psychisme de chaque membre. C'est\u00a0<strong>autour<\/strong>\u00a0de ce que le groupe doit perdre que chacun se retrouve pos\u00e9 devant ce qu'il a \u00e0 renoncer pour avancer et grandir.<br \/>Il appara\u00eet ainsi, et de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, que le patient vient chercher ce qu'il a \u00e0 perdre en finalit\u00e9, et ce qu'il ne sait pas qu'il a \u00e0 perdre.<br \/>Dans le groupe, ces \"parties \u00e0 perdre\" ont la possibilit\u00e9 de passer par un mouvement projectif, la multiplicit\u00e9 de l'autre \u00e9tant effective, passant par une confrontation r\u00e9elle et imm\u00e9diate. Ce n'est dans un second temps que le retour identificatoire pourra s'effectuer, ce qui conduira notamment \u00e0 la capacit\u00e9 d'accepter les autres membres du groupe, de les aimer, liens construits dans le creuset groupal.<br \/>L'histoire d'un groupe n'est jamais que l'histoire des\u00a0<strong>groupes<\/strong>, c'est-\u00e0-dire tout ce qui concerne les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de son histoire<\/p><p>BIBLIOGRAPHIE<\/p><p>1\/ Abraham, N. et TOROK, M. (1978), \"L'\u00e9corce et le noyau\", Paris, Aubier-Flammarion.<br \/>2\/ ANZIEU, D. (1984), \"Le groupe et l'inconscient\", Paris, Dunod.<br \/>3\/ BEGOIN, J. (1994), \"La probl\u00e9matique du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\" in \"Le\u00a0<strong>Deuil<\/strong>\", Monographie<br \/>de la R.F.P., P.U.F.<br \/>4\/ CHAPELIER, J.B. et NEUVILLE, C. (19 ), \"Quelques hypoth\u00e8ses sur le ph\u00e9nom\u00e8ne du bouc \u00e9missaire\".<br \/>5\/ CORNUT, J. (1991), \"Mise en place conceptuelle du complexe de castration dans l'oeuvre de Freud\", in \"Angoisse et complexe de castration\", Monographie de la R.F.P., P.U.F.<br \/>6\/ ENRIQUEZ, E. (1983), \"De la horde \u00e0 l'Etat. Essai de psychanalyse du lien social\", Gallimard.<br \/>7\/ FREUD, S. (1912), \"Totem et Tabou\", Paris, Gallimard, 1993.<br \/>8\/ FREUD, S. (1915), \"<strong>Deuil\u00a0<\/strong>et m\u00e9lancolie\", trad. J. LAPLANCHE et J.P. PONTALIS, in M\u00e9tapsychologie, Paris, Gallimard, 1968.<br \/>9\/ FREUD, S. (1915), \"Eph\u00e9m\u00e8re destin\u00e9e\", trad. sous la direction de J. LAPLANCHE, in R\u00e9sultats, Id\u00e9es, Probl\u00e8mes, t. I (1890-1920), Paris, P.U.F., 1985.<br \/>10\/ FREUD, S. (1923), \"La disparition du complexe d'oedipe\", in La vie sexuelle,<br \/>Paris, P.U.F., 1970.<br \/>11\/ FREUD, S. 1926), \"Inhibition, sympt\u00f4me et angoisse\", Paris, P.U.F., 1965.<br \/>12\/ FREUD, S. (1929), \"L'homme Mo\u00efse et la religion monoth\u00e9iste\", Paris, Gallimard, 1986.<br \/>13\/ GIRARD, R. (1978), \"Des choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde\", Grasset.<br \/>14\/ GREEN, A. (1972), \"Cannibalisme : r\u00e9alit\u00e9 ou fantasme agi ?\", in Destins du cannibalisme, Nouvelle Revue de Psychanalyse, 6, 27-52.<br \/>15\/ HANUS, M. (1994)n \"Le travail de\u00a0<strong>deuil<\/strong>\", in Le\u00a0<strong>deuil<\/strong>, Monographie de la R.F.P., P.U.F.<br \/>16\/ HANUS, M. (1994), \"Les deuils dans la vie\", Maloine.<br \/>17\/ KA\u00cbS, R. (19 ), \"Aspects de la r\u00e9gression dans les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0de formation. Pr\u00e9adolescence, perte de l'objet et travail du\u00a0<strong>deuil<\/strong>\", in Perspectives Psychanalytiques, 41, 43-65.<br \/>18\/ KRISTEVA, J. (1980), \"Pouvoirs de l'horreur\", Paris, Seuil.<br \/>19\/ LAPLANCHE, J. et PONTALIS, J.B. (1967), \"Vocabulaire de la Psychanalyse\",<br \/>Paris, P.U.F.<br \/>20\/ M'UZAN (de), M. (1976) \"Le travail de tr\u00e9pas\", in De l'art \u00e0 la mort, Paris, Gallimard.<br \/>21\/ PRIVAT, P. et CHAPELIER, J.B. (1987)n \"De la constitution d'un espace th\u00e9rapeutique groupal\", in Les\u00a0<strong>groupes<\/strong>\u00a0d'enfants, Revue de Psychoth\u00e9rapie Psychanalytique de Groupe,<br \/>Er\u00e8s 7\/8, 7-28.<br \/>22\/ RACAMIER, P.C. (1992), \"Le g\u00e9nie des origines\", Paris, Payot.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p>","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"class_list":["post-717","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/717","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=717"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/717\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":736,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/717\/revisions\/736"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=717"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}