{"id":737,"date":"2023-12-01T14:24:56","date_gmt":"2023-12-01T13:24:56","guid":{"rendered":"https:\/\/cirppa.fr\/?page_id=737"},"modified":"2023-12-01T14:24:56","modified_gmt":"2023-12-01T13:24:56","slug":"le-traumatisme-de-la-mise-en-groupe-pour-le-therapeute","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/le-traumatisme-de-la-mise-en-groupe-pour-le-therapeute\/","title":{"rendered":"Le traumatisme de la mise en groupe pour le th\u00e9rapeute"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section fb_built=\u00a0\u00bb1&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb10px||20px|||\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_row _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb||7px|||\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_column][\/et_pb_row][et_pb_row column_structure=\u00a0\u00bb1_4,3_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb17px|||||\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb1_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb]<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/page-des-membres-du-cirppa\/\">Nouvelles de l&rsquo;association<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/cahiers-du-cirppa\/\">Cahiers du CIRPPA<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/textes-membres\/\">Espace membres \u2022 textes<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][et_pb_column type=\u00a0\u00bb3_4&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_post_title meta=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb featured_image=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_post_title][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p><strong>Antoine DUCRET<\/strong><br \/>18\/05\/2008<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][\/et_pb_row][et_pb_row column_structure=\u00a0\u00bb1_5,3_5,1_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb1_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_column][et_pb_column type=\u00a0\u00bb3_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][et_pb_text _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p>Parler de\u00a0<strong>traumatisme<\/strong>\u00a0pour le\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>\u00a0lors de la mise en\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0peut sembler \u00e9trange ; Apr\u00e8s r\u00e9flexion, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019en effet ce pouvait \u00eatre un\u00a0<strong>traumatisme<\/strong>, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas facile d\u2019en parler, qu\u2019il pouvait \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un sentiment de honte, voire d\u2019incomp\u00e9tence. Mais les arr\u00eats au cours de la formation, les d\u00e9ceptions, les non dits, montraient que ce\u00a0<strong>traumatisme<\/strong>\u00a0\u00e9tait probablement assez souvent partag\u00e9 et rarement \u00e9labor\u00e9.<br \/>\u00a0<br \/>R\u00e9trospectivement, le premier\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0d\u2019enfants dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 le\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>\u00a0a \u00e9t\u00e9 assez traumatique pour moi. J\u2019aurais pu m\u2019en arr\u00eater l\u00e0 , J\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 un compromis, faire un\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0avec une coth\u00e9rapeute form\u00e9e par le CIRPPA , mais P. Privat m\u2019a fortement encourag\u00e9 \u00e0 reprendre un autre\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0seul ; Ce\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0\u2013 qui est encore actuellement en place &#8211; \u00e0 ma grande surprise, s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 comme dans les livres.<br \/>Paradoxalement, c\u2019est le premier\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0qui m\u2019a le plus pouss\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir ; J\u2019ai \u00e9t\u00e9 contraint d\u2019\u00e9laborer ce\u00a0<strong>traumatisme<\/strong>, il est la source de tout un questionnement pour moi et ce travail en est l\u2019 un des aspects ;<br \/>Je pr\u00e9cise juste que je parle de\u00a0<strong>traumatisme<\/strong>\u00a0au sens de la d\u00e9finition donn\u00e9e dans le dictionnaire international de la psychanalyse. \u00ab C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement qui, par sa violence et sa soudainet\u00e9, entra\u00eene un afflux d\u2019excitation suffisant \u00e0 mettre en \u00e9chec les m\u00e9canismes de d\u00e9fense habituellement efficaces et qui produit le plus souvent un \u00e9tat de sid\u00e9ration . Il entra\u00eene \u00e0 plus ou moins long terme une d\u00e9sorganisation dans l\u2019\u00e9conomie psychique. \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 deux situations qui peuvent \u00eatre source de\u00a0<strong>traumatisme<\/strong>.<br \/>Pour commencer je partirai d\u2019une r\u00e9flexion de Ren\u00e9 Kaes. Dans un colloque, il parlait d\u2019Anzieu et de leurs rencontres r\u00e9guli\u00e8res pour \u00e9voquer les angoisses archa\u00efques auxquelles ils \u00e9taient confront\u00e9s dans la pratique des groupes ainsi que les pens\u00e9es qui leur venaient pour tenter de les contenir et de les symboliser. Il s\u2019agissait d\u2019angoisses paniquantes, dont Anzieu se prot\u00e9geait par un fantasme et une d\u00e9fense; Il se vivait \u2013et faisait vivre- comme s\u2019il \u00e9tait \u00e0 la fois le taureau dans l\u2019ar\u00e8ne, cherchant \u00e0 donner des coups de corne avant de recevoir l\u2019estocade du matador , et comme le matador lui m\u00eame qui risque d\u2019\u00eatre \u00e9ventr\u00e9, mais qui finit par soumettre la b\u00eate et la tuer.<br \/>Il triomphait r\u00e9p\u00e9titivement en h\u00e9ros, tel \u00ab cet oedipe suppos\u00e9 conqu\u00e9rir le\u00a0<strong>groupe\u00a0<\/strong>\u00bb auquel il s\u2019identifiait, capable de mater les masses, mais pr\u00eat \u00e0 s\u2019exposer et \u00e0 risquer sa peau.<br \/>On retrouve ces angoisses archa\u00efques dans la pratique des groupes d\u2019enfants ;<br \/>La mise en\u00a0<strong>groupe<\/strong>, provoque on le sait une r\u00e9gression chez les enfants et des menaces identitaires pratiquement d\u00e9s le d\u00e9but, mais le\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>\u00a0n\u2019en est pas exempt ; Le th\u00e9rapeute lui aussi entre dans la r\u00e9gression, il y est litt\u00e9ralement entra\u00een\u00e9.<br \/>Anzieu, parlant des groupes larges, \u00e9voque les menaces identitaires, dont il dit qu\u2019elles augmentent avec le nombre de participants au groupe. Se r\u00e9f\u00e9rant aux th\u00e9ories de M\u00e9lanie Klein, il pense que la situation groupale installe tout le monde, -moniteurs compris- dans des angoisses de type psychotique.<br \/>Pour lui, la r\u00e9gression fait revivre aux participants la situation du nourrisson qui d\u00e9 fusionne de sa m\u00e8re, qui \u00e9merge comme individu et qui cherche \u00e0 constituer \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de lui l\u2019objet d\u2019amour.<br \/>Il fait une distinction entre les petits groupes dans lesquels cette situation est rev\u00e9cue avec une protection de type maternel (le\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0est une m\u00e8re de substitution) , tandis que dans les grands groupes , les participants exp\u00e9rimentent la perte de la protection maternelle. Pour lui, le petit\u00a0<strong>groupe<\/strong>, comme la famille, op\u00e8re une n\u00e9vrotisation des m\u00e9canismes psychotiques originaires, alors que dans le\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0large, comme la carence maternelle, psychose les sujets, cad les confronte \u00e0 des m\u00e9canismes archa\u00efques \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur, clivage de l\u2019objet, projection des pulsions destructrices, recherche du lien. Le\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0large r\u00e9alise en quelque sorte une exp\u00e9rience passag\u00e8re de d\u00e9personnalisation \u2013et, je rajoute, pour tout le monde,\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>\u00a0compris.<br \/>Il pr\u00e9cise que malgr\u00e9 tout, ce que l\u2019on observe dans les grands groupes existe \u00e9galement dans les petits groupes, mais \u00e0 minima.<br \/>Il me semble que la distinction entre les groupes est moins valable dans la pratique des groupes d\u2019enfants et que le\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>\u00a0peut \u00eatre confront\u00e9 rapidement aux angoisses psychotiques &#8211; peut \u00eatre parce que la r\u00e9gression est imm\u00e9diate et plus visible.<br \/>Pour revenir au fantasme d\u00e9fensif d\u2019Anzieu en position de matador, je voudrais proposer une autre m\u00e9taphore qui me semble correspondre \u00e0 ce que j\u2019ai pu vivre au cours de la mise en\u00a0<strong>groupe\u00a0<\/strong>d\u2019enfants en particulier lors de la r\u00e9gression .Je ferai r\u00e9f\u00e9rence aux travaux d\u2019H\u00e9racl\u00e8s et en particulier au 2e, celui du combat contre l\u2019Hydre de Lerne<br \/>Selon les versions, elle avait un corps de chien ; huit ou neuf t\u00eates de serpents dont l\u2019un \u00e9tait immortel. Mais selon certains, elle en avait cinquante ou cent, et l\u2019on va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9tendre qu\u2019elle avait dix mille t\u00eates. H\u00e9racl\u00e8s pour la faire sortir de son repaire lui avait lanc\u00e9 des fl\u00e8ches embras\u00e9es, mais lorsqu\u2019il a voulu s\u2019emparer d\u2019elle, le monstre s\u2019enroula autour de ses pieds pour essayer de le faire tomber.<br \/>Il avait beau frapper les t\u00eates avec sa massue, \u00e0 peine en avait il \u00e9cras\u00e9 une que deux ou trois autres repoussaient \u00e0 sa place.<br \/>Il me semble que la mise en\u00a0<strong>groupe<\/strong>, comme les fl\u00e8ches embras\u00e9es qui vont faire sortir l\u2019Hydre de son repaire nous confronte \u00e0 une pulsionnalit\u00e9 d\u00e9cha\u00een\u00e9e, totalement, anarchique,, o\u00f9 la violence est d\u00e9sintriqu\u00e9e. Et que cette repr\u00e9sentation exprime bien cette terreur que l\u2019on ressent devant la r\u00e9gression qui s\u2019op\u00e8re et qui nous entra\u00eene ; Vis \u00e0 vis d\u2019elle nous sommes impuissants, envahis jusque dans notre corps et dans l\u2019incapacit\u00e9 de penser ;<br \/>Car, contrairement \u00e0 H\u00e9racl\u00e8s ,nous n\u2019avons pas la motricit\u00e9 pour y faire face, pas de massue pour assommer le monstre, et encore moins de possibilit\u00e9 de caut\u00e9riser les chairs pour les emp\u00eacher de repousser ; La pulsionnalit\u00e9 est l\u00e0, \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, primaire , non li\u00e9e, elle rena\u00eet en permanence, elle vient nous menacer, nous envahir, nous terroriser.<br \/>Et je pense que l\u00e0, il y a un risque de\u00a0<strong>traumatisme<\/strong>, et ce d\u2019autant plus que le\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0en est au d\u00e9but, qu\u2019il y a un effet de surprise et que sa fonction pare excitante ne peut pas encore exister.<br \/>Devant cet exc\u00e8s d\u2019excitation suscit\u00e9 par la r\u00e9gression et la menace identitaire nous n\u2019avons qu\u2019une seule arme , notre appareil \u00e0 penser , notre capacit\u00e9 \u00e0 contenir ces \u00e9l\u00e9ments b\u00eata et \u00e0 les transformer, mais le d\u00e9bordement de notre appareil psychique menace \u00e0 tout instant.<br \/>Il me semble que l\u2019angoisse devant l\u2019indiff\u00e9renciation , la perte des limites corporelles et psychiques s\u2019exprime \u00e9galement assez bien dans cette repr\u00e9sentation d\u2019un monstre fait d\u2019un seul corps mais de plusieurs t\u00eates, fou de rage et de douleur et qui vient s\u2019enrouler autour de nous.<br \/>Alors comment les enfants peuvent ils r\u00e9agir face \u00e0 cette angoisse autrement que par la terreur et l\u2019excitation ?<br \/>Je ne suis pas sur de pouvoir comme le dit Anzieu \u00ab mater les masses tel \u0152dipe \u00bb, pensant justement qu\u2019on est bien loin des angoisses oedipiennes de castration ;<br \/>Et c\u2019est peut \u00eatre l\u00e0 toute la difficult\u00e9 de la pratique des groupes,<br \/>Il y a \u00e9videmment encore beaucoup d\u2019autres formes d\u2019angoisses que nous font vivre ces enfants, celle de l\u2019\u00e9touffement, de l\u2019\u00e9crasement, celle de l\u2019intrusion, celle de d\u00e9personnalisation.<br \/>Nous sommes comme les enfants confront\u00e9s \u00e0 ces terreurs dont ils se d\u00e9barrassent par identification projective sur nous, A notre insu, la r\u00e9gression nous entra\u00eene \u00e9galement et nos propres angoisses, qui jusque l\u00e0, en principe \u00e9taient sans doute cliv\u00e9es peuvent \u00eatre r\u00e9activ\u00e9es.<br \/>Voici un vignette qui me semble t il correspond \u00e0 ce v\u00e9cu ; Il s\u2019agit de la 2e s\u00e9ance d\u2019un\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0de 6 gar\u00e7ons qui se sentent menac\u00e9s par la r\u00e9gression et qui tentent de s\u2019en prot\u00e9ger ;<br \/>Dans cette s\u00e9ance, Alexis est absent ; Ils commencent \u00e0 proposer des jeux, du foot, S\u00e9bastien va au tableau et dessine. L\u2019agitation commence d\u00e9s qu\u2019ils sont plusieurs au tableau \u00e0 vouloir \u00e9crire. S\u00e9bastien semble \u00eatre d\u00e9bord\u00e9 dans son excitation et attaque les dessins des autres. Il les efface et envoie la poussi\u00e8re de la craie sur eux.<br \/>Paul a peur car il est allergique ; L\u2019un d\u2019entre eux demande aux autres dans quelles classes ils sont. S\u00e9bastien, qui se d\u00e9sorganise veut sortir pour jouer dehors au chat et \u00e0 la souris ; Je lui rappelle les r\u00e8gles.<br \/>Alexandre le provoque, \u00e9crit son nom sur son dessin ; S\u00e9bastien l\u2019efface. Les 3 autres enfants dessinent \u00e0 l\u2019autre bout du tableau, assez calmes et se plaignent de l\u2019envahissement de S\u00e9bastien. Chacun essaie de d\u00e9limiter sa propre place et lutte pour conserver son identit\u00e9.<br \/>Et S\u00e9bastien dit \u00ab Je vais \u00e9crire mon nom, \u00ab S\u00e9bastien le costaud \u00bb Il envahit l\u2019espace .<br \/>Paul, suivi des autres veut s\u2019asseoir pour dessiner, chacun a une feuille et Paul se l\u00e8ve pour dessiner un monstre sur le tableau. Ce monstre a un lance flamme et des rayons lasers.<br \/>Ils veulent ensuite faire un concours et me demandent d\u2019\u00eatre le juge ; Finalement c\u2019est Paul qui sera le juge. Ils dessinent chacun quelque chose, Alexandre, le nom de S\u00e9bastien, qui r\u00e2le, S\u00e9bastien, un enfant qui rentre chez lui et a oubli\u00e9 des pommes, Gabriel les tueurs du 11 septembre, et Yannis une tortue.<br \/>Tous v\u00e9rifient r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019heure, veulent partir avant la fin, s\u2019agitent en fin de s\u00e9ance et la s\u00e9ance se termine.<br \/>On voit bien l\u00e0 d\u00e9s la 2e s\u00e9ance la menace de perte d\u2019identit\u00e9 et les moyens mis en place pour lutter contre cette menace.<br \/>Mais moi aussi, j\u2019\u00e9tais concern\u00e9, moi aussi j\u2019\u00e9touffais dans l\u2019atmosph\u00e8re provoqu\u00e9 par le nuage de craie. J\u2019\u00e9tais sollicit\u00e9 pour les aider \u00e0 lutter contre la r\u00e9gression.Le dragon dessin\u00e9 par Paul pouvait repr\u00e9senter l\u2019angoisse du\u00a0<strong>groupe<\/strong>, dans une probl\u00e9matique oedipienne, mais je crois que d\u00e9j\u00e0 ce dessin \u00e9tait une d\u00e9fense contre des fantasmes irrepr\u00e9sentables tels que celui dont j\u2019ai parl\u00e9 et qui \u00e9taient communs \u00e0 tout le\u00a0<strong>groupe<\/strong>, moi y compris.<\/p>\n<p>Le traumatismes peut \u00e9galement \u00e9tre v\u00e9cu dans une autre situation \u2013 et elle me para\u00eet plus lourde de cons\u00e9quences, c\u2019est celle du surgissement brutal de la haine chez le\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>, qu\u2019il peut ressentir \u00e0 certains moments de l\u2019\u00e9volution d\u2019un\u00a0<strong>groupe<\/strong>.- et qui peut parfois se r\u00e9p\u00e9ter au cours de la cure.<br \/>Elle est traumatique dans le sens o\u00f9 elle r\u00e9veille chez le\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>\u00a0des forces destructrices d\u2019 une grande intensit\u00e9 \u2013 qui peuvent d\u00e9passer les capacit\u00e9s de liaison de son appareil psychique ; Les m\u00e9canismes de d\u00e9fense tels que le refoulement , le d\u00e9ni, la projection, le retournement sur soi m\u00eame sous forme de masochisme peuvent \u00e9tre inefficaces , il ne peut plus penser, il ne peut plus non plus se d\u00e9barrasser du surplus d\u2019excitation par la d\u00e9charge motrice et il peut alors retrouver cet \u00e9tat de d\u00e9tresse infantile et de sid\u00e9ration d\u00e9crit par Freud.<br \/>Qu\u2019est ce qui peut provoquer sa haine, comment la comprendre et qu\u2019en faire ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voici une s\u00e9ance qui t\u00e9moigne de cette difficult\u00e9 ; C\u2019est encore le m\u00eame\u00a0<strong>groupe<\/strong>, \u00e0 Claude Bernard, auquel participent six gar\u00e7ons, dont une grande majorit\u00e9 sont pour le moins des \u00e9tats limites.<br \/>Il s\u2019agit de la 23e s\u00e9ance (en mars pour un\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0commenc\u00e9 en septembre).<br \/>Ce jour l\u00e0, il manque Paul, l\u2019enfant le moins perturb\u00e9.<br \/>D\u2019embl\u00e9e Alexis et Alexandre se moquent de Thomas qui porte un pantalon qui ressemble \u00e0 un pyjama et qui est trop grand pour lui.Alexandre regarde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et note qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un XL, et ajoute que c\u2019est pour quelqu\u2019un qui a 32 ans.<br \/>Puis ils se mettent debout sur la table, dans un \u00e9tat d\u2019excitation important, veulent ouvrir la porte de l\u2019armoire en fait bloqu\u00e9e par la table qu\u2019ils ont d\u00e9plac\u00e9e. Ils me supplient de la laisser ouverte pour voir ce qu\u2019il y a dedans.<br \/>Je refuse et je commente ce besoin qu\u2019ils ont d\u2019aller voir ce qui se passe dans un endroit cach\u00e9. Ils m\u2019accusent de leur mentir disant que j\u2019ai les clefs de l\u2019armoire, qu\u2019un jour , ils m\u2019ont vu l\u2019ouvrir.<br \/>Thomas montre sur l\u2019armoire et \u00e0 plusieurs reprises se laisse tomber du haut de l\u2019armoire.<br \/>Je commente sur la peur d\u2019\u00eatre l\u00e2ch\u00e9 en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019enfant absent.<br \/>Ils jouent tous \u00e0 se faire peur, \u00e0 sauter de l\u2019armoire et se moquent de mes interventions.<br \/>Gabriel \u00e0 un moment se retrouve seul en haut de l\u2019armoire, exprime sa peur et Thomas se moque de lui.<br \/>Pendant ce temps, Alexandre fouille dans les poches du blouson d\u2019Alexis et en sort un document qui explique le fonctionnement de la play station.Ils rigolent.<br \/>Ils se moquent de Gabriel et de sa peur, le traitent de p\u00e9d\u00e9.<br \/>J\u2019interviens en disant qu\u2019on est aussi l\u00e0 pour parler de nos peurs.<br \/>Alexandre et Alexis se retrouvent en haut de l\u2019armoire et demandent qu\u2019on leur rapproche les chaises pour pouvoir descendre, Thomas s\u2019y oppose, ils exigent et finissent par descendre . Le ton monte, l\u2019excitation s\u2019installe, ils se mettent \u00e0 crier et tout d\u2019un coup Alexandre commence \u00e0 siffler en mettant les doigts dans sa bouche ; C\u2019est un cri strident, insupportable dont j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il me p\u00e9n\u00e8tre et qui me fait terriblement mal aux oreilles. Je lui demande d\u2019arr\u00eater \u00e9videmment, il continue encore plus d\u2019autant qu\u2019Alexis l\u2019encourage ; J\u2019ai l\u2019impression que mes tympans vont exploser, que je vais devenir fou , je suis pris d\u2019une forte angoisse et je me mets \u00e0 crier \u00ab Ta gueule ! \u00bb<br \/>Ils sont tous surpris , un peu sid\u00e9r\u00e9s, et moi aussi d\u2019ailleurs.<br \/>Alexandre s\u2019arr\u00eate imm\u00e9diatement.<br \/>Ils sont tr\u00e8s fiers de m\u2019avoir fait craquer et me disent \u00ab On va le dire \u00bb Mais Thomas rajoute, \u00ab Non, on a dit que tout ce qui se passait ici ne devait pas \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur \u00bb.<br \/>Je ne suis pas tr\u00e8s fier de moi , je ne vois pas comment je pourrai justifier mes paroles ;<br \/>Je propose que l\u2019on parle de ce qui s\u2019est pass\u00e9 ; Ils me disent que c\u2019est moi qui ai provoqu\u00e9, et tr\u00e8s vite, ils ont tous envie d\u2019aller aux toilettes ;<br \/>Puis ils se plaignent de la loi Ils n\u2019ont pas le droit d\u2019apporter des choses de l\u2019ext\u00e9rieur, ils n\u2019ont pas le droit de pisser, Alexis me dit que \u00ab si quelqu\u2019un meurt au cours de la s\u00e9ance, personne en bougera \u00ab qu\u2019ils pourraient m\u00eame avoir une jambe cass\u00e9e, et pisser le sang, personne ne bougerait et que ce serait de ma faute.<br \/>Je passe sur le reste de la s\u00e9ance qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans le calme et qui , je crois a \u00e9t\u00e9 la seule au cours de laquelle ils ont pu dire pourquoi ils \u00e9taient l\u00e0 ( Hyperactif pour l\u2019un, probl\u00e8mes \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour l\u2019autre, faire des conneries pour Alexis)<br \/>Il ne sera plus question de cette s\u00e9ance dans le reste du traitement.<br \/>Je ne sais pas exactement quelle a \u00e9t\u00e9 la nature de cette angoisse que je n\u2019ai pas pu supporter .Alexandre, dont la m\u00e8re \u00e9tait terriblement intrusive avait montr\u00e9 au cours de cette s\u00e9ance une forte tendance \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer \u2013par intrusion dans l\u2019espace des autres.<br \/>Son sifflet strident p\u00e9n\u00e9trait dans mes tympans, traversait ma t\u00eate, il faisait intrusion dans mon espace psychique : Les limites entre mon monde interne et le monde externe ne pouvaient plus tenir je ne pouvais plus penser ; Il n\u2019y avait pas de repr\u00e9sentation, juste une attaque sensorielle, que je n\u2019ai pas pu transformer ; Il a sans doute voulu me dire de cette fa\u00e7on ce qu\u2019il avait v\u00e9cu avec sa m\u00e8re, comment elle l\u2019avait attaqu\u00e9 dans son intimit\u00e9 et peut \u00eatre combien c\u2019\u00e9tait dangereux pour lui et sans doute pour les autres de retrouver ces angoisses dans la mise en\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0et la r\u00e9gression.<br \/>Je voudrais rapprocher cette vignette clinique d\u2019un article de Winnicott paru en 1947 et intitul\u00e9 \u00ab La haine dans le contre transfert. \u00bb<br \/>Je vais le citer assez longuement, car bien qu\u2019il ne se soit pas occup\u00e9 de groupes, je suis frapp\u00e9 de voir \u00e0 quel point ce qu\u2019il \u00e9crit ressemble \u00e0 ce que j\u2019ai v\u00e9cu l\u00e0 et entendu \u00e0 maintes reprises lors des autres supervisions. Je pr\u00e9cise avant que ce que Winnicott appelle patient psychotique est celui qui a eu une carence de l\u2019environnement lors de sa petite enfance.<br \/>Il commence par \u00ab A mon avis, si un analyste doit analyser les psychotiques ou les individus antisociaux, il faut qu\u2019il puisse avoir si compl\u00e8tement conscience du contre transfert qu\u2019il soit \u00e0 m\u00eame de distinguer ses relations objectives \u00e0 l\u2019\u00e9gard du patient et les examiner ; Celles ci comprennent la haine. \u00bb<br \/>Puis \u00ab Ce que je veux faire entendre, c\u2019est que le patient n\u2019appr\u00e9cie dans l\u2019analyste que ce qu\u2019il est lui m\u00eame capable de sentir\u2026 \u00bb\u2026et Winnicott demande \u00bb Si un psychotique est dans un \u00e9tat de sentiments o\u00f9 co\u00efncident l\u2019amour et la haine, ne ressent il pas la conviction profonde que l\u2019analyste lui aussi est seulement capable d\u2019une relation brute, dangereuse, o\u00f9 coincident amour et haine ? Si l\u2019analyste montre de l\u2019amour, il tuera s\u00fbrement le patient du m\u00eame coup ;<br \/>Cette co\u00efncidence de l\u2019amour et de la haine est une chose qui se retrouve de fa\u00e7on caract\u00e9ristique dans l\u2019analyse des psychotiques soulevant des probl\u00e8mes d\u2019am\u00e9nagements dans la cure qui peuvent ais\u00e9ment d\u00e9passer les ressources de l\u2019analyste. Cette co\u00efncidence \u2026 \u00e0 laquelle je me r\u00e9f\u00e8re est distincte du facteur agressif compliquant la pulsion libidinale primitive et implique que, dans l\u2019anamn\u00e8se du patient, il y a eu une carence pr\u00e9coce de l\u2019environnement au moment des premi\u00e8res pulsions instinctuelles \u00e0 la recherche de l\u2019objet. \u00bb<br \/>\u00bbL\u2019analyste avant tout ne doit pas nier la haine qui existe r\u00e9ellement en lui. \u00bb Cette haine est justifi\u00e9e dit il .<br \/>Puis Winnicott montre que la haine est toujours plus ou moins latente dans le travail avec les n\u00e9vros\u00e9s, \u00ab Mais que dans l\u2019analyse des psychotiques, l\u2019analyste assume une tension bien diff\u00e9rente en quantit\u00e9 et qualit\u00e9 \u00bb.<br \/>Et il finit par poser la question \u00ab Que se passe t il s \u2018il n\u2019y a pas eu de relation satisfaisante de la petite enfance que puisse exploiter l\u2019analyste dans le transfert ? \u00bb<br \/>\u00ab Il y a une \u00e9norme diff\u00e9rence entre les patients qui ont eu des exp\u00e9riences pr\u00e9coces satisfaisantes, que l\u2019on peut d\u00e9couvrir dans le transfert, et ceux dont les exp\u00e9riences tr\u00e8s pr\u00e9coces ont \u00e9t\u00e9 si d\u00e9ficientes ou si distordues que l\u2019analyste doit \u00eatre le premier dans la vie du malade \u00e0 lui fournir certains \u00e9l\u00e9ments d\u2019environnement essentiels \u00bb.<br \/>Du coup \u00ab le fait de fournir et maintenir un environnement ordinaire peut \u00eatre en soi une chose encore plus vitale dans l\u2019analyse d\u2019un psychotique ; C\u2019est parfois m\u00eame, \u00e0 certains moments, plus important que les interpr\u00e9tations verbales. \u00bbEt plus loin, \u00ab dans l\u2019analyse des psychotiques, l\u2019analyste a plus de pression \u00e0 supporter pour maintenir sa haine latente. Il n\u2019y parvient que s\u2019il s\u2019 en rend tout \u00e0 fait compte ; J\u2019ajoute qu\u2019\u00e0 certains stades de certaines analyses, la haine de l\u2019analyste est effectivement recherch\u00e9e par le malade, et ce qui est n\u00e9cessaire alors, c\u2019est la haine qui est objective. Si le patient cherche de la haine objective ou justifi\u00e9e, il faut qu\u2019il puisse l\u2019atteindre , sinon, il n\u2019aura pas le sentiment que l\u2019amour objectal peut \u00eatre \u00e0 sa port\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Enfin Winnicott va parler d\u2019un enfant antisocial qu\u2019il a pris chez lui trois mois et qui faisait sans arr\u00eat des fugues. Il a v\u00e9cu trois mois d\u2019enfer, et il explique comment cet enfant a provoqu\u00e9 de la haine chez lui et comment il y a r\u00e9agi.<br \/>\u00ab L \u2018ai je frapp\u00e9 ? Non, je ne l\u2019ai jamais frapp\u00e9. Mais j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de le faire si je n\u2019avais pas tout su de ma haine et si je ne la lui avais pas fait conna\u00eetre aussi. Pendant les crises, je le prenais en utilisant la force physique, sans col\u00e8re ou bl\u00e2me, et je le mettais dehors devant la porte d\u2019entr\u00e9e, quel que f\u00fbt le temps ou l\u2019heure, de jour ou de nuit. Il y avait une sonnette sp\u00e9ciale qu\u2019il pouvait actionner et il savait que s\u2019il sonnait, il serait admis de nouveau et qu\u2019on ne dirait pas un mot du pass\u00e9.. ;<br \/>\u00ab Ce qui est important c\u2019est que chaque fois que je le mettais dehors, je lui disais quelque chose ; Je disais que ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 avait suscit\u00e9 de la haine \u00e0 mon \u00e9gard . C\u2019\u00e9tait facile parce que c\u2019\u00e9tait tellement vrai. \u00bb<br \/>\u00ab Je crois que ces paroles \u00e9taient importantes du point de vue de ses progr\u00e8s, mais elles \u00e9taient surtout importantes parce que cela me permettait de tol\u00e9rer la situation sans \u00e9clater, sans me mettre en col\u00e8re et sans le tuer \u00e0 tous moments \u00ab<br \/>J\u2019en terminerai l\u00e0 juste apr\u00e8s une derni\u00e8re citation \u00ab Pour ma part, je doute qu\u2019un petit d\u2019homme en se d\u00e9veloppant soit capable de tol\u00e9rer tout l\u2019\u00e9tendue de sa propre haine dans un environnement sentimental, Il lui faut haine pour haine. Si c\u2019est exact , on ne peut s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019un psychotique en analyse tol\u00e8re sa haine de l\u2019analyste, \u00e0 moins que l\u2019analyste soit capable de le ha\u00efr. \u00bb<br \/>Evidemment tout ce qu\u2019a dit Winnicott s\u2019applique \u00e0 des traitements individuels, mais la mise en\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0par le biais de la r\u00e9gression et de la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s vite ces carences de l\u2019environnement et donc toute cette haine qui y est li\u00e9e. La aussi, ce peut \u00eatre l\u2019enfer. Les exemples cliniques ne manquent pas et la contenance de l\u2019analyste, voire du\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0est bien vite insuffisante lorsque des enfants tels que j\u2019ai eu dans ce\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0r\u00e9gressent. Avoir pris conscience de sa haine est s\u00fbrement tr\u00e8s important, mais pas suffisant.<\/p>\n<p>Je pense que le probl\u00e8me se complique du fait de la mise en\u00a0<strong>groupe<\/strong>. Cette derni\u00e8re est une menace pour l\u2019identit\u00e9, on le sait, et ce d\u2019autant que le\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0est plus large. Et l\u2019on sait \u00e9galement que pour se d\u00e9fendre d\u2019une menace identitaire, on utilise imm\u00e9diatement la violence, au sens de la violence fondamentale d\u00e9crite par Bergeret. Pour sauver sa peau que l\u2019on sent menac\u00e9e, il faut annihiler l\u2019autre. J\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9 une autre fois une s\u00e9ance au cours de laquelle les enfants de ce\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0avaient voulu an\u00e9antir Paul.<br \/>Il me semble que chez les enfants dont l\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas bien \u00e9tablie les menaces identitaires sont au c\u0153ur du probl\u00e8me et l\u2019on peut retrouver dans ces groupes des angoisses que l\u2019on a d\u00e9crites dans les groupes larges- dits de formation.<br \/>Je vais citer des passages d\u2019un article de Turquet paru dans le bulletin de psychologie en 1976 et qui traite des menaces identitaires dans les groupes larges.<br \/>Pour lui, \u00ab le ph\u00e9nom\u00e8ne de la violence est peut \u00eatre la caract\u00e9ristique majeure du\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0large., sp\u00e9cialement dans la perspective de l\u2019angoisse initiale \u00e9prouv\u00e9e par ses membres. Comme l\u2019a dit un participant d\u2019un tel\u00a0<strong>groupe<\/strong>, \u00ab Le grand\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0n\u2019est pas fait pour un c\u0153ur malade, fatigu\u00e9 ou faible \u00bb.<br \/>L\u2019id\u00e9e de violence est pr\u00e9sente sous maintes formes- sp\u00e9cialement au d\u00e9but -comme une crainte sans nom, une peur de quelque chose qui est alentour, qui va arriver, exprim\u00e9e simplement par \u00ab j\u2019ai peur \u00bb Elle s\u2019exprime aussi par le silence du Je , par une incapacit\u00e9 de parler de cette peur. \u00bb<br \/>\u00ab La violence vise le Je en tant que manifestant son individualit\u00e9 ; Il est l\u2019objet d\u2019un anath\u00e8me, il a \u00e0 \u00eatre annihil\u00e9. \u00bb<br \/>Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, ces angoisses et cette violence existent aussi dans les groupes d\u2019enfants ; Lorsque dans un\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0il y a plusieurs enfants qui pr\u00e9sentent une pathologie limite, la violence li\u00e9e aux carences de l\u2019environnement va entrer en r\u00e9sonnance avec la violence propre du\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0;<br \/>Je pense que cette association peut \u00e9tre \u00e0 la source de traumatismes chez le\u00a0<strong>th\u00e9rapeute<\/strong>, et sans doute chez les enfants. Cela me semble correspondre \u00e0 ce que j\u2019ai bien souvent v\u00e9cu au cours de ce\u00a0<strong>groupe<\/strong>.<\/p>\n<p>Et je terminerai par quelques questions ;<br \/>Le dispositif cr\u00e9e au Cirppa l\u2019a \u00e9t\u00e9 pour des enfants de structure plutot n\u00e9vrotique \u2013et correspond tr\u00e8s bien aux enfants que j\u2019ai dans mon\u00a0<strong>groupe<\/strong>\u00a0actuel.<br \/>Pour des enfants peu structur\u00e9s, ayant du mal \u00e0 contenir leur monde interne, ce dispositif est il adapt\u00e9 \u00e0 la violence qu\u2019il va susciter chez tous les participants ?<br \/>Certes, l\u2019excitation est un facteur de changement, et donc \u00e0 encourager mais, comme avec l\u2019angoisse, n\u2019y a t il pas un seuil \u00e0 ne pas d\u00e9passer ?<br \/>Les th\u00e9rapeutes vont \u00e9tre attaqu\u00e9s, c\u2019est leur boulot, mais doivent ils accepter d\u2019\u00e9tre maltrait\u00e9s ?<br \/>Est ce souhaitable pour les enfants eux m\u00eames ?<br \/>N\u2019avons nous pas \u00e0 nous interroger sur les limites de notre masochisme ?<\/p>\n<p><strong>Antoine DUCRET<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][\/et_pb_column][et_pb_column type=\u00a0\u00bb1_5&Prime; _builder_version=\u00a0\u00bb4.23&Prime; _module_preset=\u00a0\u00bbdefault\u00a0\u00bb global_colors_info=\u00a0\u00bb{}\u00a0\u00bb][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nouvelles de l&rsquo;association Cahiers du CIRPPA Espace membres \u2022 textes Antoine DUCRET18\/05\/2008Parler de\u00a0traumatisme\u00a0pour le\u00a0th\u00e9rapeute\u00a0lors de la mise en\u00a0groupe\u00a0peut sembler \u00e9trange ; Apr\u00e8s r\u00e9flexion, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019en effet ce pouvait \u00eatre un\u00a0traumatisme, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas facile d\u2019en parler, qu\u2019il pouvait \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un sentiment de honte, voire d\u2019incomp\u00e9tence. Mais les arr\u00eats au cours de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"class_list":["post-737","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/737","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=737"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/737\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":742,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/737\/revisions\/742"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=737"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}