{"id":678,"date":"2014-11-29T18:31:19","date_gmt":"2014-11-29T17:31:19","guid":{"rendered":"https:\/\/cirppa.fr\/?p=678"},"modified":"2023-11-29T18:39:55","modified_gmt":"2023-11-29T17:39:55","slug":"cahier-n3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/2014\/11\/29\/cahier-n3\/","title":{"rendered":"Cahier n\u00b03"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes des 13-14 d\u00e9cembre 2014<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>1\u00b0 Les groupes dans les institutions lieux de vie<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Introduction \u2013 D. QUELINx<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ce th\u00e8me est symbolique pour le CIRPPA. D. QUELIN rappelle que la premi\u00e8re recherche a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par<br \/>\nJ.-B. CHAPELIER et P. PRIVAT La premi\u00e8re \u00e9volution s\u2019est faite ensuite avec l\u2019int\u00e9r\u00eat pour des groupes d\u2019enfants non n\u00e9vros\u00e9s\u2026.. et souvent trait\u00e9s en institution, le terme tant utilis\u00e9 ici par opposition \u00e0 prise en charge ambulatoire. Ce qui a amen\u00e9 petit \u00e0 petit\u00a0\u00a0\u00e0 une\u00a0\u00a0nouvelle question celle qui s\u2019\u00a0\u00a0s\u2019offre \u00e0 nous ce jour\u00a0: comment faire pour les enfants en \u00e9tablissement lieu\u00a0\u00a0o\u00f9 ils sont \u00e0 la fois h\u00e9berg\u00e9s et pris en charge au niveau th\u00e9rapeutique\u00a0? Ces enfants se retrouvent ensemble ailleurs en dehors des s\u00e9ances de groupe. Quelles incidences en d\u00e9coulent\u00a0? Comment peut-on en tenir compte\u00a0? Dire que l\u2019institution est aussi dans le groupe ne suffit pas. Selon P. FUSTIER, il existe des institutions de compromis d\u00e9finies par le vivre avec et les actes techniques. Le compromis est plus ou moins bien r\u00e9ussi. Les organisateurs \u0153dipiens et pr\u00e9\u0153dipiens sont th\u00e9oriquement juxtapos\u00e9s Mais\u00a0\u00a0ces organisateurs sont en dynamique soit de fa\u00e7on dialectique soit de fa\u00e7on dictatoriale\u00a0\u00a0en fonction des mouvements groupaux institutionnels.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Y-a-t-il un travail sp\u00e9cifique \u00e0 faire avec l\u2019institution\u00a0? D. Roffat va nous en parler plus en d\u00e9tails. Doit-on d\u2019autre part\u00a0\u00a0parler de psychoth\u00e9rapie ou nommer autrement le travail qui se fait dans ce type d\u2019institution\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ces questionnements vont animer ces 2 jours de r\u00e9flexions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0&#8211; \u00a0Institution et groupe : le risque de l&rsquo;anti-processus. D. ROFFAT<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mettre en place une psychoth\u00e9rapie groupale dans une institution\u00a0\u00a0produit des effets particuliers et provoque des r\u00e9sistances contre les remaniements induis par cette cr\u00e9ation groupale dans la vie institutionnelle.\u00a0\u00a0Apr\u00e8s avoir d\u00e9fini les notions d\u2019Anti-processus et \u00ab\u00a0d\u2019institution de r\u00e9sidence\u00a0\u00bb, concepts n\u00e9cessaires pour aborder la question de la rencontre entre le groupe et l\u2019institution, il sera envisag\u00e9 un sc\u00e9nario catastrophe, comme m\u00e9taphore des risques potentiels entre \u00ab\u00a0l\u2019instituant\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019institu\u00e9\u00a0\u00bb lorsque qu\u2019un temps de cr\u00e9ation vient r\u00e9interroger les origines de l\u2019institution.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>1) La Tendance \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019Anti-processus\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le concept \u00ab\u00a0d\u2019Anti-processus\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 d\u00e9gag\u00e9 par J.Bleger \u00e0 partir de sa th\u00e9orisation du cadre. Le cadre comprend une partie non-processuelle, cliv\u00e9e,\u00a0\u00a0\u00a0conteneur de la symbiose.\u00a0\u00a0Faite des d\u00e9p\u00f4ts\u00a0\u00a0anonymes des sujets du lien, elle correspond \u00e0\u00a0\u00a0l\u2019immobilisation du Non-moi, du Non-moi corporel, du proto-mental (Bion) et repr\u00e9sente ainsi le v\u00e9ritable continuum identitaire, inconscient et m\u00e9connu, de chaque sujet et de chaque groupe.\u00a0\u00a0Sur ce fond reposent\u00a0\u00a0et sont maintenues au secret les parts psychotiques des sujets. Ces d\u00e9p\u00f4ts, fruits\u00a0\u00a0du travail de la\u00a0\u00a0n\u00e9gativit\u00e9 radicale (R.Ka\u00ebs),\u00a0\u00a0\u00a0doivent rester cliv\u00e9s pour qu\u2019un processus advienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour que la sociabilit\u00e9 par interaction, le travail du Moi puisse alimenter le groupe de travail. Mais un\u00a0\u00a0trop de clivage, peut travailler \u00e0 l&rsquo;encontre du processus.\u00a0\u00a0Ainsi, pour J.Bleger,\u00a0\u00a0la tendance \u00e0 \u00ab\u00a0 l\u2019anti-processus\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0d\u00e9crit\u00a0\u00a0comment le niveau de l\u2019organisation de l\u2019institution, renfor\u00e7ant le clivage entre sociabilit\u00e9 par interaction et le niveau syncr\u00e9tique-symbiotique, conduit \u00e0 une paralysie et \u00e9loigne le travail institutionnel de la t\u00e2che primaire. La tendance \u00e0 l\u2019anti-processus est une figure du travail de la mort dans les institutions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>2)Les institutions<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les institutions soignantes, au sens large, ont pour socle commun la notion de don. (cf\u00a0: les\u00a0\u00a0travaux de Marcel Mauss, et des psychanalystes qui s\u2019y sont r\u00e9f\u00e9r\u00e9s\u00a0: P.Fustier, J. Hochmann, M.Sassolas,\u00a0\u00a0pour ne citer que\u00a0\u00a0les principaux.) Le Don, cet \u00ab\u00a0effet de leurre\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (J.Hochmann) tend \u00e0 humaniser la prise en charge en apportant des services, v\u00e9cus par les patients, comme effet d\u2019une gratuit\u00e9, d\u2019un investissement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, (transports en taxi et autres services gratuits \u00e0 la personne ou \u00e0 la famille). Cette notion est essentielle pour comprendre les enjeux relationnels qui se nouent avec le personnel soignant dans les institutions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je\u00a0\u00a0propose de diff\u00e9rencier deux types d\u2019institutions\u00a0: Les institutions \u00ab\u00a0lieux de vie\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0institutions de r\u00e9sidences\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>2.1)Les institutions \u00ab\u00a0lieux de vie\u00a0\u00bb\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ces institutions se retrouvent majoritairement dans le secteur\u00a0\u00a0p\u00e9do-psychiatrique\u00a0: h\u00f4pitaux de jours, Cattp, service d\u2019accueil\u2026..\u00a0\u00a0Elles proposent une prise en charge s\u00e9quentielle. Il s\u2019agit, comme le soulignent P.Fustier \u00ab\u00a0<b><em>d\u2019\u00e9viter que les patients se logent enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019institution, comme dans une enceinte maternelle<\/em><\/b>.\u00a0\u00bb (Fustier, 1993, p.42). Sur fond de continuit\u00e9 de la prise en charge, elle propose une discontinuit\u00e9 faites de s\u00e9parations rythm\u00e9es et coh\u00e9rentes. Elles mettent les sujets au travail sur la question du manque et de sa symbolisation. C\u2019est un objet avec des creux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>2.2)\u00ab\u00a0Les institutions de r\u00e9sidence.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Par ce terme je d\u00e9signe les institutions du champ social, sanitaire et m\u00e9dico-social qui assure une v\u00e9ritable suppl\u00e9ance parentale, en prenant en charge la majeure partie des pr\u00e9occupations familiales pour l\u2019enfant, l\u2019adolescent, et l\u2019adulte. Elles ont le plus souvent un internat. Je pense ici aux Ime, Impro,\u00a0\u00a0Itep, foyers, maison d\u2019enfants \u00e0 caract\u00e8re social\u2026.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019institution se pr\u00e9sente comme un m\u00e9ta-cadre, assurant pour l\u2019ensemble des membres du lien et des groupes des fonctions psychiques. Le m\u00e9ta-organisateur de ces institutions \u00e9tant le complexe \u0153dipien, pour au-moins deux raisons, l\u2019interdit de la violence qui renvoie \u00e0 celle d\u00e9ploy\u00e9e lors du meurtre du p\u00e8re de la horde et l\u2019interdit du toucher, pr\u00e9figuration de l\u2019interdit de l\u2019inceste qui fait qu\u2019il y a un interdit de la sexualit\u00e9. Le paradoxe\u00a0\u00a0serait que\u00a0\u00a0la sexualit\u00e9 n\u2019est pas interdite,\u00a0\u00a0mais dans l\u2019espace institutionnel il y a un interdit de la sexualit\u00e9. Aux lieux du \u00ab\u00a0Touchant-touch\u00e9\u00a0\u00bb, espace particulier de l\u2019identification mutuelle (Cf. K.Abraham), la rencontre entre le patient et le soignant reste tr\u00e8s codifi\u00e9e par des r\u00e8gles (invariants) qui garantissent chaque membre du lien contre les effets d\u2019une s\u00e9duction d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Deux autres organisateurs institutionnels sont particuli\u00e8rement mobilis\u00e9s le fantasme s\u00e9duction (s\u00e9duction par l\u2019objet maternel, s\u00e9duction par l\u2019adulte \u00ab\u00a0On bat un enfant\u00a0\u00bb et les multiples variantes qu\u2019il propose pour le sujet) et le fantasme de sc\u00e8ne primitive.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Si l&rsquo;imaginaire maternelle domine, le cadre &#8211; par ses invariants, son aspect tiers et protecteur &#8211;\u00a0\u00a0renvoie \u00e0 la dimension paternelle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019institution lieu de vie, l&rsquo;institution de r\u00e9sidence se pr\u00e9sente comme un \u00ab\u00a0objet en plein\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>3.)Risques, craintes et\u00a0\u00a0enjeux de la mise en place\u00a0: Sc\u00e9nario catastrophe<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans ces institutions qui s\u2019organisent autour de l\u2019imago de la m\u00e8re d\u00e9vou\u00e9e et qui tendent dans leur fonctionnement d\u2019actualiser la repr\u00e9sentation d\u2019une m\u00e8re suffisamment bonne, toute cr\u00e9ation, donc toute mise en place d\u2019un nouveau dispositif, active des fantasmes de captation et de d\u00e9possession.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>3.1)La d\u00e9possession<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La cr\u00e9ation d\u2019un groupe propose une d\u00e9coupe du fond institutionnel, tel qu\u2019est d\u00e9fini le fond maintenu par le clivage qui instaure le cadre. Le fond du groupe et le fond institutionnel ne font qu\u2019un\u00a0: c\u2019est le m\u00eame. La mise en place d\u2019une pratique h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie du prendre soin (care) d\u2019une institution, revient \u00e0 faire une r\u00e9interpr\u00e9tation du cadre de celle-ci. On conna\u00eet le sens\u00a0\u00a0de cette interpr\u00e9tation; il s\u2019agit de r\u00e9duire le clivage entre sociabilit\u00e9 syncr\u00e9tique et sociabilit\u00e9 par interaction, de favoriser une r\u00e9gression \u00e0 m\u00eame de laisser remonter les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019archa\u00efque ou de la symbiose. ( d\u00e9finition du cadre psychoth\u00e9rapique). La d\u00e9coupe op\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00a0affilie les patients \u00e0 un autre ordre de traitement (cure). Cette situation peut convoquer des sentiments de d\u00e9possession ou de rapt chez les sujets de l\u2019institution\u00a0: appropriation et rapt de l\u2019objet maternel par le ou les th\u00e9rapeutes, fantasm\u00e9s comme ayant un commerce particulier avec celle-ci, jouissant de celle-ci \u00e0 des fins propres.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je cite R.Ka\u00ebs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0<b><em>L\u2019adh\u00e9rence narcissique \u00e0 l\u2019objet institutionnel\u00a0\u00a0commun concerne l\u2019origine commune des sujets li\u00e9s dans le fantasme familial. Cette adh\u00e9rence a pour effet que chacun est suppos\u00e9 capable de mettre en p\u00e9ril l\u2019objet\u00a0\u00a0commun et partag\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019en approprie une partie, qui de ce fait est d\u00e9rob\u00e9e \u00e0 la communaut\u00e9<\/em><\/b>.\u00a0\u00bb (R.Ka\u00ebs, 1987, p.31)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019institution co-fondatrice du groupe th\u00e9rapeutique se trouverait donc \u00e0 h\u00e9berger dans son sein un objet \u00e9tranger et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, dont elle n\u2019aurait plus la ma\u00eetrise. Une partie de la vie institutionnelle serait confisqu\u00e9e, sous l\u2019emprise d\u2019un seul. Dans le d\u00e9roulement du groupe th\u00e9rapeutique les enfants entre parfois en\u00a0\u00a0\u00e9cho avec ces craintes ou ces fantasmes d\u2019arri\u00e8re-fond. Ils figurent cette conflictualit\u00e9 sous la forme d\u2019un claustrum anal, ce qui fait lien aussi avec leur pathologie lorsqu\u2019ils entrent dans la cat\u00e9gorie des enfants ayants des troubles de la limite. Ainsi,\u00a0\u00a0la mise en place du pr\u00e9 carr\u00e9 du groupe th\u00e9rapeutique, peut g\u00e9n\u00e9rer\u00a0\u00a0des v\u00e9cus d\u2019ali\u00e9nation et de d\u00e9-subjectivation,\u00a0\u00a0aussi bien chez les patients que chez les soignants, si l\u2019on ne prend garde \u00e0 instituer certains am\u00e9nagements.\u00a0\u00a0On peut comprendre ces craintes, avec R.Ka\u00ebs (1987, p.9), comme un temps o\u00f9 s\u2019exprime l\u2019appr\u00e9hension que\u00a0\u00a0<strong>l\u2019institu\u00e9\u00a0<\/strong>prenne\u00a0\u00a0le pas sur\u00a0<strong>l\u2019instituant<\/strong>. Lorsque l\u2019institu\u00e9 prend le pas sur l\u2019instituant nous sommes dans une autre situation \u00ab\u00a0d\u2019anti-processus\u00a0\u00bb. L\u2019institution va se mobiliser pour se d\u00e9fendre contre l\u2019objet qu\u2019elle a elle-m\u00eame institu\u00e9\u2026c\u2019est le sc\u00e9nario catastrophe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>3.2)Le sc\u00e9nario catastrophe\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le groupe pourrait\u00a0\u00a0\u00eatre v\u00e9cu comme travaillant du cot\u00e9 d\u2019un d\u00e9soclement identitaire institutionnel. L\u2019institution co-fondatrice du groupe se trouve\u00a0\u00a0envahie par des contenus en provenance du groupe, contenus non-d\u00e9sir\u00e9s et non d\u00e9sirables dans son espace.\u00a0\u00a0Comme si ce qu\u2019elle avait port\u00e9 sur les fonds baptismaux lui revenait sous forme d\u2019\u00e9l\u00e9ments destructeurs, \u00e9l\u00e9ments bizarres (Bion), mena\u00e7ant son \u00e9quilibre. Se joue, sur les bords du\u00a0\u00a0clivage et de son maintien, l\u2019un des enjeux principaux de la mise en place des groupes th\u00e9rapeutiques dans les institutions. Le contrat narcissique institutionnel comme le pacte d\u00e9n\u00e9gatif sont en menace d\u2019\u00eatre d\u00e9nonc\u00e9s. Les organisateurs psychiques institutionnels (les invariants) changent de polarit\u00e9 et deviennent des d\u00e9sorganisateurs. Ils n\u2019offrent plus de repr\u00e9sentation limitantes et rassurantes.\u00a0 Ils deviennent facteurs de l\u2019augmentation de l\u2019angoisse et de l\u2019excitation. Le groupe devient alors un objet qu\u2019il faut \u00e9vacuer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les conditions sont alors requises, dans un tel sc\u00e9nario pour qu\u2019une tendance \u00e0 l\u2019anti-processus s\u2019instaure dans le lien institution et groupe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je n\u2019insisterai pas sur les formes qu\u2019elle prend\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u2043\u00a0\u00a0La plus courante \u00e9tant celle de la sectorisation et de l\u2019isolation. Le GT devient le lieu de d\u00e9p\u00f4t et de d\u00e9charge du n\u00e9gatif institutionnel. L\u2019institution cherchant par tous les moyens \u00e0 \u00e9touffer le groupe, le circonscrire \u00e0 une partie congrue, voir \u00e0 le d\u00e9tacher de l\u2019institution.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour traverser des institutions de consultations pour y faire un travail de supervision, ou lors de formation, j\u2019ai pu constater d\u2019autres formes de situation d\u2019anti-processus. En voici deux exemples\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u2043\u00a0\u00a0La multiplication des groupes abrase les diff\u00e9rences professionnelles\u00a0: tout le monde fait du groupe. \u00ab\u00a0Faire du groupe\u00a0\u00bb devient l\u2019identit\u00e9 professionnelle commune et seule reconnue. Les diff\u00e9renciateurs sexuels s\u2019estompent comme ceux de la diff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rationnelle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u2043\u00a0\u00a0Les groupes\u00a0\u00a0th\u00e9rapeutiques d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent en\u00a0\u00a0ateliers et deviennent des groupes anti-processuels.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>BIBLIOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">ABRAHAM\u00a0 KARL.,(1907-1914) \u0152uvres compl\u00e8tes, tome 1, Payot,\u00a0\u00a01989,368 pages<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">BLEGER\u00a0\u00a0J.,\u00a0(1966),\u00a0\u00a0Psychanalyse du cadre psychanalytique\u00a0\u00a0<b><em>in<\/em><\/b>, R.Ka\u00ebs (et al),\u00a0<b><em>Crise rupture et d\u00e9passement,<\/em><\/b>\u00a0Paris, Dunod, 1979. pp.255-274<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">BLEGER J.\u00a0(1971), \u00a0Le groupe comme institution et le groupe dans les institutions.\u00a0\u00a0<b><em>in<\/em><\/b>\u00a0R.Ka\u00ebs (et al)\u00a0;\u00a0<b><em>L\u2019institution et les institutions. Etudes psychanalytiques.<\/em><\/b>\u00a0Paris, Dunod, 1987, pp.47-61.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">FUSTIER P., (1993)\u00a0<b><em>Les corridors du quotidien.<\/em><\/b>Paris, Dunod, 2014, 256 p.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">KA\u00cbS R., (1987)\u00a0, R\u00e9alit\u00e9 psychique et souffrance dans les institutions, in R.Ka\u00ebs et al<b><em>., L\u2019institution et les institutions. Etudes psychanalytiques<\/em><\/b>. Paris, Dunod, pp.1-46<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">HOCHMANN J.,\u00a0<b><em>Pour une psychiatrie communautaire<\/em><\/b>, Paris,\u00a0<a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C9ditions_du_Seuil\">Le Seuil<\/a>, 1971.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">MAUSS. M., (1925),\u00a0\u00a0<b><em>Essai sur le don. Forme et raison de l&rsquo;\u00e9change dans les soci\u00e9t\u00e9s archa\u00efques<\/em><\/b>, Introduction de Florence Weber, Quadrige\/Presses universitaires de France, 2007.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Quand est-ce qu&rsquo;on va dans le groupe ?\u00a0\u00a0\u00a0V. FRAN\u00c7OIS et L. GUIBERT<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une exp\u00e9rience d\u2019un groupe d\u2019association libre, ferm\u00e9, \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e dans une institution qui propose de multiples groupes aux enfants et qui se rapproche d\u2019un lieu de vie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><em>RESENTATION DU CADRE INSTITUTIONNEL<\/em><\/b><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Un secteur de p\u00e9dopsychiatrie en banlieue parisienne<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-un CATTP qui existe depuis 30 ans, qui accueille des enfants de 6 \u00e0 12 ans porteurs de TED ou TSA ou encore des pathologies autistiques et psychotiques mais ayant des capacit\u00e9s cognitives qui leur permettent d&rsquo;\u00eatre scolaris\u00e9s en milieu banal.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-un HDJ existant depuis 2004 qui accueille des enfants du m\u00eame\u00a0\u00e2ge, porteurs des m\u00eames pathologies mais ne leur permettant pas une scolarit\u00e9\u00a0en milieu banal voire une scolarit\u00e9\u00a0tout court,<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-un lien de filiation entre les 2 institutions, le projet de l\u2019HDJ ayant\u00a0\u00e9t\u00e9\u00a0pens\u00e9\u00e0\u00a0partir du mod\u00e8le du CATTP<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-une psychologue\u00a0\u00e0\u00a0temps partiel au CATTP<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-une psychiatre\u00a0\u00e0\u00a0temps partiel\u00a0\u00e0\u00a0l&rsquo;HDJ.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Toutes 2\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9l\u00e8ves\u00a0\u00bb\u00a0au CIRPPA et toutes 2 en mal de groupe\u00a0\u00e0\u00a0la fin de la 1\u00e8re ann\u00e9e de supervision.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous d\u00e9cidons en 2011, psychiatre et psychologue, de proposer\u00a0\u00a0un groupe d&rsquo;enfants d\u2019association libre au CATTP qui aura l\u2019obligation de se nommer, ce sera \u00ab\u00a0paroles en jeu\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u00a0Le projet d\u2019origine du CATTP cr\u00e9\u00e9 en 1983 par des psychiatres-psychanalystes repose sur la Th\u00e9rapie Institutionnelle. L\u2019un des fondateurs de l\u2019institution est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es seulement, son empreinte est rest\u00e9e pr\u00e9sente mais le personnel s\u2019est beaucoup renouvel\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cemment et le nombre de personnes ayant connu l\u2019\u00e9quipe d\u2019origine se r\u00e9duit actuellement \u00e0 un seul psychologue. Et l\u2019on sent qu\u2019avec ces nouveaux arrivants et l\u2019aval du m\u00e9decin responsable, les lignes bougent\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans ce lieu de soin, est re\u00e7ue une vingtaine d\u2019enfants d\u2019\u00e2ge d&rsquo;\u00e9cole primaire auxquels sont propos\u00e9es de deux \u00e0 quatre demi-journ\u00e9es de soin par semaine. Certains d\u2019entre eux b\u00e9n\u00e9ficient de repas, un ou deux dans la semaine. Sans \u00eatre un lieu de vie, puisque les enfants sont \u00e0 temps partiel, le temps pass\u00e9 au sein de l\u2019institution est donc assez cons\u00e9quent, surtout si l\u2019on prend en compte que les autres demi-journ\u00e9es sont accord\u00e9es au scolaire et que sept enfants fr\u00e9quentent une CLIS qui n\u2019accueille que des enfants du CATTP, ce qui leur donne un statut administratif de patients d\u2019h\u00f4pital de jour.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00e9quipe est compos\u00e9e de personnels \u00e0 temps partiel: deux psychiatres, quatre psychologues, une psychomotricienne et de personnels dits permanents, \u00e0 savoir deux infirmi\u00e8res, deux \u00e9ducatrices, une cuisini\u00e8re, un agent d\u2019entretien et une secr\u00e9taire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les demi-journ\u00e9es sont structur\u00e9es par les groupes th\u00e9rapeutiques qui durent de 3\/4 d\u2019heure \u00e0 une heure. Ces groupes, une vingtaine sur la semaine, sont cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de m\u00e9diations: histoire \u00e0 modeler, jeu th\u00e9\u00e2tral, Squiggle, pataugeoire, conte, etc\u2026 Il y a entre deux et cinq enfants et deux \u00e0 trois soignants dans chaque groupe.\u00a0\u00a0Parmi les adultes, les fonctions semblent confondues, chacun intervient dans le groupe de sa place avec sa formation sp\u00e9cifique, sans hi\u00e9rarchisation de la parole. Ces groupes sont hebdomadaires, ils ne sont pas ferm\u00e9s et sont \u00e9tablis par l\u2019\u00e9quipe soignante pour chaque enfant pour l\u2019ann\u00e9e scolaire. Les groupes sont donc ouverts, mais en g\u00e9n\u00e9ral, il est propos\u00e9 \u00e0 un enfant de rester dans le m\u00eame groupe au moins deux ans.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le cadre th\u00e9orico-clinique de chaque groupe est fonction de la formation des soignants qui l\u2019animent. L\u2019organisation institutionnelle ne pr\u00e9voit pas de temps sp\u00e9cifique de r\u00e9flexion post-groupe. Ce qui commence \u00e0 \u00eatre ressenti par l\u2019\u00e9quipe comme une frustration, le temps grappill\u00e9 pour cela est v\u00e9cu comme vol\u00e9 parfois et au d\u00e9triment de la contenance institutionnelle. L\u2019id\u00e9e initiale du travail clinique propos\u00e9 par les fondateurs \u00e9tait que lors de la r\u00e9union de synth\u00e8se hebdomadaire de trois heures, chacun puisse rapporter ses observations concernant un enfant, observations provenant en particulier des groupes mais aussi des autres espaces institutionnels et que la clinique de l\u2019enfant puisse s\u2019\u00e9laborer en grand groupe! Tous les groupes depuis la cr\u00e9ation du CATTP sont donc des groupes \u00e0 m\u00e9diation o\u00f9 il s\u2019agit de travailler individuellement avec chaque enfant en groupe. Un autre axe \u00e9tait celui de travailler de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e avec \u00ab\u00a0la partie saine\u00a0\u00bb des enfants, l\u2019id\u00e9e \u00e9tant de les \u00ab\u00a0hisser\u00a0\u00bb et non de travailler avec la r\u00e9gression. La dimension du corporel, l\u2019en-de\u00e7\u00e0 du langage n\u2019\u00e9taient pas consid\u00e9r\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 il y a peu, comme entendantes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Notre groupe a dur\u00e9\u00a02 ans. C&rsquo;\u00e9tait un groupe annonc\u00e9\u00a0comme ferm\u00e9\u00a0et\u00a0\u00e0\u00a0dur\u00e9e limit\u00e9e. Ce choix du fait de l&rsquo;innovation : nous voulions nous assurer que nous le finirions dans de bonnes conditions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous l\u2019avons pr\u00e9sent\u00e9 au CIRPPA \u00e0 mi-parcours apr\u00e8s un an de travail en juin 2013.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">A la fin de notre pr\u00e9sentation, une question a \u00e9merg\u00e9:\u00a0\u00ab\u00a0peut-on proposer ce type de groupe dans une institution o\u00f9\u00a0les enfants et les adultes se c\u00f4toient en dehors du groupe?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour nous, les enfants du groupe, ainsi que toute l&rsquo;institution ont pu profiter de cette exp\u00e9rience parce qu&rsquo;elle est venue interroger une\u00a0\u00e9quipe\u00a0\u00e0\u00a0un moment o\u00f9\u00a0elle\u00a0\u00e9tait en mesure de le faire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Cheminement\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">On a bien dit groupe \u00ab\u00a0ferm\u00e9\u00a0\u00bb? Donc: verrouillage des issues, des armoires, placards, meubles, robinet d&rsquo;eau.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mais le groupe transpire, on sue\u00a0\u00e0\u00a0l&rsquo;int\u00e9rieur, ces parois sont poreuses, on nous entend\u00a0\u00e0\u00a0l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">V\u00e9rification de la solidit\u00e9\u00a0de l&rsquo;enveloppe physique par les coups donn\u00e9s dans les murs, les meubles\u2026 mais aussi de la solidit\u00e9\u00a0institutionnelle humaine, par les insultes hurl\u00e9es\u00a0\u00e0\u00a0l&rsquo;endroit des th\u00e9rapeutes du groupe comme: \u00ab\u00a0esp\u00e8ce de p\u00e8te Laden femelle\u00a0!!\u00a0\u00bb ou plus soft\u00a0: \u00ab\u00a0Le loup va casser la maison th\u00e9rapeutique!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Alors m\u00eame que ce groupe avait \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 sans trop de r\u00e9ticence, son installation physique au c\u0153ur de l&rsquo;institution le mardi apr\u00e8s-midi s&rsquo;apparente \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;une masse kystique qui bouleverse par sa seule pr\u00e9sence l&rsquo;\u00e9quilibre de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les enfants sont\u00a0\u00e9videmment en 1\u00e8re ligne pour\u00a0\u00e9prouver ces bouleversements et la tension qu&rsquo;ils provoquent chez les adultes &#8211; et nous pouvons leur faire confiance pour qu&rsquo;ils interrogent inlassablement ce qui reste\u00a0impens\u00e9!\u00a0&#8211;\u00a0Ils refusent de rentrer dans le groupe, sortent par les fen\u00eatres, importent des peluches\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Bref ils interrogent sans cesse cette bordure, cette membrane qui nous s\u00e9pare et nous lie au reste de l&rsquo;institution.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Enfin nous n\u2019avions pas anticip\u00e9 \u00e0 quel point le groupe avait besoin de l\u2019institution et \u00e0 quel point nous allions souffrir avant d\u2019\u00e9prouver sa contenance.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><em>CETTE MEMBRANE est finalement constitu\u00e9e d\u2019au-moins 3 ESPACES<\/em><\/b>\u00a0que nous avons choisis comme loupe pour \u00e9voquer ce qui se joue entre l\u2019institution et nous, dans un aller-retour.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>1 &#8211; Le couloir:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les enfants y stationnent avant d\u2019entrer dans la salle de groupe. Ils nous y attendent, s\u2019y cachent. Ils y trouvent des peluches qu\u2019ils importent dans le groupe, comme mat\u00e9riel pour eux ou\u00a0\u00e0\u00a0leur place, pour nous. Ils essaient aussi d\u2019y introduire les coussins de la salle d\u2019attente qui se trouve devant la porte du groupe. Quand ils y sont consign\u00e9s dans ce couloir, parce que nous avons d\u00e9cid\u00e9\u00a0de fermer la porte et de les attendre\u00a0\u00e0\u00a0l\u2019int\u00e9rieur, ils utilisent l\u2019interrupteur de la lumi\u00e8re (qui se trouve \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur) pour nous faire signe et finalement frappent\u00a0\u00e0\u00a0la porte avant de d\u00e9cider d\u2019entrer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mais le couloir est aussi le premier espace o\u00f9\u00a0l\u2019\u00e9quipe r\u00e9agitde mani\u00e8re tr\u00e8s\u00a0\u00e9pidermique, d\u2019abord par des: \u00ab\u00a0c\u2019est impressionnant!\u00a0\u00bb puis de fa\u00e7on plus incisive et moins polic\u00e9e \u00ab\u00a0 Mais qu\u2019est-ce qui se passe pour qu\u2019on entende un tel chambard? Autant de coups, de hurlements, d\u2019insultes?\u00a0\u00bb\u00a0\u00ab\u00a0Vous\u00a0\u00eates 2 th\u00e9rapeutes, et plut\u00f4t chevronn\u00e9es alors quoi?\u00a0\u00bb\u00a0La confiance n\u2019est plus de mise.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Plus tard, bien plus tard puisque cela se passe dans le courant de la 2<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0ann\u00e9e, une coll\u00e8gue du groupe \u00ab\u00a0conte\u00a0\u00bb lequel se tient dans une pi\u00e8ce mitoyenne, vient frapper \u00e0 la porte\u00a0: \u00ab\u00a0il y a trop de bruit nous ne pouvons plus travailler\u00a0!\u00a0\u00bb. Par la suite un enfant de notre groupe se renseigne\u00a0: \u00ab\u00a0on a fait moins de bruit aujourd\u2019hui?\u00a0\u00bb. Autant de menus \u00e9changes qui tissent entre membres de l\u2019institution enfants et soignants ce tissu conjonctif capable de contenir. Ce que nous avions pu ressentir au d\u00e9but comme intrusif et culpabilisant, nous l\u2019avons \u00e0 ce moment-l\u00e0, v\u00e9cu, ressenti comme bienveillant.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Un autre jour nous allons \u00e0 nouveau \u00e9prouver la fonction de zone tampon\u00a0du couloir : alors que les enfants r\u00e9sistent \u00e0 entrer dans la salle de groupe et que nous d\u00e9battons autour de la porte, \u00ab\u00a0la maitresse de maison\u00a0\u00bb appara\u00eet avec ses seaux et balais brosse et leur dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui ne veulent pas aller dans le groupe viennent faire le m\u00e9nage avec moi\u00a0\u00bb, l\u2019effet est imm\u00e9diat: 3 enfants sur 4 se pr\u00e9cipitent dans notre salle de groupe, le 4<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0accepte de la suivre mais finalement se rallie au\u00a0\u00a0mouvement groupal.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>2\u00a0\u2013\u00a0Le rassemblement:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il a lieu avant les groupes th\u00e9rapeutiques proprement dits. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un moment o\u00f9\u00a0tous, enfants et adultes pr\u00e9sents dans l\u2019institution sont rassembl\u00e9s et o\u00f9\u00a0chacun\u00a0\u00e0\u00a0son tour, peut prendre la parole s&rsquo;il le souhaite et doit\u00a0\u00e9couter celui qui prend la parole. C\u2019est un exercice tr\u00e8s difficile pour ces enfants atteints de pathologie o\u00f9 dominent les angoisses archa\u00efques et pour les adultes qui n\u2019ont pas l\u2019habitude de prendre en compte dans ce temps-l\u00e0 la r\u00e9gression qu\u2019induit la mise en groupe. Les 1ers temps nous assistons \u00e0 la sid\u00e9ration de la pens\u00e9e et \u00e0 l\u2019inhibition des adultes induites par notre pr\u00e9sence \u00ab\u00a0\u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb: groupe\u00a0\u00e9tranger, th\u00e9rapeute\u00a0\u00e9tranger, support th\u00e9orique\u00a0\u00e9tranger. Nous-m\u00eames nous sentons \u00e0 la limite de la l\u00e9gitimit\u00e9, ce qui nous encourage peu \u00e0 la prise de parole.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous avons l\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 tr\u00e8s fort la difficult\u00e9 de ne pas \u00eatre dans une attitude commune entre adultes vis \u00e0 vis des enfants. Une coll\u00e8gue dit \u00e0 ce sujet:\u00a0\u00ab\u00a0On dirait que les adultes ne sont pas accord\u00e9s, c\u2019est la premi\u00e8re fois que je ressens \u00e7a!\u00a0\u00bb\u00a0; il y avait quelque chose \u00e0 entendre pour entamer une r\u00e9flexion avec l\u2019institution; une autre soignante de dire:\u00a0\u00ab\u00a0nous ne sommes pas contenants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le rassemblement a lieu dans la grande salle de r\u00e9union au milieu de laquelle il n\u2019y a qu\u2019une petite table, donc beaucoup d\u2019espace vide autour, et le jour de notre groupe, assis sur des fauteuils le long des murs, onze enfants et six adultes; comme on peut l\u2019imaginer les corps coulent, les enfants s\u2019invectivent, les \u00e9motions sont fortes, l\u2019indiff\u00e9renciation \u00e0 son comble. Le sens structurant de ce \u00ab\u00a0rassemblement\u00a0\u00bb devient flou et tout le monde l\u2019appr\u00e9hende. Pour ce qui l\u2019en est d\u2019un \u00ab\u00a0rassemblement\u00a0\u00bb \u00e9ventuel, on ne ressent plus que sensation de morcellement et non d\u2019unification. Lorsque l\u2019excitation est maximale, on en vient de fa\u00e7on d\u00e9vitalis\u00e9e \u00e0 faire la liste des absents et on abr\u00e8ge le supplice.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est dans ce moment qu\u2019un enfant de notre groupe demande \u00e0 plusieurs reprises la derni\u00e8re ann\u00e9e: \u00ab Quand est-ce qu\u2019on va au groupe?\u00a0\u00bb, signifiant \u00e0 la fois ce malaise g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le grand groupe du \u00ab\u00a0rassemblement\u00a0\u00bb et le d\u00e9sir d\u2019aller au groupe \u00ab\u00a0paroles en jeu\u00a0\u00bb qui est devenu au fil du processus th\u00e9rapeutique et de notre int\u00e9gration dans l\u2019institution, un lieu enviable et non plus un lieu d\u2019angoisse, de chaos. Un groupe o\u00f9 on pouvait entrer tranquillement sans rester cach\u00e9 dans le couloir, sans les objets du dehors.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Au fil du temps, nous avons accept\u00e9 les r\u00e8gles plus \u00e9ducatives de ce moment institutionnel, tandis que nos interventions groupales pouvaient \u00eatre entendues et reprises par des coll\u00e8gues. Nous avons pu nous accorder pour que ce moment soit davantage partageable, moins anxiog\u00e8ne m\u00eame s\u2019il reste un moment qui interroge les options th\u00e9orico-cliniques de l\u2019institution.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>3- La synth\u00e8se:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est le temps d\u2019\u00e9laboration en\u00a0\u00e9quipe. Nous avions propos\u00e9\u00a0de prendre date pour parler de notre groupe en synth\u00e8se ce qui n\u2019est pas habituel dans cette institution. En effet une synth\u00e8se est toujours centr\u00e9e sur un enfant, pas sur un groupe. Apr\u00e8s des actes manqu\u00e9s signifiants de part et d\u2019autre, nous avons pu enfin consacrer un temps pour une premi\u00e8re r\u00e9union. V\u00e9ronique fait\u00a0\u0153uvre de p\u00e9dagogie pour expliciter les mouvements groupaux et donner du sens\u00a0\u00e0\u00a0l&rsquo;agitation per\u00e7ue par les voisins. Nos coll\u00e8gues paraissent int\u00e9ress\u00e9s et demandent de poursuivre nos rencontres sur ce th\u00e8me, nous pla\u00e7ant en position d\u2019expertise, alors que nous nous sentons apprenties.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Petit\u00a0\u00e0\u00a0petit s\u2019op\u00e8re un d\u00e9placement de la discussion sur le rassemblement: malaise, ce rassemblement du mardi est difficile. Nous d\u00e9battons de ce num\u00e9ro d\u2019\u00e9quilibriste que nous avons \u00e0 faire si l\u2019on veut prendre en compte l\u2019angoisse suscit\u00e9e par le grand groupe et l\u2019exigence \u00e9ducative adress\u00e9e aux enfants de s\u2019\u00e9couter et de converser de fa\u00e7on civile.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Lors de la deuxi\u00e8me rencontre, nous parlons \u00e0 la demande des coll\u00e8gues d\u2019un des gar\u00e7ons du groupe qui inqui\u00e8te parce qu\u2019il dort pendant la plupart de ses autres temps th\u00e9rapeutiques. Nous acceptons la r\u00e8gle de la synth\u00e8se qui est de parler d\u2019UN enfant. L\u2019\u00e9quipe retrouve ses marques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Lors de la troisi\u00e8me rencontre, le m\u00e9decin responsable souhaite que nous continuions notre groupe l\u2019ann\u00e9e suivante. Nous ne le ferons pas, nous avions projet\u00e9 une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e et nous nous en tenons \u00e0 notre projet initial. Mais nous appr\u00e9cions l\u00e0 le chemin parcouru ensemble.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Depuis d\u2019autres propositions de travail singuli\u00e8res sont faites au sein du CATTP que nous savons \u00eatre le fruit de cette exp\u00e9rience.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><em>Les enfants, l\u2019\u00e9quipe, l\u2019institution ont-ils profit\u00e9 de cette exp\u00e9rience de groupe d\u2019association libre dans ce lieu\u00a0?<\/em><\/b><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les enfants\u00a0oui, par ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu, travers\u00e9 et \u00e9labor\u00e9 avec nous,\u00a0mais aussi par le changement de regard des autres membres de l\u2019\u00e9quipe. L&rsquo;\u00e9quipe se d\u00e9sesp\u00e9rait que A. dorme pendant tous ses autres temps th\u00e9rapeutiques. Au fil du temps et apr\u00e8s avoir jou\u00e9\u00a0l&rsquo;endormissement et la mort dans notre groupe il a pu sortir de sa r\u00e9serve ailleurs. T. \u00e9tiquet\u00e9 d\u00e9ficitaire en sus de sa psychose et v\u00e9cu comme mauvais objet par certains soignants a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans le groupe d\u2019\u00e9tonnantes capacit\u00e9s de verbalisation dont il a su faire profiter le grand groupe pendant le rassemblement, interrogeant tr\u00e8s finement le malaise entre les soignants,\u00a0en r\u00e9sum\u00e9 en posant autant de fois qu\u2019il a fallu, la question \u00ab\u00a0mais qui d\u00e9cide des r\u00e8gles\u00a0?\u00a0\u00bb. C\u2019est lui qui demandait r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0quand est ce qu\u2019on va au groupe\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les th\u00e9rapeutes du groupe\u00a0ont pu\u00a0\u00e9prouver progressivement la s\u00e9curit\u00e9\u00a0que l\u2019enveloppe institutionnelle pouvait apporter, ainsi que la possibilit\u00e9\u00a0d\u2019une prise de risque de l\u2019institution pour accueillir une nouvelle exp\u00e9rience qui bouleversait ses habitudes.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Evidemment pour nous cela a \u00e9t\u00e9 aussi la possibilit\u00e9\u00a0de poursuivre la formation au CIRPPA et de la\u00a0\u00ab\u00a0partager\u00a0\u00bb\u00a0avec les coll\u00e8gues du CATTP\u00a0; c\u2019est parce que nous avons pu beaucoup parler en supervision de ce qui se passait dans le groupe, que nous avons pu \u00eatre rassur\u00e9es sur la banalit\u00e9 de toute cette pagaille \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et que nous avons pu envisager de nous exposer au rassemblement et en synth\u00e8se, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Enfin\u00a0l\u2019\u00e9quipe\u00a0avec nous semble aussi avoir profit\u00e9\u00a0de cette exp\u00e9rience:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Elle a trouv\u00e9 un int\u00e9r\u00eat \u00e0 c\u00f4toyer ce\u00a0nouveau mod\u00e8le th\u00e9orique pour elle, et ensemble nous avons exp\u00e9riment\u00e9 que les attaques dans les groupes peuvent\u00a0\u00eatre contenues\u00a0<strong>par<\/strong>\u00a0les groupes parce que les groupes sont contenus par l\u2019institution, son cadre mat\u00e9riel et humain.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous avons \u00e9prouv\u00e9 ce qu\u2019est un collectif th\u00e9rapeutique, fait de tous les membres du personnel, soignants, agent, secr\u00e9taire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous avons pu affronter les v\u00e9cus pers\u00e9cutifs que procurent souvent les changements d\u2019organisation institutionnelle<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00e9quipe a pu interroger\u00a0son fonctionnement \u00e0 partir d\u2019un malaise ressenti dans l\u2019espace commun du rassemblement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Elle a su r\u00e9investir le fruit de cette exp\u00e9rience dans d\u2019autres espaces, d\u2019autres projets.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Elle a pu \u00e9prouver les \u00ab\u00a0liens d\u2019autonomie, de reconnaissance et de respect mutuel\u00a0\u00bb (Chapelier) qui forment un tissu institutionnel de bonne qualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00e9quipe a montr\u00e9 un mouvement fortement ambivalent au d\u00e9but puis une disposition pour un travail psychique qui nous a permis d\u2019\u00e9changer et d\u2019avancer ensemble.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous pouvons parler des limites qu\u2019a trouv\u00e9es ce groupe dans ce dispositif.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour les raisons que nous avons donn\u00e9es au d\u00e9but de notre intervention nous avons limit\u00e9 la dur\u00e9e \u00e0 2 ans, 2 ann\u00e9es scolaires. Nous n\u2019avons donc pas pu\u00a0travailler ensemble le moment de l\u2019arr\u00eat.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Bien \u00e9videmment les\u00a0r\u00e8gles de restitution et d\u2019abstinence ne peuvent \u00eatre soutenues dans ce type de lieu. Il peut \u00eatre m\u00eame parfois compliqu\u00e9 en tant que th\u00e9rapeute du groupe d\u2019entendre tout ce qui se dit dans d\u2019autres endroits concernant les enfants du groupe. De ce fait la place de Laurence a sembl\u00e9 peut-\u00eatre plus confortable que celle de V\u00e9ronique. N\u00e9anmoins il nous para\u00eet que justement cette possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre dedans et dehors a permis tout le travail institutionnel dont nous venons de parler.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous aurions pu approfondir notre r\u00e9flexion sur les \u00e9chos. Mais nous nous sommes aper\u00e7us en reprenant les notes que nous nous \u00e9tions focalis\u00e9es sur le processus dans le groupe et que nous n\u2019avions pas pens\u00e9 ou moins pens\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ce qui se passait dans les couloirs ou dans le rassemblement concernant le groupe. Cela aurait \u00e9videmment \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cieux pour notre sujet d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Enfin nous ne voulons pas g\u00e9n\u00e9raliser parce qu\u2019on peut avoir le sentiment que ce qui est possible \u00e0 un moment ne le serait plus \u00e0 un autre, ou n\u2019aurait pu l\u2019\u00eatre avant. On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se que cette institution de par le renouvellement important du personnel et dans un deuil des p\u00e8res fondateurs qui commence \u00e0 s\u2019\u00e9loigner, la cr\u00e9ativit\u00e9 est \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u2026\u00e7a cherche!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Discussion g\u00e9n\u00e9rale (reprise par\u00a0\u00a0C. CHAMPONNOIS)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les expos\u00e9s de D. Qu\u00e9lin, D. Roffat, V. Fran\u00e7ois et L. Guibert ont permis d&rsquo;aborder diff\u00e9rentes questions sur la th\u00e9matique :groupes et institutions-lieux de vie. Les premiers groupes concernaient des enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de la latence et se d\u00e9roulaient en ambulatoire en CMPP. On est pass\u00e9 \u00e0 des groupes d&rsquo;enfants d&rsquo;\u00e2ges divers dans des institutions du m\u00e9dico-social avec une nouvelle difficult\u00e9 : les enfants se connaissent et se rencontrent dans la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. Ces groupes psychoth\u00e9rapiques doivent en plus trouver place dans la trame institutionnelle sans \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une activit\u00e9 offerte aux enfants. D&rsquo;autre part on se confronte \u00e0 une plus grande difficult\u00e9 \u00e0 construire des groupes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dans des institutions qui accueillent des enfants\u00a0\u00a0de m\u00eame\u00a0\u00a0pathologie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Diff\u00e9rentes questions ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La formation des groupes: Qui d\u00e9cide de l&rsquo;entr\u00e9e des enfants ou adolescents dans le groupe ? Beaucoup s&rsquo;accordent (Roffat, Poncelet) \u00e0 soigner le travail pr\u00e9paratoire du groupe, en lien avec les m\u00e9decins, les \u00e9ducateurs en r\u00e9union de synth\u00e8se et \u00e0 prendre en compte les rencontres informelles avec le personnel dans l&rsquo;institution. Dans l&rsquo;exemple donn\u00e9 par V. Fran\u00e7ois et L. Guibert, le montage est diff\u00e9rent : on passe du grand groupe au petit groupe et les th\u00e9rapeutes ne choisissent pas les enfants bien que ceux ci aient \u00e9t\u00e9 choisis \u00e0 un moment donn\u00e9 et par quelqu&rsquo;un (Chapelier). Le travail de r\u00eaverie du th\u00e9rapeute qui construit son groupe dans les rencontres avec les candidats au groupe n&rsquo;occupe pas le devant de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les relations avec les \u00e9ducateurs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans ces institutions lieux de vie, il y a surtout des \u00e9ducateurs. La question de la diff\u00e9renciation, soulign\u00e9e par JJ.Grappin se pose de fa\u00e7on aigu\u00ebs et est sans cesse remise au travail. Les \u00e9ducateurs aussi ont des groupes : en quoi\u00a0\u00a0sont- ils diff\u00e9rents ? D. Roffat diff\u00e9rencie\u00a0\u00a0le groupe th\u00e9rapeutique de l&rsquo;\u00e9ducateur et le groupe psychoth\u00e9rapeutique du psychologue, il diff\u00e9rencie aussi le temps du groupe du temps de placement (les enfants reviennent dans son groupe en ayant quitt\u00e9 l&rsquo;\u00e9tablissement). La question du temps est importante car comment intercaler le temps du groupe dans le temps du service sans d\u00e9sorganiser et alimenter le v\u00e9cu des soignants d&rsquo;un rapt des enfants (J-J. Poncelet).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les fantasmes mis en \u0153uvre<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans les institutions pr\u00e9sent\u00e9es on peut rep\u00e9rer les fantasmes en \u0153uvre, notamment celui du rapt de l&rsquo;enfant, l&rsquo;institution se sentant alors d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e. De m\u00eame les fantasmes sur ce qui se passe derri\u00e8re la porte de la salle du groupe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">On revient sans cesse \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 du travail commun dans les r\u00e9unions de synth\u00e8se ou autre types de rencontres.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Quel type de fonctionnement peut -on alors rep\u00e9rer? D. Roffat pointe dans son institution le c\u00f4t\u00e9 maternel du travail des \u00e9ducateurs, ce que n&rsquo;a pas saisi J.B. Chapelier dans une exp\u00e9rience dans un ITEP o\u00f9, au contraire, le c\u00f4t\u00e9 paternel est port\u00e9 par l&rsquo;\u00e9ducatif et le c\u00f4t\u00e9 maternel par le psychologique . P. Laurent propose l&rsquo;id\u00e9e\u00a0\u00a0d&rsquo;un retour sur la dimension de l&rsquo;interdit de l&rsquo;inceste, comme si quelque chose manque et n\u00e9cessite le rappel des interdits. En effet pour elle les enfants peuvent porter une fonction phorique dans le groupe . Ce sont les enfants qui demandent dans le grand groupe de l&rsquo;institution de V.Fran\u00e7ois et L.Guibert : \u00ab\u00a0qui commande ici?\u00a0\u00bb. La synth\u00e9se peut \u00eatre un espace essentiel pour prendre conscience de ce qui se passe .<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Qu&rsquo;est ce qui fait trauma dans l&rsquo;institution ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;exp\u00e9rience relat\u00e9e par D. Roffat d\u00e9crit un v\u00e9cu catastrophique \u00e0 partir de plusieurs \u00e9l\u00e9ments: un changement de directeur, l&rsquo;introduction d&rsquo;un nouveau dispositif pour les \u00e9ducateurs, des \u00e9l\u00e9ments violents bruts sortant du groupe. Le nouveau directeur est issu du groupe des \u00e9ducateurs ce qui va d\u00e9stabiliser ce groupe, et la proposition d&rsquo;un travail\u00a0\u00a0avec un intervenant ext\u00e9rieur pour les \u00e9ducateurs afin d&rsquo;\u00e9laborer l&rsquo;accompagnement des enfants au groupe ,est mal v\u00e9cue comme si les \u00e9ducateurs \u00e9taient de mauvais parents et violemment refus\u00e9e . Il faut souligner le travail important de D. Roffat dans cette institution (20 ans) , il a beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi aux dispositifs de transformation pour traiter les sorties de groupe , et aux pratiques interstitielles (palabres par ex). Le nouveau dispositif propos\u00e9 \u00e9tait il ad\u00e9quat \u00e0 ce moment pr\u00e9cis ? L&rsquo;important est de savoir que le cadre interne du th\u00e9rapeute a continu\u00e9 de fonctionner, que le groupe a poursuivi son parcours, et que les enfants ont pu vraiment jouer quand ils sont sortis de l&rsquo;impasse institutionnelle. Nous esp\u00e9rons que D. Roffat nous en dira plus une autre fois!!!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Un aspect de ce dispositif a pu \u00eatre questionn\u00e9 et pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 savoir la place de l&rsquo;accompagnateur. Un \u00e9ducateur accompagne les enfants pour leur s\u00e9ance dans un lieu sp\u00e9cifique \u00e9loign\u00e9 des lieux de vie et les attend dans une salle d&rsquo;attente adjacente. Ce travail est mis en valeur car sans lui la prise en charge ne serait pas possible. Il faut faire le lien ici avec la pathologie particuli\u00e8re des enfants , les limites du groupe sont tr\u00e8s importantes mais aussi la question du trauma et les zones de passage \u00e0 risque. Le risque et le clivage sont tout le temps pr\u00e9sents.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Petite remarque personnelle:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">On voit toute l&rsquo;importance\u00a0\u00a0pour les th\u00e9rapeutes de groupe de travailler ces situations difficiles dans des groupes de supervision, d&rsquo;intervision ou de recherche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>2\u00b0 Les groupes soignants-soign\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Questions autour de l\u2019articulation entre un groupe th\u00e9rapeutique et l\u2019h\u00f4pital de jour\u00a0\u00a0JEAN-JACQUES PONCELET<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Travail institutionnel et Groupe soignants soign\u00e9s dans un foyer th\u00e9rapeutique pour adolescents.\u00a0BERNADETTE RATEL<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Introduction th\u00e9orique:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je me propose de pr\u00e9senter un dispositif groupal existant au sein d\u2019un foyer th\u00e9rapeutique pour adolescents et r\u00e9unissant l\u2019\u00e9quipe soignante et les adolescents accueillis. Outil essentiel du travail th\u00e9rapeutique institutionnel, il s\u2019inscrit dans un r\u00e9seau de dispositifs\u00a0qui inclue des entretiens individuels et familiaux ainsi que\u00a0\u00a0des s\u00e9jours th\u00e9rapeutiques\u00a0 pour les patients. Par ailleurs pour les soignants\u00a0sont mis en place plusieurs r\u00e9unions\u00a0: une de synth\u00e8se qui \u00e9value la progression de chaque adolescent, une clinique qui approfondit les probl\u00e9matiques relationnelles, et enfin une r\u00e9union institutionnelle qui tente d\u2019\u00e9lucider les difficult\u00e9s au sein de l\u2019\u00e9quipe. Ce dispositif inspir\u00e9 par le courant de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, cherche \u00e0 favoriser les processus d\u2019int\u00e9gration, d\u2019int\u00e9riorisation, de liaison et d\u2019\u00e9laboration des \u00e9l\u00e9ments non symbolis\u00e9s mis en d\u00e9p\u00f4t au sein de l\u2019institution sous la forme du \u00ab\u00a0transfert spatial\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ce groupe soignants-soign\u00e9s va constituer un espace qui actualise et sc\u00e9narise les difficult\u00e9s institutionnelles, elles m\u00eames en relation avec celles des adolescents. Les liens d\u2019interd\u00e9pendance et de r\u00e9sonance entre patients et institution s\u2019y d\u00e9ploient pleinement et potentialisent les manifestations psychopathologiques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Comme le fait remarquer C. Matha (2012, p.56) \u00ab\u00a0le groupe, faisant fonction de m\u00e9diateur entre les patients et l\u2019\u00e9quipe soignante, serait \u00e0 m\u00eame de pouvoir remplir une fonction tierce de r\u00e9gulation et de transformation des processus de d\u00e9 liaison, de destructivit\u00e9, de d\u00e9pression, de clivage et de confusion\u00a0\u00bb. La pr\u00e9sence d\u2019un animateur qui peut prendre en compte\u00a0\u00a0la \u00ab\u00a0cha\u00eene associative groupale\u00a0\u00bb au sein de la dynamique de groupe est alors essentielle, car celle-ci exprime les fantasmes et d\u00e9sirs qui circulent dans le groupe et, par rebond, dans l\u2019institution.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est un groupe hebdomadaire qui r\u00e9unit l\u2019ensemble des adolescents et les diff\u00e9rents membres de l\u2019\u00e9quipe soignante pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019heure du groupe. Le m\u00e9decin n\u2019y participe pas.\u00a0Groupe semi-ouvert, du fait de l\u2019arriv\u00e9e en cours d\u2019ann\u00e9e de nouveaux adolescents et de la participation des stagiaires, qui interroge tr\u00e8s vivement les rapports entre dedans\/dehors, \u00e9tanch\u00e9it\u00e9\/ perm\u00e9abilit\u00e9, et donc de s\u00e9paration et d\u2019individuation\u00a0; il dure 1 heure.\u00a0Ce temps est particulier, puisque seul moment o\u00f9 les adolescents se trouvent r\u00e9unis avec l\u2019ensemble des soignants. Ce groupe permet donc aux adolescents de se faire une repr\u00e9sentation de la globalit\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe soignante et de son fonctionnement (organisationnel et affectif). Pour les soignants, c\u2019est le moment pour\u00a0\u00a0saisir la dynamique groupale du groupe \u00ab\u00a0adolescent\u00a0\u00bb.\u00a0\u00a0La r\u00e8gle principale est l\u2019association libre groupale (on pourrait dire institutionnelle) ce qui encourage l\u2019expression de fantasmes dont on conna\u00eet l\u2019importance \u00e0 l\u2019adolescence. Il faut remarquer qu\u2019il y a une contrainte \u00e0 la participation du c\u00f4t\u00e9 des adolescents (elle est impossible \u00e0 mettre en place pour les soignants). Cette obligation permet cependant aux\u00a0\u00a0adolescents, d\u2019exprimer leur agressivit\u00e9, d\u00e9plac\u00e9e sur le groupe, mais au del\u00e0, cette situation met \u00e0 jour les processus projectifs\u00a0; en effet les adolescents pr\u00eatent des pens\u00e9es et des intentions plus ou moins inqui\u00e9tantes aux soignants.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est aussi le lieu o\u00f9 apparaissent clairement les liens et m\u00eames alliances (conscientes et inconscientes) entre les divers acteurs de l\u2019institution.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">D\u2019autre part, par son caract\u00e8re fixe et p\u00e9renne, ainsi que par la permanence du lieu, ce groupe assure un rep\u00e8re essentiel dans le cadre de la vie institutionnelle, particuli\u00e8rement investi par les adolescents\u00a0: ceux-ci s\u2019installent parfois \u00bd h, voire 1h avant le d\u00e9but de la s\u00e9ance et les plus anciens ayant quitt\u00e9 le foyer peuvent rendre visite \u00e0 l\u2019heure du groupe et s\u2019enqu\u00e9rir de sa permanence.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le groupe s\u00e9curisant par l\u2019installation de m\u00e9ta cadre (ou arri\u00e8re-fond) va permettre de mettre en place\u00a0\u00a0des processus de r\u00e9p\u00e9tition c\u2019est \u00e0 dire de reproduction des v\u00e9cus traumatiques issus des \u00e9l\u00e9ments psychiques non symbolis\u00e9s aux cours des histoires individuelles. Mais dans le m\u00eame temps les impens\u00e9s institutionnels sont aussi pr\u00e9sents ce qui rend l\u2019analyse quelquefois difficile.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le lendemain lors de la r\u00e9union de synth\u00e8se hebdomadaire, la pr\u00e9sentation du groupe de parole est le premier sujet de discussion inscrit \u00e0 l\u2019ordre du jour, ce qui permet \u00e0 ceux des membres de l\u2019\u00e9quipe non pr\u00e9sents \u00e0 la s\u00e9ance d\u2019\u00eatre associ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9vocation des ressentis et \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement des liens avec la vie \u00e9motionnelle institutionnelle du moment. Ensemble, nous tentons de rassembler, dans ce temps d\u2019apr\u00e8s-coup, les \u00e9l\u00e9ments apparemment disjoints pour leur donner un sens (d\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019une formation psychanalytique de l\u2019animateur tant individuelle que groupale, mais aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019acceptation par l\u2019\u00e9quipe de ce type de fonctionnement, qui soul\u00e8ve souvent de grandes r\u00e9sistances).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La clinique nous montre plusieurs niveaux de fonctionnement\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211; le groupe de pairs est \u00e0 valoriser en ce temps de l\u2019adolescence, des travaux (J-B. Chapelier, 2000) ont montr\u00e9 combien le groupe de pairs est une des sources principales de gratification et de soutien narcissique en particulier dans les moments d\u2019illusion groupale, ce qui permet \u00e0 l\u2019adolescent de se d\u00e9gager des liens aux parents \u0153dipiens et de soutenir de nouvelles identifications.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211; la r\u00e9union des deux groupes permet d\u2019\u00e9laborer et de surmonter les moments intenses tant d\u2019agressivit\u00e9 que de retour des angoisses de percussion.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0souvent l\u2019organisation de ce groupe soignants-soign\u00e9s renvoie aussi \u00e0 un mod\u00e8le de type familial. Cependant une famille particuli\u00e8re \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable qui convoque aussi bien l\u2019indiff\u00e9renciation, que des rappels \u00e0 l\u2019autorit\u00e9. Les soignants eux m\u00eame s\u2019identifie \u00e0 des patents dans leur double r\u00f4le\u00a0: punir, materner ou s\u2019inqui\u00e9ter \u00ab on les accompagne un peu comme nos propres enfants \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je vais donner quelques exemples du contenu de ces groupes, pour ensuite m\u2019attacher \u00e0 d\u00e9crire le parcours d\u2019une adolescente, cherchant ainsi \u00e0 comprendre les effets de ce groupe au niveau individuel et collectif\u00a0\u00a0et \u00e0 montrer comment il n\u2019est qu\u2019un des maillons du dispositif institutionnel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>I\u00a0: Le fonctionnement groupal et institutionnel\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Voici les 3 premi\u00e8res s\u00e9ances du groupe soignants-soign\u00e9s auxquelles je participe 6 mois apr\u00e8s mon arriv\u00e9e dans le service :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>S\u00e9ance 1\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous rappelons le cadre de temps (1 H), l&rsquo;espace (le salon), les personnes pr\u00e9sentes, le caract\u00e8re obligatoire et la parole libre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il est fait allusion \u00e0 l&rsquo;absence du Docteur V. Un adolescent dit que la seule s\u00e9ance int\u00e9ressante par le pass\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 celle o\u00f9 le Docteur V avait fait la dissertation de philo d&rsquo;une ado. Puis se d\u00e9gage le th\u00e8me de la peur et du courage. Valentin prend le commandement du groupe et demande \u00e0 chaque adolescent son avis sur la question. Je propose que les adultes aussi donnent leur avis: peur de l&rsquo;inconnu, peur du vieillissement, peur de la mort, peur et d\u00e9fi de se poser la question du \u00ab courage extr\u00eame\u00bb. J&rsquo;ajoute peur de ce nouveau groupe et le courage serait de se soigner?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Clara associe sur une situation extr\u00eame qui serait de faire un enfant pour sauver un autre enfant qui serait en danger de mort: la discussion s&rsquo;engage autour du d\u00e9sir d&rsquo;enfant et je tente de glisser sur l&rsquo;id\u00e9e du d\u00e9sir de ce groupe. On a du mal \u00e0 se quitter.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Commentaires:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour ma premi\u00e8re s\u00e9ance de groupe, je sens une bonne entente du groupe des soignants qui ont particip\u00e9 sans crainte du risque d&rsquo;indiff\u00e9renciation groupale, montrant un plaisir \u00e0 penser, et les ados, un besoin de ce temps de groupe m\u00eame si \u00e7a fait peur de laisser venir ces questions si angoissantes \u00e0 l&rsquo;adolescence, la mort, l&rsquo;amour, le d\u00e9sir avec peut-\u00eatre inconsciemment la naissance d&rsquo;un fantasme d&rsquo;auto-engendrement puisqu&rsquo;on pourrait faire un enfant pour en sauver un autre qui peut mourir et ainsi de penser ce groupe comme immortel. Les adolescents sans doute \u00e9voquaient par r\u00e9sonnance les d\u00e9sirs de s\u00e9duction de l\u2019\u00e9quipe soignante vis \u00e0 vis de la nouvelle psychologue\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>S\u00e9ance 2:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le cadre de sant\u00e9 annonce qu&rsquo;il ne sera pas l\u00e0 la semaine prochaine. Christine qui n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 la semaine derni\u00e8re est pr\u00e9sente. Une question se d\u00e9gage: \u00ab croit-on au coup de foudre? \u00bb Christine r\u00e9pond \u00ab oui \u00bb, d&rsquo;autres \u00ab non \u00bb, Luc en propose une brillante d\u00e9finition. Puis nous rappelons que lundi prochain Christine ne sera plus au foyer, sa sortie \u00e9tant pr\u00e9vue ce week-end. Elle dit qu&rsquo;elle emportera des photos du groupe et qu&rsquo;elle gardera des contacts avec certains. V\u00e9ronique dit qu&rsquo;elle partira sans rien garder, sans faire de f\u00eate, ne cherchant pas \u00e0 faire allusion \u00e0 ses longues hospitalisations et s\u00e9parations d&rsquo;avec sa famille. Elise, souffrant elle aussi d&rsquo;anorexie sort en pleurant. Elle revient peu de temps apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Commentaires:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le d\u00e9but de coh\u00e9sion groupale ressenti la semaine pr\u00e9c\u00e9dente est un peu mis \u00e0 mal par l&rsquo;annonce de l&rsquo;absence prochaine d&rsquo;un des adultes. Mais elle permet toutefois d&rsquo;aborder des angoisses d\u00e9pressives li\u00e9es au d\u00e9part pr\u00e9vu de plusieurs adolescents\u00a0\u00a0du groupe, Christine montre qu&rsquo;elle pourra emmener une bonne institution introject\u00e9e, ce qui n&rsquo;est pas encore le cas de V\u00e9ronique qui est encore hostile \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du groupe. Ce th\u00e8me du d\u00e9part \u00e9voque aussi celui de la pr\u00e9c\u00e9dente psychologue qui a quitt\u00e9 le foyer alors qu\u2019elle \u00e9tait en conflit aigu avec le m\u00e9decin et le coup de foudre pour la nouvelle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">S\u00e9ance 3\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s un silence et des rapproch\u00e9s ou alliances par 2 : chez les filles Carine et Lilas, chez les gar\u00e7ons: Thierry et Lu,<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Carine veut parler d&rsquo;un probl\u00e8me important: elle ne supporte plus que quelqu&rsquo;un du groupe qu&rsquo;elle ne nomme pas, la tienne \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, l&rsquo;ignore, la rejette. Il y a un silence puis Elise dit avoir v\u00e9cu cela de la part d&rsquo;Adrien, un adolescent qui a quitt\u00e9 les Trois Logis. V\u00e9ronique s&rsquo;allie \u00e0 Elise. Une infirmi\u00e8re donne la parole \u00e0 Clara (dont elle sait qu&rsquo;elle est la jeune fille qui tient Carine \u00e0 distance) mais celle-ci ne peut prendre la parole.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je dis l&rsquo;importance de pouvoir \u00e9voquer un conflit dans le groupe. Elise m&rsquo;agresse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Commentaires:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">On observe l\u00e0 des couplages en d\u00e9fense contre l&rsquo;angoisse que peut susciter le grand groupe, d\u00e9fense contre les angoisses parano\u00efaques dit Bion,\u00a0\u00a0mais aussi des couplages de deux ados de m\u00eame sexe, \u00e7a m&rsquo;\u00e9voque l&rsquo;importance des relations homophiliques \u00e0 l&rsquo;adolescence, \u00e9loignant temporairement la dangerosit\u00e9 des d\u00e9sirs \u0153dipiens. Lorsqu&rsquo;Elise me remet \u00e0 ma place, je pense \u00e0 cette fonction de bouc-\u00e9missaire qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;assigner \u00e0 l&rsquo;un des membres du groupe de soignants (plut\u00f4t m\u00eame la psychologue) pour pr\u00e9server le\u00a0\u00a0narcissisme du groupe des adolescents. Je pense qu\u2019il y a \u00e0 travers ces trois s\u00e9ances une sc\u00e9narisation institutionnelle des conditions d\u2019arriv\u00e9e de la nouvelle psychologue et une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de celle-ci, l\u2019ancienne n\u2019avait pas support\u00e9 sa relation difficile avec le psychiatre et \u00e9tait partie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">A la s\u00e9ance suivante, c&rsquo;est tout le groupe des infirmiers qui est attaqu\u00e9 pour la mauvaise organisation de la journ\u00e9e de l&rsquo;Ascension le jeudi pr\u00e9c\u00e9dent, mais il est aussi question de d\u00e9finir ce qui est th\u00e9rapeutique dans ce foyer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Probl\u00e9matique ambivalente \u00e9voquant une contestation de l\u2019existence m\u00eame du foyer, mais aussi exprimant tous les espoirs que ce dernier contient\u00a0: que va faire la nouvelle psychologue, question pos\u00e9e par les adolescents autant que par l\u2019\u00e9quipe soignante.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le groupe soignants-soign\u00e9s est porte-parole et en m\u00eame temps conteneur des inqui\u00e9tudes institutionnelles quant \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la nouvelle psychologue et \u00e0 l\u2019abandon du groupe par le psychiatre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>II\u00a0: Cas individuel\u00a0: Marine<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je vous propose de poursuivre le questionnement de ce fonctionnement institutionnel \u00e0 partir d\u2019une illustration clinique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine, 15 ans est hospitalis\u00e9e pour anorexie mentale s\u00e9v\u00e8re. La premi\u00e8re ann\u00e9e est marqu\u00e9e par une aggravation de son \u00e9tat la conduisant \u00e0 des allers-retours entre diff\u00e9rents services, p\u00e9diatrie, r\u00e9animation, p\u00e9dopsychiatrie\u2026.Puis, c\u2019est \u00e0 la fin de cette premi\u00e8re ann\u00e9e,\u00a0\u00a0le contact ayant toujours \u00e9t\u00e9 maintenu avec elle par les adolescents et les soignants, qu\u2019elle peut r\u00e9int\u00e9grer le foyer. Nous allons suivre son \u00e9volution pendant cette deuxi\u00e8me ann\u00e9e, selon\u00a0\u00a03 phases\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0-la d\u00e9 liaison pulsionnelle qui \u00e0 l\u2019adolescence est \u00e0 mettre en lien avec les transformations pubertaires, la r\u00e9surgence des angoisses archa\u00efques, la menace identitaire et les remaniements instanciels.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0-les remaniements narcissiques et objectaux, fruit du travail du groupe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0-le temps de reliaison favoris\u00e9 par les entretiens individuels.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>1\/ la d\u00e9 liaison pulsionnelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>S\u00e9ance 1<br \/>\n<\/strong>On est en p\u00e9riode de rentr\u00e9e scolaire. On a d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les anciens, de l&rsquo;autre les nouveaux. Une certaine agressivit\u00e9 r\u00e8gne entre eux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le groupe commence par l&rsquo;annonce de l&rsquo;absence d&rsquo;une des adolescentes (hospitalis\u00e9e en p\u00e9diatrie \u00e0 la suite d\u2019une TS. Certains adolescents s&rsquo;inqui\u00e8tent de ce qui lui arrive. C\u00e9line \u00e9galement, dimanche soir, alors qu&rsquo;elle rentrait en voiture avec son fr\u00e8re a fait une \u00abTS\u00bb en buvant un s\u00e9datif qu&rsquo;elle a d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re. De plus, Marine tente de se pendre ces derniers temps, \u00e9v\u00e9nement que tous les adolescents connaissent. Les adolescents sont tr\u00e8s agit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La mort est alors \u00e9voqu\u00e9e. Le groupe exprime que l&rsquo;atmosph\u00e8re qui r\u00e8gne en ce moment dans le foyer est \u00abmorbide\u00bb. Un adolescent s&rsquo;exclame \u00e0 voix haute: \u00ab\u00e7a pue la mort ici !\u00bb. Un autre dira que \u00ab &#8230; les trois logis, c&rsquo;est mortel l\u00bb, ce \u00e0 quoi le premier r\u00e9pondra \u00abnon c&rsquo;est post mortem\u00bb. Ils expliquent que pour eux la vie dans cette unit\u00e9, c&rsquo;est \u00abTS sur TS\u00bb et qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00e0 force de jouer et d&rsquo;\u00eatre proche de la mort on s&rsquo;y habitue\u00bb. A ces paroles, un gar\u00e7on\u00a0\u00a0r\u00e9pond que ce sont les conditions de vie qui am\u00e8nent les gens \u00e0 faire des tentatives de suicide.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette s\u00e9ance de groupe fut tr\u00e8s angoissante pour Marine, elle ne prend pas la parole, et se ronge les ongles. Durant cette p\u00e9riode, Marine \u00e9tait per\u00e7ue par l&rsquo;ensemble des adolescents comme une de celles qui contribue \u00e0 cr\u00e9er cette ambiance morbide. Elle fut comme exclue du groupe pendant ces premi\u00e8res s\u00e9ances.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En d\u00e9but de s\u00e9ance, l&rsquo;annonce de l&rsquo;absence d&rsquo;une adolescente a contribu\u00e9 \u00e0 modifier le cadre du groupe et donc \u00e0 engendrer de l&rsquo;angoisse. Ce genre de situation cr\u00e9e souvent dans le groupe une agitation motrice ou des d\u00e9fenses maniaques, mais dans cette s\u00e9ance, l&rsquo;agitation laisse plut\u00f4t place \u00e0 une verbalisation autour des TS et du mal-\u00eatre groupal.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine est plus ou moins ouvertement d\u00e9sign\u00e9e par le groupe comme \u00e9tant l&rsquo;une des principales responsables de ce malaise. Elle parle peu dans le groupe. Elle est comme assign\u00e9e par le groupe au r\u00f4le de r\u00e9cepteur des projections agressives et pers\u00e9cutives. Elle se sent exclue, mais aussi prot\u00e9g\u00e9e de cette tentative d&rsquo;indiff\u00e9renciation groupale \u00abdans la mort\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une deuxi\u00e8me s\u00e9ance de groupe peut illustrer le caract\u00e8re indiff\u00e9renciant de cette p\u00e9riode groupale.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>S\u00e9ance 2<br \/>\n<\/strong>Un s\u00e9jour pendant les vacances de la Toussaint a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9, et tous les adolescents y ont particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exception de deux adolescents, Robert dont le projet pr\u00e9professionnel semblait plus int\u00e9ressant pour lui, et Marine. L&rsquo;\u00e9quipe soignante avait pris la d\u00e9cision de ne pas l&#8217;emmener en s\u00e9jour \u00e9tant donn\u00e9 ses multiples tentatives de pendaison.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Au cours de cette s\u00e9ance, l&rsquo;ensemble des adolescents s&rsquo;accorde pour dire que ce voyage a permis de r\u00e9unir les nouveaux adolescents et les anciens, ils ont pu faire connaissance. Mais cet avis n&rsquo;est pas partag\u00e9 par un adolescent (hospitalis\u00e9 depuis trois ans), qui lui semble plut\u00f4t dire que parce qu&rsquo;il y avait deux absents alors \u00ab\u00e7a a fauss\u00e9 les donn\u00e9s du probl\u00e8me\u00bb. Assez irrit\u00e9, il nous explique que \u00abil y a des choses qui se passent pendant le s\u00e9jour, et l\u00e0 les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 fauss\u00e9es\u00bb. Au retour du s\u00e9jour, il a ressenti comme \u00abdeux corps \u00e9trangers\u00bb dit-il, il se reprend en s&rsquo;excusant aupr\u00e8s des deux adolescents concern\u00e9s et ajoute \u00abc&rsquo;est comme une r\u00e9action chimique, pour que \u00e7a marche il faut qu&rsquo;il y ait toutes les substances n\u00e9cessaires\u00bb. A cette intervention, Robert r\u00e9pond qu&rsquo;il ne regrette pas son absence au s\u00e9jour, car cela lui a permis de d\u00e9couvrir autre chose.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mais il en est tout autrement pour Marine, celle-ci nous dit : \u00abje regrette d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 absente du s\u00e9jour \u00bb, \u00ab si je ne suis pas venue, c&rsquo;est parce que Mr V&#8230; (Psychiatre de l&rsquo;unit\u00e9) ne voulait pas que je fasse des b\u00eatises devant les autres\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine est triste, elle ne regarde plus personne dans le groupe, elle semble s\u2019isoler. C\u00e9line, adolescente plus \u00e2g\u00e9e avec laquelle Marine noue une certaine amiti\u00e9 en ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e, \u00e0 ce moment-l\u00e0, cherche en faisant des mimiques \u00e0 attirer son attention et \u00e0 la distraire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le lundi d&rsquo;apr\u00e8s, Marine n\u2019intervient pas pendant le groupe. L&rsquo;absence de trois adolescents dont C\u00e9line partie en fugue, semble l&rsquo;affecter.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans cette s\u00e9ance, ce ne sont pas les adultes qui sont mis hors du groupe, mais bien Marine dont la position de bouc \u00e9missaire va \u00eatre limitante pour le groupe du fait des projections agressives qui lui sont adress\u00e9es. Mais elle dit qu&rsquo;elle aurait aim\u00e9 participer au groupe, peut \u00eatre h\u00e9site-t-elle entre son d\u00e9sir d&rsquo;indiff\u00e9renciation qui lui permettrait d&rsquo;\u00eatre dans le groupe et de se confronter au narcissisme de ses membres, et le maintien d&rsquo;une diff\u00e9renciation par le passage \u00e0 l&rsquo;acte suicidaire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Voyons maintenant un entretien avec Marine qui suit ces s\u00e9ances de groupe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Entretien :<br \/>\n<\/strong>Aux m\u00e9tamorphoses corporelles dues \u00e0 la pubert\u00e9, s&rsquo;ajoutent chez Marine les effets d&rsquo;une reprise alimentaire suite \u00e0 son anorexie. La naissance de ce corps f\u00e9minin n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e lors du pr\u00e9c\u00e9dent entretien, o\u00f9 au contraire elle se rem\u00e9morait presque avec nostalgie ses diverses hospitalisations. Marine r\u00e9p\u00e9tait les choses inlassablement, comme on r\u00e9p\u00e8te un v\u00e9cu traumatique, sans parvenir \u00e0 en sortir. Son discours changeait peu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Lors de cet entretien, Marine aborde le sujet de ses tentatives de pendaisons qui sont plus douloureuses pour ses parents que pour elle. Ce week-end, elle dit avoir pris six cachets de Risperdal, elle envisageait en plus de boire du Tercian, mais ses parents l&rsquo;ont surprise dans la salle de bain. Si elle a pris ces m\u00e9dicaments c&rsquo;est, nous raconte-t-elle, parce qu&rsquo;elle avait envie de se reposer, elle se sentait tr\u00e8s fatigu\u00e9e et pleines de pens\u00e9es, de questions qui l&rsquo;envahissaient \u00abJ&rsquo;\u00e9tais fatigu\u00e9e\u00bb r\u00e9p\u00e8te-t-elle. Marine, ajoute que les m\u00e9dicaments qu&rsquo;elle a pris sont des neuroleptiques, puis elle demande \u00ab\u00e7a sert \u00e0 quoi les neuroleptiques ?\u00bb. Elle nous dit ensuite que la nuit elle n&rsquo;arrive pas \u00e0 dormir, elle se pose plein de questions, et ces m\u00e9dicaments dit-elle: \u00abme permettent de fermer les yeux\u00bb. Dans cet entretien, on peut parler de mise en mots (et non de sens) de ses actes. Elle parle de ses parents et probablement du danger d&rsquo;\u00eatre m\u00eal\u00e9e au corps maternel.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Par la mise en mots, le Moi commence-t-il \u00e0 d\u00e9crocher une victoire face aux exigences pulsionnelles. Va-t-elle trouver un objet ext\u00e9rieur, dans le transfert, qui puisse transformer ses exc\u00e8s pulsionnels ou va-t-elle continuer \u00e0 agir violemment sur son corps? Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 gravement anorexique, elle r\u00e9p\u00e8te des tentatives de pendaison, puis prend des m\u00e9dicaments, puis se scarifie et fugue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour F. Ladame, le mouvement projectif que repr\u00e9sente la TS donne au corps r\u00e9el \u00ab un statut paradoxal \u00bb. Le corps est v\u00e9cu comme lui appartenant et comme \u00e9tranger. Les attaques sont dirig\u00e9es vers le corps \u00e9tranger.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>2\/Evolution du travail groupal et remaniements narcissiques et objectaux.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une s\u00e9ance de groupe:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Certains adolescents occupent leur si\u00e8ge habituel depuis un bon moment dans la salle o\u00f9 le groupe a lieu, ils s&rsquo;impatientent de voir la s\u00e9ance commencer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le cadre de sant\u00e9, comme \u00e0 son habitude, commence le groupe en annon\u00e7ant quelques nouvelles, notamment la venue de deux stagiaires infirmi\u00e8res dans le courant du mois. Les adolescents ne sont pas vraiment r\u00e9jouis \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de voir des \u00e9tudiantes aller venir, ici c&rsquo;est leur foyer. Comme si elles \u00e9taient des pers\u00e9cutrices, qui venaient telles des voyeuristes, voir comment \u00e7a se passe. La discussion \u00e9volue sur une remarque de R\u00e9my qui a l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un serviteur des infirmiers. Julien ajoute qu&rsquo;il est du m\u00eame avis que lui, il a l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme du b\u00e9tail, que les infirmiers s&rsquo;occupent du groupe sans pr\u00eater attention aux d\u00e9sirs individuels. Alexandre dit aux soignants qu\u2019ils ne sont l\u00e0 \u00abque pour le fric et qu&rsquo;ils n&rsquo;en ont rien \u00e0 foutre des adolescents\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine profite de l&rsquo;occasion pour donner l&rsquo;exemple de ce week-end, lorsqu&rsquo;un infirmier les a forc\u00e9s \u00e0 aller voir le film que lui avait choisi. L&rsquo;infirmier en cause est pr\u00e9sent. Marine cria \u00abtu vois c&rsquo;est toujours toi qui d\u00e9cide, faut toujours faire comme toi t&rsquo;as envie ; oh pis tu m&rsquo;\u00e9nerves, j&rsquo;en ai marre de toi !\u00bb Marine est dans tous ses \u00e9tats.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les autres adolescents voyant que Marine ose s&#8217;emporter vivement, profitent de l&rsquo;occasion pour faire des reproches concernant la mani\u00e8re dont cet infirmier se comporte avec eux. Marine donne comme exemple, l&rsquo;attitude d&rsquo;une infirmi\u00e8re qui les laisse choisir l&rsquo;activit\u00e9 qu&rsquo;ils veulent le week-end. Une atmosph\u00e8re assez euphorique se met en place jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la s\u00e9ance.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine n&rsquo;est plus \u00ab\u00a0le bouc \u00e9missaire\u00a0\u00bb, mais ce sont ces stagiaires venus de l&rsquo;ext\u00e9rieur qui vont venir mettre en danger l&rsquo;enveloppe groupale qui cherche \u00e0 s&rsquo;unifier.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine s&rsquo;est int\u00e9gr\u00e9e au groupe et se fait le porte-parole de la haine \u00e0 projeter sur un infirmier qui se trouve \u00eatre dans une position proche puisqu&rsquo;il est son infirmier r\u00e9f\u00e9rent. Les ados reprochent aux infirmiers de les traiter de mani\u00e8re indiff\u00e9renci\u00e9e \u00abcomme des b\u00eates\u00bb. Ce moment de l&rsquo;illusion groupale surmonte les moments de menace identitaire,\u00a0\u00a0par l&rsquo;instauration d\u2019un narcissisme groupal qui prot\u00e8ge le narcissisme individuel.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les ados en prenant la parole \u00e0 tour de r\u00f4le visent \u00e0 investir libidinalement le groupe et \u00e0 renforcer la toute-puissance narcissique du groupe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Marine utilise maintenant plus le groupe que son corps pour d\u00e9charger les exc\u00e8s pulsionnels<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">S\u00e9ance:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Au cours des pr\u00e9c\u00e9dentes s\u00e9ances, cette tendance \u00e0 projeter de l&rsquo;agressivit\u00e9, des reproches aux soignants, continuait.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Un soir, certains membres du groupe s&rsquo;\u00e9taient alcoolis\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du foyer; deux adolescentes dont Marine ont d\u00fb \u00eatre hospitalis\u00e9es aux urgences. Une panique a envahi alors le foyer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette s\u00e9ance permet de rendre compte du caract\u00e8re transgressif que peut engendrer ce temps de l&rsquo;illusion groupale. Le bon groupe a plaisir \u00e0 faire groupe. Il se sent fort, invincible. La transgression de l&rsquo;interdit de boire de l&rsquo;alcool procure aux ados un renforcement narcissique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le groupe qui sort de l&rsquo;institution pour aller boire enrichit son sentiment d&rsquo;illusion groupale et dans cette aventure va se renforcer pour Marine sa relation homophilique \u00e0 C\u00e9line, l&rsquo;autre ado hospitalis\u00e9e aux urgences comme elle ce soir-l\u00e0. Cet incident d\u00e9prime pendant un certain temps l&rsquo;ensemble des membres du groupe, mais ce moment d&rsquo;illusion n&rsquo;est-il pas un m\u00e9diateur au travail de pens\u00e9e des adolescents.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong><b><em>Entretien<\/em><\/b>\u00a0:<\/strong>\u00a0Voyons maintenant comment Marine a v\u00e9cu cela de l&rsquo;int\u00e9rieur:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;entretien commence par un silence, alors que Marine bougeait sur son si\u00e8ge en tentant de trouver une position convenable, d&rsquo;une voix col\u00e9reuse, elle dit \u00abon ne soigne rien ici, depuis le mois de d\u00e9cembre, j&rsquo;ai mal au dos et on ne me fait rien ! Ils sont incapables de donner ma radio \u00e0 la p\u00e9diatre, c&rsquo;est nul! \u00c7a m&rsquo;\u00e9nerve l\u00bb. Elle ajoute que \u00abc&rsquo;est tous des cons ici, le pire c&rsquo;est Mr &#8230; (psychiatre de l&rsquo;institution) faut voir comment il a trait\u00e9 C\u00e9line l&rsquo;autre jour !\u00bb. Nous soulignons \u00e0 Marine l&rsquo;attachement qu&rsquo;elle semble avoir pour cette amie, sans perdre une seconde, elle riposte: \u00abrien ne nous s\u00e9parera, on \u00ab\u00a0jartera\u00a0\u00bb H\u00e9l\u00e8ne et Amandine (deux adolescentes qui partagent les chambres avec elles deux)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Un silence s&rsquo;installe\u00a0; puis Marine parle de ses vacances au ski avec sa famille. Elle fut malade pendant toute la semaine, nous raconte-t-elle. Nous profitons de l&rsquo;occasion, pour lui dire que ses parents ont du alors s&rsquo;occuper plus d&rsquo;elle. Mais il n&rsquo;en est rien, d&rsquo;une voix haineuse, elle r\u00e9plique: \u00abs\u00fbrement pas, ils skiaient avec les autres, seul mon grand fr\u00e8re s&rsquo;occupait de moi\u00bb. Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;une fratrie de cinq enfants, Marine est la troisi\u00e8me. Le deuxi\u00e8me enfant est un gar\u00e7on que ses parents ont adopt\u00e9. Marine nous fait remarquer que tous ses fr\u00e8res et s\u0153urs portent des pr\u00e9noms de saints, et que sa m\u00e8re a m\u00eame chang\u00e9 le pr\u00e9nom de son fr\u00e8re adopt\u00e9. Pour chacun d&rsquo;entre eux, sa m\u00e8re poss\u00e8de la statuette de chaque saint. Marine dit que \u00abla pire sainte, c&rsquo;est moi, la sainte vierge, sauf que je ne suis pas vierge\u00a0!\u00bb dit-elle en riant. Suite \u00e0 notre demande concernant l&rsquo;histoire de cette adoption, Marine nous raconte que son fr\u00e8re a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de trois mois, pendant qu&rsquo;elle \u00e9tait dans le ventre de sa m\u00e8re, enceinte de deux mois.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">A cette \u00e9poque, il est dit dans l&rsquo;\u00e9quipe que Marine est insupportable, alors qu&rsquo;elle s&rsquo;int\u00e8gre au groupe des adolescents. Elle exprime ses attaques directes contre les infirmiers qui ensuite se d\u00e9placent sur ses parents. Marine projette son agressivit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des objets infantiles et on per\u00e7oit parall\u00e8lement cette forte identification \u00e0 cette autre adolescente, investie comme un autre objet libidinal, \u00e9cartant temporairement les objets infantiles.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;id\u00e9al du Moi parental est d\u00e9valoris\u00e9, la libido va s&rsquo;attacher \u00e0 un id\u00e9al du Moi ext\u00e9rieur en la personne de C\u00e9line, avec un d\u00e9but d&rsquo;introjection d&rsquo;une certaine f\u00e9minit\u00e9 et en m\u00eame temps, crainte de la sexualit\u00e9. C&rsquo;est certainement cette p\u00e9riode d&rsquo;illusion groupale et un investissement homophilique d&rsquo;une autre semblable qui permettent \u00e0 Marine une r\u00e9cup\u00e9ration du narcissisme individuel sur un mode sp\u00e9culaire et g\u00e9mellaire. D. Marcelli parle \u00ab\u00a0d\u2019identification narcissique\u00bb d\u00e9plac\u00e9 du groupe vers l\u2019amie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><em>Un autre entretien individuel:<\/em><\/b><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Est pr\u00e9sente dans l&rsquo;institution pendant quelques jours d&rsquo;essais une adolescente anorexique. A son propos, Marine d&rsquo;un ton haineux, dit que \u00abc&rsquo;\u00e9tait trop insupportable de la voir\u00a0!\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Puis, elle affirme \u00abquand je n&rsquo;irai pas bien, maintenant je demanderai \u00e0 manger dans la cuisine, plut\u00f4t que de fuguer \u00bb. En effet, Marine a fugu\u00e9 durant la venue de l&rsquo;adolescente anorexique. Pendant ces quelques jours, elle raconte que toute l&rsquo;\u00e9quipe s&rsquo;occupait plus de la nouvelle et faisait souvent des parall\u00e8les avec sa situation pass\u00e9e ; mais s&rsquo;\u00e9crit-elle : \u00abSophie, elle n&rsquo;est pas comme moi quand j&rsquo;\u00e9tais malade, elle mange de tout, en petite portion, mais elle mange de tout. Alors que moi, je ne mangeais que des l\u00e9gumes. Elle s&rsquo;en sortira toute seule, c&rsquo;est s\u00fbr \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Tr\u00e8s vite, Marine s&#8217;empresse de revenir sur la conversation de la semaine derni\u00e8re portant sur l&rsquo;histoire de sa maladie et son parcours dans les institutions. Comme \u00e0 son habitude, elle s&rsquo;attache \u00e0 d\u00e9crire en d\u00e9tails tous les souvenirs qu&rsquo;elle a, et finit par dire que c&rsquo;est sa p\u00e9diatre qui l&rsquo;a sauv\u00e9e parce qu&rsquo;elle lui a fait confiance et ne la for\u00e7ait pas \u00e0 manger. Marine raconte \u00e0 quel point elle a d\u00fb r\u00e9apprendre, \u00abcomme un b\u00e9b\u00e9\u00bb le go\u00fbt des aliments car pendant son anorexie, elle ne diff\u00e9renciait pas le sucr\u00e9 du sal\u00e9. Elle a d\u00fb \u00e9galement r\u00e9apprendre \u00e0 marcher, car \u00abje ne savais plus que pour marcher, il fallait mettre un pied devant l&rsquo;autre\u00bb. Marine ajoute qu&rsquo;elle \u00e9tait pleine de bleus, car les infirmi\u00e8res la piquaient sans arr\u00eat, regardant ses avant-bras, elle dit \u00ab maintenant je n&rsquo;ai plus rien \u00bb. Elle ajoute \u00ab je ne me reconnaissais plus, j&rsquo;\u00e9tais plus moi, j&rsquo;ai d\u00fb r\u00e9apprendre \u00e0 tout faire \u00bb. Nous ajoutons: \u00ab tu as d\u00fb r\u00e9apprendre \u00e0 \u00eatre Marine C\u00a0\u00bb. (\u00c9nonciation de son nom de famille devant elle pour la premi\u00e8re fois). L\u00e0 d&rsquo;une mani\u00e8re haineuse, elle cria: \u00ab non, je suis Marine, c&rsquo;est tout, pas Marine C.\u00a0\u00bb (prononce son nom de famille\u00a0!) . A cette intervention, nous ajoutons \u00abil existe plusieurs filles qui s&rsquo;appellent Marine, mais s\u00fbrement qu&rsquo;une qui porte le m\u00eame nom et pr\u00e9nom\u00bb. Avec cette m\u00eame attitude haineuse, elle r\u00e9pond de nouveau : \u00abNon je suis que Marine, on m&rsquo;appelle et je m&rsquo;appelle Marine\u00a0!\u00bb. A cette \u00e9poque, Marine reprenait du poids, sa pr\u00e9sentation devenait tr\u00e8s f\u00e9minine. Elle est perturb\u00e9e par l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;une nouvelle ado anorexique, on voit bien la fragilit\u00e9 narcissique dans laquelle elle se trouve encore; mais elle commence le r\u00e9cit de sa maladie, centrant la libido sur elle, se distinguant des autres, et distinguant les personnes dont elle cherche les soins individuels, comme la p\u00e9diatre qui lui a sauv\u00e9 la vie. Elle parle de son corps de b\u00e9b\u00e9 (son poids est descendu \u00e0 23 kg, de ses souffrances) et la lente transformation de celui-ci avec des phrases qui peuvent s&rsquo;appliquer au corps, mais aussi \u00e0 la psych\u00e9, \u00ab le go\u00fbt\u00bb des aliments ou de la vie \u00ab apprendre \u00e0 marcher, mettre un pied devant l&rsquo;autre \u00bb, second processus de s\u00e9paration-individuation de Blos \u00ab J&rsquo;\u00e9tais plus moi (enfant)\u00bb, \u00ab r\u00e9apprendre \u00e0 faire\u00bb ou \u00ab \u00eatre\u00bb, il lui est sugg\u00e9r\u00e9 \u00eatre la fille de son p\u00e8re .La r\u00e9appropriation du patronyme r\u00e9engendre le conflit interne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>3\/Dernier temps de re-liaison pulsionnelle:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Laplanche et Pontalis proposent cette d\u00e9finition de l&rsquo;union des pulsions dans leur vocabulaire de la psychanalyse\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0un v\u00e9ritable m\u00e9lange o\u00f9 chacun des deux composants (pulsion de vie et pulsion de mort) peut entrer dans des proportions variables \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le groupe \u00e9tant un environnement qui soutient le processus d&rsquo;adolescence, il lie les membres dans un sentiment d&rsquo;unit\u00e9; on partage une identit\u00e9 groupale et chaque membre conserve quelque chose en commun.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une r\u00e9organisation des identifications va se faire, chacun se voit refl\u00e9t\u00e9 dans les interactions d&rsquo;autres membres du groupe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><em>S\u00e9ance:<\/em><\/b><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine est triste, les soignants ont voulu aborder la fugue pendant deux jours de deux adolescents : Marine et son petit ami hospitalis\u00e9 dans l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9galement. Chacun au d\u00e9part avait fugu\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9, mais \u00abon s&rsquo;est retrouv\u00e9 par hasard\u00bb nous apprend Marine. Ce matin de la fugue, Marine nous explique qu&rsquo;un des infirmiers l&rsquo;a forc\u00e9e \u00e0 aller en cours alors qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas envie, elle s&rsquo;est enfuie du coll\u00e8ge et nous dit \u00ab je n&rsquo;ai pas r\u00e9fl\u00e9chi, je suis partie sur un coup de t\u00eate. En fait, j&rsquo;avais beaucoup de choses dans ma t\u00eate, et j&rsquo;avais envie de prendre l&rsquo;air car sinon \u00e7a explose. Alors au lieu de faire du mal \u00e0 quelqu&rsquo;un ou \u00e0 moi, je pr\u00e9f\u00e8re partir\u00bb. L&rsquo;adolescent qui avait \u00e9galement fugu\u00e9 se mit en col\u00e8re, car il pense que les infirmiers disent que c&rsquo;est lui qui aurait incit\u00e9 Marine \u00e0 fuguer. Un conflit verbal s&rsquo;installe. Marine\u00a0\u00a0\u00e9coute attentivement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le cadre de sant\u00e9 propose que l&rsquo;on mette des barreaux aux fen\u00eatres des chambres pour que les adolescents ne s&rsquo;enfuient pas. Marine, la premi\u00e8re r\u00e9agit tr\u00e8s fortement \u00e0 cette mesure, et crie \u00abje ne veux pas qu&rsquo;il y ait des barreaux \u00e0 mes fen\u00eatres, on n&rsquo;est pas en prison ici\u00bb et elle murmure \u00e0 l&rsquo;oreille d&rsquo;un infirmier assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle: \u00abon n&rsquo;est pas des fous quand m\u00eame\u00bb. A la question du cadre soignant \u00abest-ce que, quelque part, vous ne fuguez pas pour mieux appr\u00e9cier ensuite, \u00e0 votre retour l&rsquo;unit\u00e9; et pour voir si on s&rsquo;inqui\u00e8te pour vous ?\u00bb Marine r\u00e9plique : \u00abnon mais n&rsquo;importe quoi, comme si on avait que \u00e7a \u00e0 faire, de vous faire chier, de provoquer chez vous de l&rsquo;inqui\u00e9tude, t&rsquo;as tout faux, t&rsquo;es pas le nombril du monde, on a d&rsquo;autres pr\u00e9occupations dans notre vie, y a pas que toi \u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Puis Marine nous explique ce qu&rsquo;elle entend par \u00abprendre l&rsquo;air\u00bb : \u00abQuand j&rsquo;\u00e9tais dans la rue, il a fallu que je me d\u00e9brouille pour me trouver \u00e0 manger, trouver un endroit o\u00f9 dormir, et\u00a0\u00a0c&rsquo;\u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre \u00e9vident\u00bb, A cette r\u00e9plique, on demande \u00e0 Marine si quelque part elle n&rsquo;avait pas envie \u00e0 travers cette fugue de se prouver qu&rsquo;elle peut subvenir \u00e0 ses besoins seule sans l&rsquo;aide des adultes. Marine semble \u00eatre d&rsquo;accord avec cette proposition, elle a envie d&rsquo;acqu\u00e9rir une certaine autonomie, qu&rsquo; \u00abon lui fasse confiance\u00bb explique-t-elle. Il n&#8217;emp\u00eache que cette fugue et surtout cette nuit pass\u00e9e dehors a beaucoup inqui\u00e9t\u00e9 les soignants et ses parents. Marine en rigolant dit \u00abma m\u00e8re, elle ne s&rsquo;inqui\u00e8te plus, elle est d\u00e9pass\u00e9e! Alors elle passe son temps \u00e0 prier maintenant\u00bb. Ce regard critique que Marine pose sur sa m\u00e8re, fait sourire les participants du groupe. Mais Marine nous dit qu&rsquo;elle a \u00e9prouv\u00e9 une certaine culpabilit\u00e9 face aux soucis qu&rsquo;elle a pu provoquer chez ses proches et les soignants, \u00abmais ce n&rsquo;est pas ce que je recherchais, leur faire du mal\u00bb nous r\u00e9v\u00e8le-t- elle. \u00abCette fugue, c&rsquo;\u00e9tait le seul moyen de m&rsquo;en sortir et de prendre l&rsquo;air\u00bb. Une discussion s&rsquo;installe sur le th\u00e8me de la fugue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Selon Freud, l&rsquo;adolescence doit aboutir \u00e0 une relation objectale g\u00e9nitalis\u00e9e, ce qui sous entend r\u00e9aliser le processus de s\u00e9paration-individuation.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette relation de Marine avec un jeune homme de l&rsquo;institution est une mani\u00e8re de rechercher une nouvelle unit\u00e9 mais hors du groupe ; cette relation qu&rsquo;Anzieu appelle \u00abillusion duelle ou g\u00e9mellaire\u00bb ou J-B. Chapelier (2000) \u00absc\u00e8nes homog\u00e9n\u00e9rationnelles\u00bb permet de d\u00e9passer le fantasme d&rsquo;auto-engendrement. Mais Marine a encore besoin de recourir \u00e0 la fugue ; c&rsquo;est dans le r\u00e9el et pas encore au niveau intrapsychique qu&rsquo;elle a besoin d&rsquo;\u00e9prouver son d\u00e9sir d&rsquo;ind\u00e9pendance d\u2019un point de vue groupal. Il y a ici une possibilit\u00e9 de re-diff\u00e9renciation car Marine \u00e9voque sa probl\u00e9matique individuelle, mais le couple devient porte parole du d\u00e9sir de l\u2019ensemble des adolescents de former un couple homog\u00e9n\u00e9rationnel (qui fait sortir de la groupalit\u00e9 adolescente) mais on ne peut pas non plus exclure d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau devant un couplage tel que Bion le d\u00e9finit. Mais l\u2019entretien avec Marine va pr\u00e9ciser cette question.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Entretien qui suit cette s\u00e9ance de groupe:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine nous raconte comment chez elle, pendant les vacances de P\u00e2ques, ses parents ne la laissaient pas sortir comme elle voulait, elle \u00e9tait sous surveillance d&rsquo;une nourrice comme les plus jeunes enfants de la famille. Furieuse, Marine pour la premi\u00e8re fois avoue qu&rsquo;elle se sent mieux au foyer, car les infirmiers lui font plus confiance que ses parents. Au cours de l&rsquo;entretien, elle nous annonce qu&rsquo;elle a un nouveau petit ami, sans avoir quitt\u00e9 le pr\u00e9c\u00e9dent. Marine semble ravie de jouer sur ce double terrain de la s\u00e9duction, en suscitant de la jalousie chez ces deux gar\u00e7ons.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s ce moment d&rsquo;excitation, Marine aborde le prochain d\u00e9part de son nouveau copain, qui va vivre seul en appartement. Elle ajoute, que tous les gens int\u00e9ressant du foyer vont partir, et que l&rsquo;ambiance avec les nouveaux ne sera pas la m\u00eame. Le meilleur groupe qu&rsquo;elle ait connu, \u00e9tait celui de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, elle est rest\u00e9e en contact avec plusieurs adolescents, chose qu&rsquo;elle ne fera pas cette ann\u00e9e avec les adolescents du foyer. Seule une relation sera maintenue avec C\u00e9line. Ceci la conduit \u00e0 dire qu&rsquo;elle voudrait elle aussi vivre seule dans un appartement. Il y a quelques mois, elle voulait \u00e0 tout prix rentrer chez elle, retourner vivre avec ses parents. Maintenant il n&rsquo;en est rien. Au contraire, elle pr\u00e9f\u00e8rerait se s\u00e9parer d&rsquo;eux. Pour elle, ils privil\u00e9gient certains de leurs enfants au profit d&rsquo;autres. Triste, Marine nous avoue que les moins privil\u00e9gi\u00e9s seraient son grand fr\u00e8re (adopt\u00e9) et elle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">D&rsquo;un ton plus agressif, elle associe sur son refus d&rsquo;aller en cours cet apr\u00e8s-midi. Le coll\u00e8ge ne lui pla\u00eet plus, elle pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre avec des personnes plus \u00e2g\u00e9es qu&rsquo;elle, comme ses amis du foyer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine \u00e9met des critiques quant \u00e0 ses parents, elle trouve en son lieu d&rsquo;hospitalisation une atmosph\u00e8re favorable \u00e0 son \u00e9panouissement. Elle parle d&rsquo;un objet d&rsquo;amour tr\u00e8s investi et elle est de fait devenue une tr\u00e8s jolie jeune fille\u00a0\u00a0comme si sa f\u00e9minit\u00e9 s&rsquo;est construite en parall\u00e8le \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de ses pens\u00e9es propres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><em>R\u00e9sum\u00e9 de deux s\u00e9ances de groupe \u00e0 l&rsquo;approche de la fin de l&rsquo;ann\u00e9e.<\/em><\/b><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les adolescents sont \u00e0 la fois excit\u00e9s et d\u00e9prim\u00e9s ce soir-l\u00e0. Des moments d&rsquo;euphorie laissent place parfois \u00e0 des silences angoissants. Les deux adolescentes anorexiques dont Marine rient beaucoup. Apr\u00e8s le d\u00e9part de l&rsquo;adolescente anorexique, \u00abje serai une ancienne parmi les filles\u00bb dit Marine. Les adolescents ont des propos agressifs envers les adultes ils \u00e9voquent leurs fautes. Un adolescent sugg\u00e8re lors d&rsquo;une de ces s\u00e9ances de d\u00e9livrer une note pour la qualit\u00e9 du travail des infirmiers. Cette id\u00e9e parut cruelle \u00e0 un des adolescents, Marine dit \u00abmais c&rsquo;est justement la cruaut\u00e9, le sadisme qui sont plus marrants\u00bb. Sa haine envers les infirmiers r\u00e9-\u00e9merge. Elle reproche aux infirmiers d&rsquo;avoir fait \u00abun grand m\u00e9nage de printemps cette ann\u00e9e\u00bb, pour elle tous les d\u00e9parts ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9stabilisants.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En cette fin d&rsquo;ann\u00e9e qui provoque une modification du groupe, on observe des ph\u00e9nom\u00e8nes groupaux quasi identiques \u00e0 ceux du d\u00e9but. Haine, projection ; le groupe contient une part de l&rsquo;Id\u00e9al du Moi de chacun. Le d\u00e9part de certains adolescents procure un sentiment de perte du Moi individuel investi dans le groupe. Le th\u00e8me de la haine et de la cruaut\u00e9 et la reprise de certains \u00ab\u00a0agir\u00a0\u00bb viennent an\u00e9antir les pens\u00e9es d\u00e9pressives, temporairement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Entretien :<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Sa relation d&rsquo;amiti\u00e9 avec C\u00e9line semble ne plus \u00eatre la m\u00eame, \u00abelle n&rsquo;est plus aussi\u00a0\u00a0fusionnelle\u00bb dit-elle d&rsquo;une triste voix et cela semble la chagriner beaucoup. Marine nous raconte qu&rsquo;elle est partie en fugue cette semaine car, elle \u00e9touffait, elle avait envie de prendre l&rsquo;air simplement. Elle ne veut pas jouer avec les gar\u00e7ons, mais je cite \u00absans me vanter, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que j&rsquo;attire les gar\u00e7ons, je dois leur plaire\u00bb dit-elle d&rsquo;un ton triste.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00abC&rsquo;est trop lourd \u00e0 porter, et j&rsquo;ai trop chang\u00e9 cette ann\u00e9e\u00bb, nous dit-elle furieusement. Elle se trouve grosse et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;elle se fait vomir. Ce qui la g\u00eane le plus, c&rsquo;est son gros ventre. Pendant tout l&rsquo;entretien, Marine avait son ventre qui gargouillait, elle avait faim car elle ne mange plus le matin. Pour qu&rsquo;il cesse de faire du bruit, elle se tapait le ventre ou bien prenait une pointe et l&rsquo;enfon\u00e7ait dans son lit.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Marine explique que son corps a chang\u00e9 cette ann\u00e9e, que dans sa t\u00eate elle ressent des choses qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais encore \u00e9prouv\u00e9es ; et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de tout \u00e7a, chez elle ce n&rsquo;est pas toujours tout rose et elle ajoute : \u00abje me demande qui est la folle parfois, moi ou mes parents ?\u00bb Elle n&rsquo;a qu&rsquo;une envie, c&rsquo;est de vivre seule. L\u00e0, elle associe en nous disant: \u00abj&rsquo;aimerai bien \u00eatre un oiseau, pour m&rsquo;envoler! Une colombe ! Tiens d&rsquo;ailleurs mon p\u00e8re l&rsquo;autre jour il a secouru une colombe qui s&rsquo;\u00e9tait pos\u00e9e sur le rebord du balcon de la chambre de mes parents. Elle avait une aile d&rsquo;ab\u00eem\u00e9e, mon p\u00e8re l&rsquo;a soign\u00e9e, et il l&rsquo;a nourri. Et puis au bout de quelques jours, elle a repris son envol. Elle a vol\u00e9 de ses propres ailes! Et depuis elle revient sur le balcon nous rendre visite, je sais que c&rsquo;est la m\u00eame colombe, je la reconnais\u00a0!\u00bb Marine avait un regard \u00e9vasif, elle regardait le ciel par la fen\u00eatre, elle \u00e9tait prise dans ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;investissement sur l&rsquo;objet g\u00e9nitalis\u00e9 conduit Marine \u00e0 se d\u00e9tacher de ses liens homophiliques qu&rsquo;elle entretenait avec C\u00e9line. L&rsquo;homophilie \u00e9volue naturellement vers une relation h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Cette transformation s&rsquo;accompagne d&rsquo;une phase d\u00e9pressive, mais structurante, permettant \u00e0 la pulsion de s&rsquo;intriquer et de d\u00e9passer le sentiment de haine. Mais la reprise des conduites narcissiques telles que se faire vomir montre la difficult\u00e9 de ses r\u00e9investissements objectaux g\u00e9nitalis\u00e9s puisque les liens \u0153dipiens sont aussi sur le devant de la sc\u00e8ne. C&rsquo;est cet aller et retour entre l&rsquo;objet amoureux et l&rsquo;objet \u0153dipien qui constitue \u00able pubertaire\u00bb de Gutton.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans ce beau r\u00e9cit de la colombe, il y a le p\u00e8re et un oiseau bless\u00e9 dans une relation de proximit\u00e9 et de soins, des d\u00e9sirs \u0153dipiens, une angoisse de castration et une institution dans un transfert paternel qui peut la soigner encore, tout en l&rsquo;aidant \u00e0 prendre son envol.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">A cette \u00e9poque, elle pouvait raconter des r\u00eaves, apr\u00e8s des cauchemars d&rsquo;une \u00e9poque ant\u00e9rieure. Elle avait \u00ab autrefois\u00bb racont\u00e9 le cauchemar suivant: \u00ab elle rentre chez elle, toute sa famille a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e et elle a tr\u00e8s peur car l&rsquo;assassin est encore dans la maison, peut-\u00eatre au sous-sol \u00bb, je l&rsquo;ai re\u00e7u comme une premi\u00e8re repr\u00e9sentation de cette sc\u00e8ne onirique de ses pulsions meurtri\u00e8res impensables enfouies dans le sous-sol de son inconscient et qu&rsquo;elle retourne contre elle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Au moment du r\u00e9cit de la colombe, elle fait le r\u00eave suivant: \u00ab elle est dans un lit double et il y a un oreiller rose et un oreiller \u00e0 fleur\u00bb un lit conjugal avec la place d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme ou lit double o\u00f9 on y met\u00a0\u00a0les jumeaux puisqu&rsquo;elle est quasi jumelle avec son fr\u00e8re adoptif, \u0153dipe compliqu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s ce parcours de soins institutionnels, ne se pr\u00e9pare-t-elle pas \u00e0 un travail psychanalytique individuel\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Exprimant tous les espoirs que ce dernier contient\u00a0: que va faire la nouvelle psychologue, question pos\u00e9e par les adolescents autant que par l\u2019\u00e9quipe soignante.\u00a0? Le groupe soignants-soign\u00e9s est porte-parole et en m\u00eame temps conteneur des inqui\u00e9tudes institutionnelles quant \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la nouvelle psychologue et \u00e0 l\u2019abandon du groupe par le psychiatre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Discussion (P. LAURENT)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Des questions pr\u00e9cisent le fonctionnement de ce groupe et beaucoup de th\u00e8mes sont \u00e9voqu\u00e9s. Je n\u2019en retiendrai que quelques uns\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le groupe est remarqu\u00e9 comme lieu de recueil des acting des ado (fugues, TS,), leur mise en mots, lieu d\u2019\u00e9nonciation des reproches, critiques \u00e0 l\u2019encontre des uns et des autres mais aussi lieu d\u2019\u00e9nonciation du \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb entre les uns et les autres. La violence traverse ce groupe mais le groupe y r\u00e9siste et, sans doute, aide-t-il l\u2019institution \u00e0 y r\u00e9sister, la consolidant dans son r\u00f4le th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019illusion groupale est questionn\u00e9e\u00a0: est-elle groupale vraiment ou plus g\u00e9n\u00e9rationnelle\u00a0? Tout d\u00e9pend des moments r\u00e9pond B. Ratel, il y a aussi une illusion groupale, quand les soignants eux-m\u00eames \u00e9voquent certains moments de leur propre adolescence, quand aussi elle se sent seule dans ce groupe soignants-soign\u00e9s (\u00e0 devoir supporter les retards\u00a0\u00a0ou absences tant des uns que des autres\u2026 Elle note aussi le plaisir \u00e9prouv\u00e9 par les ados. \u00e0 entendre les soignants parler entre eux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0L\u2019absence voulue du m\u00e9decin chef dans ce groupe aide-t-elle \u00e0 le mettre en position tierce\u00a0? Cependant, il n\u2019est pas \u00ab\u00a0coup\u00e9\u00a0\u00bb\/cliv\u00e9 de ce dispositif\u00a0: il participe \u00e0 la r\u00e9union du lendemain o\u00f9 se reprend et se perlabore ce qui c\u2019est dit dans le groupe. Le groupe est tr\u00e8s \u00ab\u00a0articul\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 la vie institutionnelle qui forme l\u2019arri\u00e8re-fond (au moins en partie) de la mati\u00e8re psychique du groupe (ce qui rejoint l\u2019intervention de D. Roffat et la discussion qui s\u2019en est suivie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<strong>REGROUPEMENT\u00a0\u00a07-8 MARS 2015<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Samedi 7 Mars\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><b><em>Recours aux m\u00e9tas cadres comme r\u00e9gulation des angoisses dans les groupes d\u2019adolescents.<\/em><\/b>\u00a0JEAN-BERNARD CHAPELIER<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Discussion\u00a0:\u00a0Apr\u00e8s un riche expos\u00e9 la discussion s\u2019oriente autour<\/p>\n<p>&#8211; Des liens entre le concept d\u2019arri\u00e8re-fond selon Grostein\u00a0 (repris par G\u00a0.Haag) et les \u00e9l\u00e9ments architecturaux de la formation de l\u2019image corporelle<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211; du corps, au-del\u00e0 de la m\u00e9taphore, comme extension du narcissisme individuel au narcissisme groupal. Cette m\u00e9taphore des sujets comme diff\u00e9rents membres du groupe ne vient qu\u2019apr\u00e8s la construction de l\u2019enveloppe (et du fond).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211; des m\u00e9ta-cadres selon R. Ka\u00ebs qui seraient \u00e0 diff\u00e9rencier de l\u2019arri\u00e8re-fond\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Dimanche 8 mars\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Projection vid\u00e9o de s\u00e9ances de groupe d\u2019enfants<strong>.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Discussion\u00a0: La vid\u00e9o d\u2019une premi\u00e8re s\u00e9ance d\u2019une psychoth\u00e9rapie de\u00a0\u00a0groupe d\u2019enfants, nous montre bien comment se mettent en place les diff\u00e9rents niveaux de pens\u00e9e\u00a0: l\u2019\u00e9mergence des premi\u00e8res angoisses, silence, rationalisations, avanc\u00e9e et recul dans l\u2019expression du fantasme de d\u00e9voration avec ses deux faces \u2013 d\u00e9sir d\u2019\u00eatre aim\u00e9, aspir\u00e9 et crainte d\u2019\u00eatre aval\u00e9, absorb\u00e9. Nous remarquons le rythme assez lent du th\u00e9rapeute, laissant place aux silences, sa voix, relan\u00e7ant l\u2019expression avec douceur et interrogation, son attention port\u00e9e \u00e0 chaque enfant. Pour certains l\u2019interpr\u00e9tation du transfert sur le th\u00e9rapeute (la peur que les enfants pourraient en avoir) para\u00eet rapide, pour d\u2019autres elle est n\u00e9cessaire \u00e0 ce moment-l\u00e0, favorisant un premier rassemblement des enfants \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb lui, pr\u00e9mices \u00e0 la construction de l\u2019ensemble groupal (premier sous-groupe). Nous avons aussi remarqu\u00e9 les expressions corporelles de ces mouvements psychiques\u00a0: resserrement\/\u00e9loignement des enfants autour de la table\u00a0; agrippement au stylo bien plant\u00e9 sur la table (il y a une grande feuille sur la table et les enfants ont chacun un stylo)\u00a0; boutonnage\/d\u00e9boutonnage des vestes\u00a0; \u00e9pluchages des pulls\u00a0; mouvements des pieds qui tapent le sol, des mains, appui-dos sur la chaise, avachissement, redressement\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0La place de la cam\u00e9ra est interrog\u00e9e\u00a0: les enfants la regardent souvent, le th\u00e9rapeute reprend ce qui est dit parfois de fa\u00e7on inaudible pour\u00a0\u00a0la cam\u00e9ra. Une discussion o\u00f9 chacun a pu retrouver des situations bien connues, s\u2019interroger sur le style du th\u00e9rapeute, laissant plus ou moins de silence donc plus ou moins de place \u00e0 la r\u00e9gression, orientant l\u2019interpr\u00e9tation plus sur le th\u00e9rapeute ou plus sur le groupe et sur les effets de ce style sur la construction du groupe en tant que m\u00e9diation d\u00e9finie (analytique, psychoth\u00e9rapique, th\u00e9rapeutique (ce qui sera pr\u00e9cis\u00e9 dans la discussion suivante).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<b><em>Questions sur les m\u00e9diations dans les groupes<\/em><\/b>. DIDIER CHAULET<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0Ce que je vais proposer, comme mon titre l&rsquo;indique, ce n&rsquo;est pas une d\u00e9finition sur ce qui serait la place et la fonction des m\u00e9diations dans les groupes th\u00e9rapeutiques. Je vais simplement faire un certain nombre de remarques concernant\u00a0\u00a0l\u2019utilisation des m\u00e9diations, pour ensuite entendre la position des uns et des autres sur cette notion, qui il faut le redire peut apparaitre un peu fourre tout, du fait m\u00eame que c&rsquo;est une notion d&#8217;emprunt, import\u00e9e d&rsquo;autres champs que celui de notre pratique<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Rappeler que dans tous les groupes, et pour chacun des participants, il y a d&rsquo;abord la m\u00e9diation du langage. Donc, il y a toujours cette m\u00e9diation de la parole qui consiste \u00e0 se repr\u00e9senter soi-m\u00eame dans un discours, avec des repr\u00e9sentations de mots.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mais cette notion de m\u00e9diation, je vais la prendre dans son acception la plus courante\u00a0\u00a0qui d\u00e9signe donc l&rsquo;utilisation pendant la s\u00e9ance d&rsquo;une activit\u00e9 comportant une dimension de jeu ou de cr\u00e9ation comme par exemple la pate \u00e0 modeler, le dessin, la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;une fiction, etc&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pourquoi introduire pendant la s\u00e9ance ce type d&rsquo;activit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Une des r\u00e9ponses habituelles, c&rsquo;est de souligner comment ce recours vient assurer une fonction de suppl\u00e9ance. Puisque ces objets m\u00e9diateurs ou ces m\u00e9thodes m\u00e9diatrices sont propos\u00e9s pour palier aux d\u00e9fauts ou aux limitations du fonctionnement des associations verbales (soit parce que la parole est manquante pour exprimer ce que l&rsquo;on est en train de vivre, soit que les mots prononc\u00e9s apparaissent trop charg\u00e9s d&rsquo;affects et de sensations, sans qu&rsquo;on puisse vraiment les comprendre. Autrement dit dans tout ces cas o\u00f9 la parole reste muette, ou bien quand elle est jet\u00e9e \u00e0 la figure des autres de telle fa\u00e7on qu&rsquo;on ne peut plus s&rsquo;entendre et s&rsquo;\u00e9couter, qu&rsquo;on ne peut plus penser quelque chose de son monde int\u00e9rieur\u00a0\u00a0en m\u00eame temps qu&rsquo;on s&rsquo;adresser aux autres). Alors en quoi consiste cette suppl\u00e9ance ; \u00e0 offrir des supports de figurations, capable de faire passer ce qu&rsquo;on ressent, capable de faire passer le pulsionnel par une forme, on peut dire aussi des inducteurs capables de faire passer du registre perceptif au figurable, pour ouvrir sur la possibilit\u00e9 d\u2019un espace de repr\u00e9sentation en lib\u00e9rant ou en contenant ainsi les productions imaginaires. Pour les dispositifs de groupe, on peut dire que la m\u00e9diation va offrir des attracteurs, tout en installant ainsi un espace tiers qui deviendra aussi un moment commun \u00e0 tous, o\u00f9 chacun y portera quelque chose de son imagination, y adressera ses sentiments comme autant de messages qui pourront circuler avec cette mise en forme dans le registre associatif. Un espace tiers, un espace collectif de jeu qui viendra \u00e9galement (c&rsquo;est un point sur lequel il faudra revenir) d\u00e9gager les enfants d&rsquo;une relation imm\u00e9diate, \u00e9ventuellement trop forte avec le th\u00e9rapeute.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mais dans cette version de l&rsquo;utilisation des m\u00e9diations, il y a plus ou moins l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un recours par d\u00e9faut, d&rsquo;un mode d&rsquo;expression un peu d\u00e9valu\u00e9 par rapport \u00e0 la sophistication du langage et aux possibilit\u00e9s de symbolisation sp\u00e9cifique qu&rsquo;offrirait la parole (question : est-ce qu&rsquo;on ne peut produire un travail d&rsquo;\u00e9laboration que par le biais des repr\u00e9sentations de mots ?). Une id\u00e9e qui transparait m\u00eame quelquefois dans l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 de la consigne dans une formulation qui peut avoir des connotations n\u00e9gatives \u00a0\u00bb quand vous n&rsquo;arriverez plus \u00e0 parler, vous pourrez dessiner ! \u00a0\u00bb lui donnant ainsi le statut d&rsquo;une sous production aux yeux du th\u00e9rapeute&#8230;.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pourtant il faut rappeler la complexit\u00e9 qui est attach\u00e9e \u00e0 une activit\u00e9 comme le dessin par exemple, en soulignant\u00a0\u00a0les caract\u00e9ristiques de cet investissement, en particulier si on examine ce qui se passe pour un enfant \u00e0 qui on donne la possibilit\u00e9 de faire un dessin, dans ce moment d&rsquo;application\u00a0\u00a0o\u00f9 son attention est la plus forte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ce qui se passe d&rsquo;abord, c&rsquo;est que dans le m\u00eame temps o\u00f9 lui vient une repr\u00e9sentation mentale, il la figure sur sa feuille de papier (au passage, on peut rappeler que ces repr\u00e9sentation qui habitent le psychisme de l&rsquo;enfant, se construisent d&rsquo;abord en figurant le corporel. On peut rappeler aussi ces \u00e9quivalences entre ces figurations de l&rsquo;espace corporel et l&rsquo;espace du groupe, et plus tard la fonction organisatrice de ces m\u00e9taphores du corps). Avec cette figuration, il compare implicitement ce qu&rsquo;il a imagin\u00e9 et ce qu&rsquo;il a dessin\u00e9, et lui faut d\u00e9j\u00e0, pour poursuivre, tol\u00e9rer l&rsquo;\u00e9cart entre les deux. S&rsquo;il y parvient, peut-\u00eatre soutenu par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que l&rsquo;adulte pr\u00e9sent lui porte, le dessin peut se sc\u00e9nariser, un r\u00e9seau de repr\u00e9sentations vont se lier entre elles pour construire une narration, un r\u00e9cit qui va ainsi se compl\u00e9ter au fil de son fantasme et de son trac\u00e9. Mais pour mener cette construction, l&rsquo;enfant doit laisser dans l&rsquo;ombre ce qui dans son espace psychique, est \u00e9tranger \u00e0 ce sc\u00e9nario (cf. ces enfants qui au contraire bute sur ce refoulement parce que trop envahis par des repr\u00e9sentations non li\u00e9es, trop crus, trop sexualis\u00e9es, trop violentes..). Mais il doit laisser aussi \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de son conscient tout ce qui l&rsquo;entoure, y compris la personne qui se tient \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et pour qui il dessine. Pour que la lumi\u00e8re de son attention reste bien concentr\u00e9e, \u00e0 la fois sur son espace psychique et sur ce qu&rsquo;il en figure dans le monde ext\u00e9rieur, sur son support de papier, il doit aussi en m\u00eame temps maitriser sa motricit\u00e9 au service de ce qu&rsquo;il r\u00e9alise, maitriser aussi les \u00e9motions que cela lui procure.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mais on peut aussi faire une autre remarque, c&rsquo;est que chacune de ces m\u00e9diations, l\u00e0 j&rsquo;ai pris l&rsquo;exemple du dessin qui engage, qui contraint aussi un certain niveau d&rsquo;expression, mais d&rsquo;autres solliciterons des niveaux plus pulsionnels, ou au contraire des niveaux plus secondaris\u00e9s (m\u00eame si on retrouve toujours une part d\u2019ancrage corporel, et de mise en jeu de la sensori-motricit\u00e9). Et donc, si\u00a0\u00a0chaque m\u00e9dia a sa r\u00e9sistance propre qui va attirer certains \u00e9prouv\u00e9s, certains ressentis plut\u00f4t que d\u2019autres, chacune de ces m\u00e9diations (et l\u00e0 on trouve la question du choix d&rsquo;une m\u00e9diation plut\u00f4t qu&rsquo;une autre) suppose des exigences, plus ou moins sp\u00e9cifiques,\u00a0\u00a0qui devront r\u00e9pondre aux capacit\u00e9s\u00a0\u00a0des enfants du groupe \u00e0 y greffer un travail de repr\u00e9sentation<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il faut bien constater que cette capacit\u00e9 ne se donne pas toujours d&#8217;embl\u00e9e, et que certains enfants plut\u00f4t que d&rsquo;investir cet espace de jeu resteront essentiellement tourn\u00e9s vers ce qui leur vient du monde ext\u00e9rieur, c&rsquo;est \u00e0 dire des autres. On peut penser de cette fa\u00e7on aux enfants les plus jeunes, encore d\u00e9pendants des personnes qui s&rsquo;occupent d&rsquo;eux, et pour qui la pr\u00e9sence effective des objets de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure limite forc\u00e9ment les capacit\u00e9s r\u00e9flexives, parce qu&rsquo;il faut bien passer par des exp\u00e9riences intersubjectives avant que les int\u00e9riorisations ne s&rsquo;op\u00e8rent. On peut penser \u00e0 toutes ces cat\u00e9gories de la psychopathologie qui mette en avant une probl\u00e9matique autour de la diff\u00e9renciation entre monde externe et monde interne. Mais je ne vais pas d\u00e9velopper la question de ce qui serait la question de groupe \u00e0 m\u00e9diation, ou groupe sans m\u00e9diation, je voudrais juste relever quelques unes des manifestations cliniques qui traduisent ce d\u00e9faut d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 ( ce d\u00e9ficit d&rsquo;espace pr\u00e9conscient) ; par exemple ces enfants qui sont dans des demandes d&rsquo;interactions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, avec cette exigence du faire avec o\u00f9 ne compte que l&rsquo;instant pr\u00e9sent, et o\u00f9 la pr\u00e9sence des autres tend \u00e0 s&rsquo;imposer comme un poids de r\u00e9alit\u00e9 accaparent toute leur attention (avec aussi cet accrochage au perceptif qui peut amener \u00e0 se confronter aux limites des interdits, aux limites physiques de la pi\u00e8ce), ou encore avec ces r\u00e9ponses br\u00e8ves qui sont destin\u00e9es \u00e0 nous mettre \u00e0 distance. Enfin tous ces signes qui laissent deviner une crainte des empi\u00e9tements subjectifs, la crainte d&rsquo;un \u00e9crasement par le monde ext\u00e9rieur, avec\u00a0\u00a0la solution qui consiste \u00e0 des tentatives d&#8217;emprise sur les objets angoissant de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s avoir situ\u00e9 les m\u00e9diations dans leur fonction de suppl\u00e9ance, tout en soulignant les exigences qui sont attach\u00e9es \u00e0 cette fonction. Je vais maintenant envisager cette notion dans sa valeur, on pourrait dire positive.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En posant la question de savoir ce qui peut\u00a0\u00a0\u00eatre attir\u00e9 par la m\u00e9diation et qui ne pouvait pas s&rsquo;exprimer sans\u00a0\u00a0l&rsquo;aide de ces supports, de ces inducteurs.\u00a0\u00a0(L\u00e0, je vais me r\u00e9f\u00e9rer, mais sans reprendre tous ses termes\u00a0\u00a0aux d\u00e9veloppements que\u00a0\u00a0R.Roussillon, m\u00e8ne depuis un certain nombre d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 partir des notions d&rsquo;objeu, de m\u00e9dium mall\u00e9able).\u00a0\u00a0Et bien ce qui peut \u00eatre attir\u00e9, ce sont essentiellement tous ces \u00e9prouv\u00e9s, ces ressentis qui n&rsquo;ont pas acquis un statut repr\u00e9sentatif dans l&rsquo;histoire intersubjective de l&rsquo;enfant, tous ces \u00e9tats internes qui ne se sont pas mis en repr\u00e9sentation de mots, tout au plus en repr\u00e9sentations de choses ou d&rsquo;affects mais dans un r\u00e9gime de processus primaire non li\u00e9s, et qui sont ainsi rest\u00e9s d\u00e9contextualis\u00e9s, c&rsquo;est \u00e0 dire sans objet ni sujet. Des \u00e9tats internes v\u00e9cus comme\u00a0\u00a0\u00e9tranger,\u00a0\u00a0comme intrus, comme mena\u00e7ant l&rsquo;\u00e9conomie psychique\u00a0\u00a0parce que soumis \u00e0 une contrainte de r\u00e9p\u00e9tition, en attente, en recherche d&rsquo;une int\u00e9gration, d&rsquo;une appropriation subjective. (On peut voir, dans cette version de la m\u00e9diation, en quoi va consister\u00a0\u00a0le processus induit, c&rsquo;est \u00e0 dire celui d&rsquo;une mise en forme de ces \u00e9tats internes, en les inscrivant dans un sc\u00e9nario intersubjectif qui rendra possible une forme de narrativit\u00e9).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour rendre plus explicite cette notion d&rsquo;\u00e9tat interne qui n&rsquo;ont pas pu venir se repr\u00e9senter et qui restent soumis \u00e0 une contrainte de r\u00e9p\u00e9tition on peut prendre l&rsquo;exemple (\u00e7a en est un parmi d&rsquo;autres) de ces exp\u00e9riences qui au cours du d\u00e9veloppement ont un caract\u00e8re traumatique et potentiellement d\u00e9sorganisateur. Je veux parler de ces situations\u00a0\u00a0qui exc\u00e8dent la compr\u00e9hension d&rsquo;un enfant (soit\u00a0\u00a0qu\u2019elle\u00a0\u00a0le confronte \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 totalement inconnue, soit qu&rsquo;elles\u00a0\u00a0le plongent dans une contradiction insoluble entre des sentiments oppos\u00e9s, soit encore\u00a0\u00a0qu&rsquo;elles entrainent une confusion entre ces deux univers h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes que sont la sexualit\u00e9 infantile\u00a0\u00a0et la sexualit\u00e9 adulte&#8230;.). En tous cas un type d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement devant lequel il ne pourra que d\u00e9serter, laissant la place vide \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de lui, dans cet \u00e9tat d&rsquo;absence subjective qui d\u00e9finit le moment traumatique,\u00a0\u00a0ne gardant qu&rsquo;une sensation, une image (qui peut \u00eatre visuelle, mais aussi auditive, un mot coup\u00e9 de son sens, olfactive, tec).\u00a0\u00a0Une impression attach\u00e9e \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement, et enfouie dans sa m\u00e9moire, mais comme un corps \u00e9tranger, isol\u00e9 du reste et contre quoi sa pens\u00e9e viendra buter sur ce mode d&rsquo;une compulsion \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter (retrouvant \u00e0 chaque fois la m\u00eame angoisse, la m\u00eame souffrance, la m\u00eame douleur).\u00a0\u00a0Dans ce cadre l\u00e0, l&rsquo;attente du th\u00e9rapeute, \u00e7a ne serait pas tellement de demander \u00ab\u00a0A quoi vous pensez \u00ab\u00a0, mais plut\u00f4t \u00ab\u00a0Que voyez-vous ? \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je vais changer de registre, pour passer maintenant \u00e0 un autre point qui est de souligner le plaisir d&rsquo;exercice, le plaisir de fonctionnement\u00a0recherch\u00e9, soutenu dans l&rsquo;utilisation de cette m\u00e9diation,\u00a0\u00a0(plus que la recherche d&rsquo;une maitrise par exemple, ou encore la recherche du beau dans lequel, les enfants eux-m\u00eames peuvent se pi\u00e9ger quelquefois en visant la cr\u00e9ation d&rsquo;un objet id\u00e9al, un beau modelage, un beau dessin, avec cette \u00e9quation o\u00f9 en cr\u00e9ant son objet l&rsquo;enfant se cr\u00e9er lui-m\u00eame). Un plaisir du jeu, un plaisir de cr\u00e9er qui est la condition minimale pour investir cet espace th\u00e9rapeutique avec les enfants en particulier, et par o\u00f9 passe aussi un des r\u00e9sultat attendu c&rsquo;est \u00e0 dire une relance des fonctions du Moi (puisque souvent ces patients qui butent sur leur possibilit\u00e9 de mentalisation n&rsquo;ont trouv\u00e9 que la voie du comportement, des maladresses instrumentales ou encore d&rsquo;un d\u00e9faut d&rsquo;apprentissages pour\u00a0\u00a0signaler leur difficult\u00e9s de d\u00e9veloppement). En tous cas, une dimension de plaisir qui \u00e0 chaque fois s&rsquo;impose en posant la question de sa nature. Est-ce le simple fait de la participation du corps\u00a0\u00a0(un plaisir de d\u00e9charge ?). Est-ce qu&rsquo;il suffit d&rsquo;\u00e9voquer un simple facteur \u00e9conomique. O\u00f9\u00a0\u00a0peut-on aller chercher du c\u00f4t\u00e9 du plaisir \u00e9prouv\u00e9 dans le jeu de la bobine par exemple,\u00a0\u00a0qui corrige les angoisses de perte de l&rsquo;objet et donc des tendances d\u00e9pressives ? Est-ce que le plaisir rencontr\u00e9 dans la manipulation active de la m\u00e9diation est suscit\u00e9e par la stimulation permanente des fantasmes masturbatoires ? Autant de questions que je laisse en suspend pour ce chapitre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du gain de plaisir que peut susciter le maniement d&rsquo;une m\u00e9diation \u00e0 venir s&rsquo;inscrire dans une histoire qui appartient aux enfants, et qu&rsquo;ils savent entendue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les points suivants que je voudrais abord\u00e9s maintenant, concernent maintenant la fonction de ces m\u00e9diations dans le rapport au th\u00e9rapeute.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Et d&rsquo;abord avec cette id\u00e9e ( qui \u00e0 l&rsquo;origine est celle de M\u00e9lanie Klein, un autre auteur qu&rsquo;il faudrait cit\u00e9 sur ce questions c&rsquo;est bien sur Winnicott, en particulier ave son invention du squiggle qui est en quelque sorte le mod\u00e8le de r\u00e9f\u00e9rence des m\u00e9diations) que si, dans la s\u00e9ance on ne peut pas tout faire avec le th\u00e9rapeute, et bien la pr\u00e9sence d&rsquo;une m\u00e9diation,( pour elle c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;introduction de jouets et du dessin) va r\u00e9pondre \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;il y ait justement un \u00e9l\u00e9ment du dispositif\u00a0\u00a0avec lequel on puisse faire ce qui ne pouvait pas s&rsquo;accomplir avec lui.\u00a0\u00a0(Un exemple d&rsquo;objet m\u00e9diateur les plus significatif \u00e0 ce titre c&rsquo;est la marionnette. Une marionnette, ce n&rsquo;est ni mon corps, ni le corps de l&rsquo;autre, c&rsquo;est un corps. Un corps que je peux malmener sans culpabilit\u00e9, que je peux caresser sans honte. Autrement dit\u00a0\u00a0tout ce que je n&rsquo;oserais \u00e9ventuellement pas faire avec un autre adulte, je le fais avec ce petit objet. Petit, maniable, il ne me menace pas, je peux le jeter par terre, l&rsquo;enfermer dans une bo\u00eete, l&rsquo;oublier m\u00eame, rien ne m&rsquo;arrivera. Et son mouvement s&rsquo;arr\u00eate si j&rsquo;arr\u00eate ma main et mes doigts. j&rsquo;en suis le ma\u00eetre, ou du moins j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;en \u00eatre plus maitre que de mes paroles ou de mes gestes).Mais, je vais le rappeler au passage, M. Klein avan\u00e7ait \u00e9galement\u00a0\u00a0cette autre id\u00e9e \u00e0 propos des raisons qui poussaient un enfant \u00e0 changer de jeu au cours d&rsquo;une s\u00e9ance, par exemple \u00e0 laisser les marionnettes pour le dessin, que l&rsquo;investissement du dessin, la cr\u00e9ativit\u00e9 que suppose cet investissement s&rsquo;enracinait aussi dans la compulsion \u00e0 r\u00e9parer, propre \u00e0 la position d\u00e9pressive, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 la culpabilit\u00e9 de d\u00e9truire l&rsquo;objet aim\u00e9 (en l&rsquo;occurrence le th\u00e9rapeute), la r\u00e9alisation du dessin n&rsquo;\u00e9tant \u00e0 ce moment l\u00e0 qu&rsquo;un r\u00e9paration, une tentative de recr\u00e9er l&rsquo;objet aim\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Un autre point, probablement le plus important pour la pratique,\u00a0\u00a0c&rsquo;est de remarquer comment le choix de la m\u00e9diation, parce qu&rsquo;il est d&rsquo;abord\u00a0\u00a0le fait du th\u00e9rapeute, comment ce choix rel\u00e8ve donc d&rsquo;une suggestion, d&rsquo;une influence (le th\u00e9rapeute sugg\u00e8re que la m\u00e9diation doit \u00eatre investie comme telle pour la bonne marche du processus) et pose d&#8217;embl\u00e9e le probl\u00e8me de l&rsquo; accession \u00e0 la capacit\u00e9 Winnicotienne d&rsquo;\u00eatre seul en pr\u00e9sence de l&rsquo;autre, pour nous on peut dire, \u00e0 la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre seul en pr\u00e9sence du groupe, dans l&rsquo;investissement de la m\u00e9diation, sans que\u00a0\u00a0cette capacit\u00e9 ne soit\u00a0\u00a0v\u00e9cue comme une forme de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat ou d&rsquo;abandon et ne soit pas mise en alternative avec les risques d&rsquo;influence, d&rsquo;intrusion. Capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre seul en pr\u00e9sence du groupe, \u00e7a veut dire la possibilit\u00e9 en m\u00eame temps d&rsquo;investissements narcissiques et d&rsquo;investissements objectaux, ou encore cette possibilit\u00e9 transitionnelle pourrait-on dire de vivre simultan\u00e9ment une situation affectivement engag\u00e9e, et en m\u00eame temps de pouvoir la penser.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ce probl\u00e8me de la suggestion, sans le pousser jusqu&rsquo;\u00e0 celui de la s\u00e9duction, on ne peut pas le s\u00e9parer de la question du transfert, puisque ces jeux, ces cr\u00e9ations sont toujours adress\u00e9s, et adress\u00e9s aux yeux du th\u00e9rapeute. L\u00e0 aussi, je voudrais souligner comment l&rsquo;interpr\u00e9tation de ce transfert est un attracteur de son d\u00e9ploiement, une invitation inductrice, au moins dans un premier temps, \u00e0 son intensification, \u00e0 sa mise au premier plan, elle sugg\u00e8re pourrait-on dire que le th\u00e9rapeute doit \u00eatre un objet investi comme tel pour la bonne marche du processus.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Avec tout \u00e7a la question qui se pose, en particulier dans la perspective de la fin du groupe, c&rsquo;est bien celle d&rsquo;un d\u00e9gagement, d&rsquo;une d\u00e9construction de cette influence qui pour la m\u00e9diation passe certainement par la possibilit\u00e9 comme on dit d&rsquo;une r\u00e9appropriation de l&rsquo;activit\u00e9 de jeu, au prix quelquefois d&rsquo;un d\u00e9tournement de son utilisation initiale. Concernant le transfert, on peut se rappeler aussi que nous ne sommes des gens de passage dans la vie de ces enfants, et que d&rsquo;une certaine fa\u00e7on un des\u00a0\u00a0buts de notre travail est de nous faire oublier pour les\u00a0\u00a0autrement ces enfants aux figures de leur propre histoire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Derni\u00e8re remarques, cette fois sur la place que l&rsquo;on donne \u00e0 la m\u00e9diation suivant le cadre th\u00e9rapeutique, suivant que l&rsquo;on prend l&rsquo;option d&rsquo;un travail individuel en groupe, l&rsquo;option d&rsquo;un travail groupal\u00a0\u00a0\u00e0 m\u00e9diation, ou d&rsquo;un processus de groupe dans un cadre psychoth\u00e9rapique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211; Ce que chacun des participants va r\u00e9p\u00e9ter de sa propre histoire,\u00a0\u00a0une histoire d\u00e9j\u00e0 inscrite dans son propre groupe familial (donc dans un avant et un ailleurs), et qui apparaitra \u00e0 travers la m\u00e9diation, avec les \u00e9chos, les relais donn\u00e9s par tous, par les autres.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211; Ce que les enfants du groupe vont vivre ensemble dans l&rsquo;ici et maintenant de la rencontre par des \u00e9changes directs tendant \u00e0 s&rsquo;autonomiser de la m\u00e9diation, et excluant ce qui touche leur vie personnelle au dehors.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0Ce qui du petit groupe des enfants va s&rsquo;actualiser et se donner \u00e0 voir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de la m\u00e9diation, d\u00e9signant celle-ci comme l&rsquo;op\u00e9rateur et le lieu d&rsquo;appel d&rsquo;un processus groupal. Dans ce cas, il s&rsquo;agit alors d&rsquo;un d\u00e9placement, d&rsquo;un transport de la r\u00e9alit\u00e9 du groupe vers l&rsquo;espace de la m\u00e9diation. Un espace qui vaudra comme une instance tierce s&rsquo;interposant entre les relations r\u00e9elles directes d&rsquo;un participant \u00e0 un autre. Un espace en attente de repr\u00e9sentation comme un \u00e9cran sur lequel viendront s&rsquo;exposer les mouvements imaginaires du groupe.\u00a0\u00a0Dans ce cas, la direction de s\u00e9ance ne constitue pas un leadership sur les enfants, mais une fonction de passeur entre la r\u00e9alit\u00e9 du groupe ainsi r\u00e9uni, et son d\u00e9doublement dans un espace de jeu et de cr\u00e9ation. La question se posant alors de savoir comment le th\u00e9rapeute lui-m\u00eame se trouve repr\u00e9sent\u00e9 dans cet espace (cf. le maniement du transfert).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Discussion<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Savoir si comprendre les processus groupaux \u00e9tait ou non une aide \u00e0 la m\u00e9diation a \u00e9t\u00e9 un questionnement central de la discussion.\u00a0\u00a0Pourtant cette compr\u00e9hension s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire quand ces derniers viennent \u00e0 paralyser l\u2019utilisation de la m\u00e9diation voire m\u00eame l\u2019existence du groupe. Mais que se passe-t-il quand les moniteurs du groupe per\u00e7oivent ces processus groupaux\u00a0? Ne risquent-ils pas de perdre la sp\u00e9cificit\u00e9 de leur m\u00e9diation\u00a0? L\u2019exp\u00e9rience montre que, pour la plupart, ils enrichissent la pratique de leur m\u00e9diation par une confiance \u00e9largie dans le support (le fond\u00a0?) qu\u2019offre le groupe. Etre attentif aux processus groupaux, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la dynamique du groupe, lib\u00e8re la disponibilit\u00e9 des individus \u00e0 la m\u00e9diation tant pour le moniteur du groupe que pour les participants \u00e0 ce groupe. Avoir une compr\u00e9hension de ce qui se passe dans un groupe ne conduit pas \u00e0 faire une analyse de groupe (qui n\u00e9cessite une formation toute autre) et il nous faut distinguer ce qu\u2019il en est des groupes th\u00e9rapeutiques \u00e0 m\u00e9diation, des groupes psychoth\u00e9rapiques \u00e0 m\u00e9diation et des psychoth\u00e9rapies psychanalytiques de groupe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes des 13-14 d\u00e9cembre 2014 1\u00b0 Les groupes dans les institutions lieux de vie &#8211;\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 &#8211; Introduction \u2013 D. QUELINx Ce th\u00e8me est symbolique pour le CIRPPA. D. QUELIN rappelle que la premi\u00e8re recherche a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par J.-B. CHAPELIER et P. PRIVAT La premi\u00e8re \u00e9volution s\u2019est faite ensuite avec l\u2019int\u00e9r\u00eat [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-678","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cahiers-du-cirppa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/678","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=678"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/678\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":687,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/678\/revisions\/687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=678"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=678"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cirppa.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=678"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}